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X toujours très utilisé par les parlementaires

Un an après le #JeQuitteX, le réseau d’Elon Musk reste toujours au centre du jeu politique et parlementaire souligne une étude du think tank Hexagone*.

Il y a un an, #JeQuitteX faisait irruption dans le débat public. Dans le sillage du retour de Donald Trump à la Maison-Blanche et du tournant idéologique assumé par Elon Musk, plusieurs responsables politiques français annonçaient leur départ du réseau social X, anciennement Twitter. L’objectif affiché : ne plus alimenter une plateforme jugée toxique et promouvoir des alternatives jugées plus vertueuses, au premier rang desquelles Bluesky. Douze mois plus tard, le bilan est sans équivoque : le boycott n’a pas provoqué la rupture espérée. X demeure un outil central de la communication politique, tandis que les plateformes alternatives peinent à dépasser un usage militant et segmenté.

Selon les données compilées en janvier 2026 par le think tank Hexagone, 47 députés avaient annoncé leur intention de quitter X au début de l’année 2025. Ils étaient déjà peu nombreux mais en avaient fait tout un battage. Or, dans les faits, seuls dix sont allés jusqu’à supprimer définitivement leur compte. La majorité a opté pour une stratégie intermédiaire : 25 élus ont conservé leur profil mais cessé toute activité, tandis que 12 ont fini par revenir, parfois discrètement, à la publication ou au partage de contenus.

Ce décalage entre la parole et les actes illustre les contraintes propres à la communication politique contemporaine. Supprimer son compte revient à abandonner une audience constituée sur plusieurs années, à renoncer à un espace de visibilité majeur et à prendre le risque de laisser le terrain libre à ses adversaires. X reste finalement un passage obligé pour exister médiatiquement. Malgré les critiques persistantes visant la plateforme, la quasi-totalité des députés reste présente sur X. Sur les 577 membres de l’Assemblée nationale, 554 disposent toujours d’un compte, avec des taux de présence dépassant les 80 % dans tous les groupes politiques. Certains atteignent même les 100 % (1). Pour les spécialistes de la communication numérique, cette permanence n’a rien d’étonnant. X conserve un rôle structurant dans l’agenda médiatique, dans les échanges entre responsables politiques, journalistes et leaders d’opinion, et dans la capacité à faire émerger des séquences de débat. Autrement dit, c’est là que se fabrique encore une large part de la visibilité politique.

Bluesky, une alternative très marquée politiquement

Présentée comme l’horizon d’un débat public assaini, Bluesky s’est effectivement implantée… mais de manière très inégale. La plateforme attire principalement les députés de gauche et écologistes : près de 95 % des élus écologistes, 86 % des députés LFI et 61 % des socialistes y possèdent désormais un compte (2). En revanche, la dynamique s’essouffle dès que l’on se déplace vers le centre et la droite. Moins d’un tiers des députés Renaissance ou MoDem sont présents sur Bluesky, et la plateforme est quasi inexistante chez LR, le RN ou l’UDR. Cette fracture dessine un espace numérique homogène idéologiquement, loin de l’agora transpartisane qu’était censée incarner l’alternative à X.

L’un des principaux freins à la migration reste la question de l’audience. Même les élus les plus suivis sur Bluesky y rassemblent des communautés bien plus modestes que sur X. Les écarts sont parfois vertigineux : plusieurs responsables politiques comptent cinq à dix fois plus d’abonnés sur X que sur la plateforme concurrente. Cette asymétrie pèse lourd dans les arbitrages individuels. Pour un député, quitter X signifie réduire fortement la portée de ses prises de parole, notamment à l’approche d’échéances électorales où la visibilité numérique est devenue stratégique.

Autre enseignement marquant : loin de s’affaiblir, X continue de produire de la croissance d’audience. En un an, plusieurs députés ont vu leur nombre d’abonnés augmenter de manière spectaculaire, en particulier à droite et à l’extrême droite, mais aussi chez les élus de la France insoumise. La plateforme conserve ainsi une capacité unique à générer de l’engagement, du débat et des reprises médiatiques. Ce qui a été parfaitement bien identifié par de très nombreux élus.

Une tentative de rupture avortée

Au final, #JeQuitteX aura davantage marqué les discours que les pratiques. Le mouvement a suscité des prises de position, des retraits partiels et quelques départs définitifs, mais il n’a pas déplacé le centre de gravité du débat politique en ligne.

Bluesky s’est imposée comme un espace réel, mais segmenté et politiquement identifié. X, malgré ses controverses, reste la scène principale. Un an après le boycott, la conclusion s’impose : les responsables politiques ont testé la sortie… sans parvenir à se passer de la plateforme qu’ils critiquaient. 


*https://observatoire-hexagone.org/

1. Pourcentage des députés ayant un compte X par groupe politique - Horizons et UDR : 100 % ; RN : 99 % ; LFI : 97 % ; Ecologistes : 97 % ; LIOT : 96 % ; Socialistes : 95 % ; MoDem : 94 % ; Ensemble pour la République : 96 % ; LR : 88 %, Communiste : 82 % (sources Hexagone, janvier 2026).

2. Pourcentage des députés ayant un compte BlueSky par groupe politique – Ecologistes : 95 % ; LFI : 86 % ; Socialistes : 61 % ; MoDem : 31 % ; Ensemble pour la République : 29 % ; Communistes : 29 % ; Horizons : 12 % ; LR : 6 % ; RN : 2 % ; UDR : 0 %

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