La majorité sénatoriale reste ancrée à droite et au centre après le renouvellement de 178 sièges sur 348. Mais le scrutin du 27 septembre marque un tournant avec la création du premier groupe du Rassemblement national au Palais du Luxembourg et l’entrée historique de La France insoumise dans l’hémicycle.

Le Sénat ne bascule pas. Comme attendu, Les Républicains et leurs alliés centristes conservent le contrôle de la Haute Assemblée, où Gérard Larcher devrait être reconduit à la présidence. Derrière cette stabilité institutionnelle, le scrutin dessine toutefois plusieurs évolutions politiques qui pourraient peser sur la campagne présidentielle de 2027. « Le Sénat devra rester l’assemblée du débat apaisé, de la raison et de la réflexion », a déclaré Gérard Larcher à l’issue de la soirée électorale.

La principale nouveauté de ces sénatoriales est l’arrivée du Rassemblement national au Sénat. Avec au moins quinze élus, le parti atteint le seuil nécessaire pour constituer un groupe parlementaire, une première dans l’histoire de la chambre haute. Cette progression s’appuie sur l’élargissement de son implantation municipale depuis plusieurs années, notamment dans le sud de la France. Des sièges ont été remportés dans le Var, les Bouches-du-Rhône, le Gard, l’Hérault, le Vaucluse, mais aussi en Gironde et en Seine-Maritime. Pour Marine Le Pen, il s’agit d’« une victoire historique et une étape majeure » qui confirme, selon elle, « l’accélération de l’implantation du RN sur tout le territoire ». Sébastien Chenu y voit quant à lui « un coup d’accélérateur pour cette campagne présidentielle ».

Pour le président du groupe centriste Hervé Marseille qui veut calmer les esprits juge « assez cohérent que le RN progresse désormais au Sénat après ses succès municipaux » Il tient à rappeler toutefois que « le Sénat reste un pôle de stabilité dans la République ».

Au-delà du symbole, disposer d’un groupe offre davantage de moyens financiers, un temps de parole accru et des possibilités renforcées d’initiative parlementaire, notamment via les commissions d’enquête et les niches réservées.

Une majorité qui résiste malgré l’érosion de LR

Les Républicains restent le premier groupe du Sénat, mais leur domination s’effrite légèrement. Le parti pourrait perdre environ sept sièges, conséquence notamment de son recul dans plusieurs grandes métropoles. Bruno Retailleau sort néanmoins renforcé après sa réélection confortable en Vendée, où sa liste obtient trois sièges. Cette légère contraction pourrait cependant rendre la droite davantage dépendante de ses partenaires centristes, tandis que le groupe Horizons espère gagner en influence. Dans les couloirs du Palais du Luxembourg, certains élus relativisent toutefois l’ampleur des changements. Claude Malhuret résume la situation en estimant que la droite et le centre ont simplement « perdu quelques plumes » tout en conservant leur majorité explique-t-il.

Et si les responsables LR assurent qu’aucune coopération n’est envisagée avec le nouveau groupe RN, le sujet alimente les discussions en interne. « Il n’y aura aucune porosité avec le groupe RN. Chacun sera dans son couloir », affirme Mathieu Darnaud, président du groupe Les Républicains au Sénat. Une déclaration qui entend faire taire les rumeurs alors que plusieurs nouveaux sénateurs RN dans les Bouches-du-Rhône sont d’anciens élus ou militants LR ayant changé de camp ces dernières années, nourrissant les interrogations sur les recompositions à droite.

La France insoumise entre enfin au Palais du Luxembourg

Autre première : La France insoumise obtient ses deux premiers sénateurs. Dans le Rhône, Gabriel Amard crée la surprise en décrochant un siège à la proportionnelle. En Haute-Garonne, Marc Péré, revendiqué comme apparenté LFI, complète cette entrée historique. Jean-Luc Mélenchon s’est empressé de saluer cette percée y voyant un « heureux augure pour 2027 ». Le mouvement connaît toutefois quelques déconvenues, notamment chez les Français de l’étranger, où un siège lui échappe de trois voix dans un contexte de division avec les écologistes.

Le Parti socialiste limite les dégâts. Malgré quelques pertes, notamment dans la Creuse, il réalise plusieurs gains, notamment dans le Doubs et l’Hérault, ce qui lui permet de conserver sa place de deuxième force du Sénat devant les centristes.

Les écologistes, eux, reculent dans plusieurs territoires, notamment en Gironde et en Alsace, conséquence des changements intervenus lors des dernières municipales.

Le Sénat revendique son rôle de stabilisateur

Au terme de cette journée électorale, chaque camp trouve matière à satisfaction. La droite conserve la maîtrise du Palais du Luxembourg, le Rassemblement national franchit un seuil historique en constituant son premier groupe, tandis que La France insoumise fait enfin son entrée dans une assemblée où elle était absente depuis sa création.

Mais pour plusieurs responsables de la majorité sénatoriale, la Haute Assemblée continue d’incarner un contrepoids institutionnel. Hervé Marseille souligne notamment que certaines réformes constitutionnelles, comme un éventuel référendum sur l’immigration souhaité par le RN, nécessiteraient l’accord du Sénat, ce qui confère à l’institution un rôle déterminant face aux futurs projets de révision de la Constitution.

Reste que cette stabilité apparente masque ainsi des évolutions plus profondes de l’implantation locale des partis, qui feront de ces sénatoriales un indicateur scruté de près à l’approche de l’élection présidentielle de 2027. ■