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“Interdisons les additifs nitrés dans la charcuterie pour protéger la santé des Français !”

Par Richard Ramos, Député (MoDem, Loiret) Co-Rapporteur de la mission d’information sur les sels nitrités dans l’industrie agroalimentaire

La Commission des Affaires économiques de l'Assemblée a adopté à l'unanimité le 13 janvier le rapport de la mission d'information sur les sels nitrités dans l'industrie agroalimentaire. Les députés recommandent leur interdiction dans la charcuterie progressivement à partir de 2023 et complètement d'ici 2025.

En tant que député, n’ai-je pas le devoir de proposer des lois visant à interdire des substances alimentaires controversées car nuisibles à notre santé ? Il est certain que oui et, depuis mon élection en 2017, je me bats pour que nous accédions tous à une alimentation de meilleure qualité.

Supprimer les additifs nitrés des produits de charcuterie fait partie des combats que je mène et je suis convaincu qu’il faut interdire leur utilisation, les alertes relatives à leur dangerosité étant trop nombreuses. Cette conviction est le fruit d’un travail effectué depuis de nombreux mois à l’Assemblée nationale, via des échanges avec différents acteurs et de profondes recherches effectuées pour comprendre les raisons pour lesquelles les additifs nitrés sont utilisés dans les produits de charcuterie et quelles sont leur degré de dangerosité pour la santé.

J’ai appris que la polémique qui divisait depuis de nombreuses années les partisans des additifs nitrés contre ceux prônant une interdiction totale de ces substances dans la charcuterie était ancienne.

Déjà, en 1934, le toxicologue Frédéric Bordas, chargé d’examiner la dangerosité des nitrites dans ces produits alimentaires, se demandait s’il fallait « faciliter les opérations qui consistent en réalité à tromper l’acheteur, avec cette circonstance aggravante que le produit préconisé est toxique ? » (1).

Historiquement, les additifs nitrés E249, E250, E251 et E252 sont utilisés comme accélérateurs dans le processus de production, mais également pour fixer la couleur rose de la charcuterie. La plupart des professionnels de la charcuterie prônent également le spectre du botulisme pour justifier l’ajout de ces additifs dans les produits. J’ai cependant découvert que, même s’il ne faut en rien nier la gravité du botulisme, l’absence de nitrite et de nitrate dans la charcuterie ne conduirait nullement à une recrudescence du botulisme alimentaire en France, dans les conditions sanitaires actuelles. Je me suis rendu compte que l’ajout de nitrites dans ces produits avait avant tout un objectif commercial : celui de conserver, d’accélérer la maturation de la viande afin qu’elle soit plus rapidement vendue, mais également de donner une couleur rose très appétissante pour le consommateur.

A cela s’ajoute un problème majeur, celui de l’apparition de composés N-nitrosés (NOCs) résultant du traitement de la viande au moyen de nitrites et de nitrates, pendant le processus de fabrication et dans l’organisme au cours de la digestion et entrainant la formation de cancers. Le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a d’ailleurs classé, en 2015, la charcuterie comme « cancérigène avéré pour l’homme » (Groupe 1).

Fort de ces informations, j’ai oeuvré à l’Assemblée nationale en défendant un amendement instituant une taxe de 10 centimes par kilo de charcuterie contenant des sels nitrités, en proposant un étiquetage spécifique sur les emballages de ces produits pour informer le consommateur du caractère dangereux de ces substances, et bien sûr en menant une mission d’information avec mes collègues députées Barbara Bessot-Ballot et Michèle Crouzet. Ensemble, nous avons auditionné de nombreux acteurs scientifiques, artisans, industriels, institutionnels ou encore associations de consommateurs pour nourrir nos réflexions. Au terme de plusieurs mois de travaux, j’ai acquis la conviction que les pouvoirs publics ne pouvaient demeurer sans agir sur cette question des sels nitrités. L’enjeu est donc de supprimer progressivement les nitrites de la charcuterie et accompagner la filière vers une alimentation de meilleure qualité, accessible à tous. La proposition de loi déposée le 14 décembre 2020 en témoigne. L’avenir de la charcuterie est sans nitrites, cela est certain, les consommateurs souhaitent manger des produits plus sains et nous devons ensemble, politiques comme professionnels du secteur, leur donner accès à une cochonnaille sans cochonneries ! 

1. Frédéric Bordas, Les nitrites dans les saumures, Annales d’hygiène publique, industrielle et sociale, 13, février 1935

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