Réuni lundi soir avec les organisations syndicales, le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, a plaidé pour un « retour au dialogue social de branche au plus près du terrain », « ce qui impose de laisser du temps pour négocier » a-t-il poursuivi, notamment pour répondre aux difficultés rencontrées par certains secteurs comme les boulangers ou les fleuristes.
Le soir même, le Premier ministre Sébastien Lecornu annonçait des mesures alternatives « à court et moyen terme » pour les commerces concernés. Il annonçait également une série de consultations avec les professions.
Porté politiquement par Gabriel Attal (qui a repris à son compte une proposition LR), le projet visait à autoriser certains salariés à travailler le jour de la fête du Travail. Mais la méthode employée a cristallisé les tensions. En contournant le débat parlementaire classique via une manœuvre procédurale en votant une motion de rejet préalable, les soutiens du texte ont accéléré son passage en commission mixte paritaire, déclenchant une vive polémique.
Cette stratégie a été perçue comme un passage en force par les oppositions et les syndicats, qui dénoncent une atteinte à un acquis historique. Le 1er mai reste en effet une date hautement symbolique dans l’histoire sociale française.
Les principales organisations syndicales n’ont pas tardé à réagir. Dans un courrier commun adressé au Premier ministre, elles ont dénoncé une remise en cause brutale d’un « texte d’histoire sociale et de conquêtes collectives ». Sophie Binet a notamment évoqué un « passage en force » et un « coup de poignard dans le dos des travailleurs ».
Face à cette levée de boucliers, l’exécutif a choisi d’apaiser les tensions. « Pas de passage en force », assure désormais Matignon, soucieux d’éviter une crise sociale plus large.
Un avenir incertain
Concrètement, le projet de loi est aujourd’hui enlisé au grand désespoir des partisans du texte qui espéraient bien le voir adopté cette année. La convocation de la commission mixte paritaire, décisive pour son adoption rapide, est suspendue, même si en vertu de l’article 45 de la Constitution, le gouvernement conserve la main sur la suite du processus.
Dans ces conditions, le texte pourrait s’enliser dans la navette parlementaire entre l’Assemblée nationale et le Sénat. Si ce dernier s’est déjà prononcé en faveur de la réforme, l’issue reste incertaine à l’Assemblée, où les oppositions sont fortement mobilisées.
Plus largement, certains observateurs estiment que le débat pourrait être repoussé de plusieurs années. « Qui osera relancer un sujet aussi sensible ? », s’interroge un participant aux discussions syndicales. À ce stade, une application avant 2027 paraît compromise, et le dossier pourrait même être laissé à la prochaine majorité. â–
