Douleurs, rhumes, allergies ou troubles du sommeil : les médicaments disponibles sans ordonnance sont devenus des réflexes pour des millions de Français. Pourtant, une vaste enquête de 60 Millions de consommateurs remet en cause l’efficacité, voire la sécurité, d’une large partie de ces produits vendus en pharmacie.

Le simple fait qu’un médicament soit en libre-service ne garantit ni son efficacité ni son innocuité. C’est le principal enseignement d’une analyse menée par 60 Millions de consommateurs, qui a passé au crible plus d’une centaine de médicaments, compléments alimentaires et dispositifs médicaux destinés à traiter des maux du quotidien.

Sur la centaine de produits évalués en détail avec l’aide de spécialistes de la santé, seuls 15 % obtiennent une appréciation favorable. Ces médicaments présentent une efficacité démontrée, des effets secondaires limités au regard de leur bénéfice et des notices jugées suffisamment claires concernant leur utilisation et leurs contre-indications. Parmi eux figurent notamment certaines versions à faible dosage de médicaments habituellement délivrés sur ordonnance, notamment pour les allergies, l’acné ou les troubles du sommeil. D’autres produits tirent leur épingle du jeu grâce à une composition simple, reposant sur un ingrédient dont l’efficacité est établie.

La majorité des références examinées ne convainc pourtant pas les experts. Près de 44 % des produits sont jugés peu efficaces, même s’ils ne présentent pas de risque majeur lorsqu’ils sont utilisés conformément à la notice. Certains peuvent procurer un soulagement relevant essentiellement de l’effet placebo, comme certains traitements contre le mal des transports, les bouffées de chaleur ou les nausées. D’autres souffrent de compositions discutables, de la présence de colorants, d’arômes artificiels ou encore de contraintes d’utilisation qui limitent leur intérêt pratique.

L’enquête identifie également 35 produits dont le rapport bénéfice-risque apparaît défavorable. Plusieurs situations expliquent ce classement. Certaines pastilles contre le mal de gorge, par exemple, contiennent des anesthésiants susceptibles de provoquer des troubles de la déglutition, voire des effets plus graves, alors même que les symptômes disparaissent généralement spontanément en quelques jours.

Les experts pointent aussi des compléments alimentaires dont les ingrédients n’ont pas démontré d’efficacité clinique pour l’indication revendiquée, des dosages dépassant certaines limites de sécurité, notamment pour la vitamine B6, ainsi que l’utilisation d’huiles essentielles inadaptées dans certains soins contre l’acné, le rhume ou les piqûres.

Autre sujet d’inquiétude : plusieurs notices sont jugées incomplètes ou susceptibles d’induire les consommateurs en erreur. Certains produits destinés au sommeil recommanderaient une prise pendant la nuit, au risque de perturber davantage le rythme de sommeil, tandis que des traitements contre les symptômes de la ménopause n’indiqueraient pas certaines contre-indications pourtant importantes pour des patientes ayant des antécédents de cancers hormono-dépendants.

Cette étude intervient alors que l’automédication demeure très répandue, notamment chez les jeunes adultes. Pour les auteurs de l’enquête, le caractère « naturel » de certains produits ou leur disponibilité sans ordonnance ne doit pas conduire à sous-estimer leurs effets potentiels. Même lorsqu’ils contiennent des plantes ou des ingrédients d’origine naturelle, ces produits restent des traitements qui méritent d’être choisis avec discernement et, si nécessaire, avec les conseils d’un professionnel de santé. ■


Les pharmaciens veulent élargir la vente sans ordonnance
Les syndicats de pharmaciens proposent d’autoriser la délivrance sans ordonnance de 33 molécules destinées à traiter des maux courants, comme les allergies, les troubles digestifs, les insomnies occasionnelles ou les douleurs articulaires. Le principe resterait celui d’une dispensation sous conseil pharmaceutique, sans déremboursement des traitements. Selon les promoteurs de cette mesure, elle pourrait générer près de 370 millions d’euros d’économies pour l’Assurance maladie, en réduisant notamment le nombre de consultations médicales.