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Une Europe des réseaux électriques ?

Trois questions à Michel Derdevet, Secrétaire Général d’Enedis

Il s’est vu récemment confier par le Ministre d’Etat, Ministre de la transition écologique et solidaire, François de Rugy, une mission d’analyse comparative des différents modèles européens de transport et de distribution d’électricité, qui aboutira à la remise d’un rapport dédié en octobre prochain. Il évoque pour la « Revue Parlementaire » les enjeux d’une vision européenne en matière d’infrastructures électriques.

Quelles conséquences aura la décarbonation de notre production électrique pour nos réseaux de transport et de distribution d’électricité ? Et quid de l’innovation technologique et de l’avènement des réseaux intelligents ?

Pour mémoire, d’ici 2030, l’efficacité énergétique dans l’Union européenne devra être améliorée de 32,5 %, tandis que la part d’énergie issue des renouvelables devra s’élever – a minima - à 32 % de la consommation finale brute de l’U.E.

Ces deux objectifs ambitieux du récent Clean Energy Package (qui va être débattu au Parlement français dans les prochaines semaines) supposent à eux-seuls une vision profondément renouvelée du rôle des infrastructures électriques.

En effet, jusqu’ici, la configuration des réseaux électriques était caractérisée par une logique arborescente, acheminant l’électricité de grands sites de production vers les consommateurs finaux.

Depuis plus d’une décennie, cette structuration verticale est bouleversée par trois faits majeurs :

1. l’arrivée de plus en plus importante d’énergies décentralisées, diffuses dans l’espace, issues de sources renouvelables (éolien, photovoltaïque, …), que le réseau collecte au plus près des lieux de production ; Fin 2018, plus de 15 GW d’éolien et 8,5 GW de photovoltaïque ont été installés dans notre pays, dont 95 % ont été raccordés au réseau d’Enedis,

2. le souci croissant d’une plus grande efficacité énergétique, qui se traduit par exemple par le déploiement partout dans le Monde de centaines de millions de compteurs intelligents, à même de générer, notamment, une meilleure maîtrise de sa consommation par chaque citoyen,

3. la montée de la mobilisation citoyenne, locale, qui fait de la transition énergétique un enjeu prioritaire des collectivités européennes, quelles que soient leur taille et leurs organisations.

Est-il envisageable d’uniformiser les réseaux européens et de mettre en œuvre une seule politique énergétique commune ?

A mes yeux, « uniformiser » serait un doux rêve, tant l’histoire de chaque pays est façonnée par une culture et une vision énergétique propre.

Mais, en même temps, les défis sont communs, qu’ils s’agissent de la sécurité d’approvisionnement, de la montée en puissance de la production locale, de l’autoconsommation, de la numérisation des infrastructures ou des nécessaires parades à envisager en termes de cyber sécurité.

Et face aux grands acteurs mondiaux (Chine, Etats-Unis, …), l’Europe peut difficilement raisonner, pour reprendre la formule de Sigmund Freud, uniquement via le « narcissisme de ses petites différences ».

Une vraie politique énergétique commune a sa place en Europe, et les réseaux peuvent constituer le point de rencontre entre des orientations nationales et des intérêts industriels qui, en façade, pourraient apparaître comme inconciliables, mais qui, réunis, pourraient donner un élan et une dimension nouvelle à nos ambitions en la matière. Vous savez, notre souveraineté n’a désormais de sens qu’à travers une vraie « Union de l’énergie ».

Dans la transition énergétique, et au vu des objectifs fixés par la PPE, comment la France répondra-t-elle à la question du stockage de l’électricité et qu’ont à nous apprendre les autres pays sur la question ?

Au-delà de votre question, je crois qu’il nous faut surtout savoir mutualiser les efforts européens de R&D en matière de réseaux intelligents. Cela supposera sans doute un « droit d’inventaire » concernant les nombreux démonstrateurs smart grids déployés depuis une décennie en Europe, pour identifier les projets et les technologies susceptibles d’être rapidement déployés, et surtout industrialisés.

Il faudrait aussi sans doute, au-delà de l’utile Alliance pour les batteries constituée ces derniers mois, recentrer l’effort européen de R&D autour de quelques priorités bien ciblées, telles que le stockage bien sûr, mais aussi la mobilité électrique.

Mais, à ce stade, ce ne sont que des pistes, et le but des rencontres et échanges à venir sera de fournir à la fin de l’année au Gouvernement un panorama plus complet des attentes des différentes parties prenantes, et de suggérer des propositions que la France pourrait porter au niveau européen. 

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