Tout s’est accéléré à la mi-avril. En l’espace de quelques jours, plusieurs textes importants ont connu des revers : abandon du projet sur le travail le 1er mai, retrait d’une proposition de loi sur l’antisémitisme, adoption du projet de loi de simplification après deux ans de parcours parlementaire mais sans les zones à faible émission et surtout rejet d’un texte sur l’assurance chômage pourtant issu d’un accord entre partenaires sociaux. Ce texte visait à réduire la durée d’indemnisation de l’assurance-chômage en cas de rupture conventionnelle, ce qui selon le gouvernement aurait permis une économie d’un milliard d’euros. Ce dernier épisode a marqué les esprits. Faute de mobilisation suffisante dans les rangs du bloc central, le gouvernement a été mis en minorité à l’Assemblée. Et même si Matignon préfère mettre en avant les projets de loi sur la restitution des biens culturels, la proposition de loi de rétention administrative des délinquants étrangers, la situation a de quoi inquiéter. « Est-ce qu’il y a une démobilisation à l’Assemblée nationale qui est préoccupante ? La réponse est oui » reconnaît le Premier ministre Sébastien Lecornu.
Derrière ces échecs, un problème structurel : Sébastien Lecornu ne dispose pas d’une majorité solide. L’absentéisme des députés et le manque d’implication de certains groupes fragilisent l’action gouvernementale. Les réunions de groupe peinent à faire le plein, et plusieurs votes récents ont illustré cette désorganisation. Le rejet de la réforme de l’assurance chômage, pourtant soutenue par une partie des syndicats et du patronat, en est l’exemple le plus frappant. Le Premier ministre déplore d’ailleurs un paradoxe institutionnel : « Vous avez une démocratie sociale qui fonctionne. Vous avez les patronats, syndicats et salariés qui trouvent un accord, avec un dialogue social qui a fonctionné, et c’est la démocratie parlementaire qui met en échec un accord issu du dialogue social ».
L’ombre de la présidentielle
À ces difficultés s’ajoute un contexte politique tendu. À l’approche de l’élection présidentielle, les ambitions individuelles prennent le dessus. Des figures comme Gabriel Attal ou Édouard Philippe s’émancipent progressivement et prennent du recul avec le Premier ministre, affaiblissant la cohésion du camp gouvernemental. Dans ce climat, le Parlement devient un terrain d’affrontement indirect entre futurs candidats, au détriment de la stabilité législative. Le Premier ministre peine à maintenir une ligne claire alors que les stratégies personnelles se multiplient. Face à cette situation délicate, le premier ministre Sébastien Lecornu laisse poindre une certaine inquiétude : « Alors est-ce que le gouvernement se sent impuissant ? Non. Est-ce que comme chef du gouvernement, je suis inquiet pour mon pays ? Un peu, c’est absolument certain » admet-il. Cette fragilité politique pourrait peser lourd dans les mois à venir, notamment à l’approche des débats budgétaires et de la campagne présidentielle. Alors que les oppositions — de Jean-Luc Mélenchon à Marine Le Pen — apparaissent plus mobilisées, le risque d’un blocage institutionnel grandit. La démobilisation du camp gouvernemental pourrait non seulement entraver l’action de l’exécutif, mais aussi redessiner le paysage politique à l’approche de 2027. Une chose est certaine : pour Sébastien Lecornu, l’équation parlementaire devient chaque jour plus incertaine. ■
