Le mode de scrutin explique cette forte connexion entre les deux élections. Les sénateurs sont en effet désignés par un collège de grands électeurs composé en immense majorité d’élus municipaux. Les résultats des municipales constituent donc un indicateur déterminant pour anticiper la future composition du Sénat, dont la moitié des sièges sera renouvelée en septembre prochain. Les sénateurs concernés sont ceux de la série 2 élus en 2020 et qui comporte 63 circonscriptions mais aussi la moitié des sièges des sénateurs représentant les Français établis hors de France. En métropole, les départements concernés (classés dans l’ordre minéralogique) vont de l’Ain (1) à l’Indre (36), ainsi que du Bas-Rhin (67) au Territoire de Belfort (90). En Outre-mer, la Guyane, les îles Wallis et Futuna, Saint-Barthélemy, Saint-Martin et la Polynésie française sont concernés. Paris et les départements d’Île-de-France ne sont pas concernés.
Ceci dit, malgré les résultats des municipales, la majorité actuelle, dominée par la droite et les centristes, apparaît en mesure de conserver le contrôle de l’institution. Solidement implantée dans les territoires intermédiaires et ruraux, elle bénéficie d’un socle électoral qui reste favorable dans ce type de scrutin indirect. Les pertes enregistrées dans certaines zones pourraient être compensées ailleurs, limitant ainsi les effets d’érosion.
La principale évolution pourrait venir du Rassemblement national qui n’a que trois sénateurs aujourd’hui venant du Nord, du Pas-de-Calais et de la Seine-et-Marne. Fort de sa progression aux municipales, le parti espère franchir un seuil symbolique en obtenant suffisamment d’élus pour constituer un groupe au Sénat. Une telle percée renforcerait considérablement sa visibilité et ses moyens d’action parlementaire. Au-delà des grandes villes conquises, le RN mise aussi sur une progression plus discrète dans les communes rurales, où certains soutiens restent difficiles à identifier politiquement. « Un groupe au Sénat, c’est davantage de moyens pour embaucher des collaborateurs, une tribune politique avec la niche parlementaire et des questions au gouvernement, et la possibilité de travailler de concert avec le groupe à l’Assemblée » confirme au Monde Renaud Labaye, secrétaire général du groupe Rassemblement national (RN) à l’Assemblée nationale et ancien collaborateur parlementaire du sénateur Stéphane Ravier.
À gauche, la situation s’annonce plus fragmentée. Si les socialistes, les écologistes et les communistes disposent encore d’un ancrage local important, leurs résultats varient fortement selon les territoires. Certaines pertes municipales pourraient peser sur leur représentation sénatoriale. Dans ce contexte, la question des alliances redevient centrale, même si des divergences persistent, notamment avec La France insoumise.
Le mouvement de Jean-Luc Mélenchon, justement, ambitionne de faire son entrée au Sénat. Porté par ses résultats municipaux, il espère transformer cet ancrage local en sièges, notamment dans certains départements ciblés. Sa stratégie pourrait cependant se heurter aux réticences d’autres formations de gauche, compliquant la constitution de listes communes. Mais LFI pourrait tenter sa chance en y allant sous ses propres couleurs notamment dans le Rhône, après les victoires à Vénissieux, Vaulx-en-Velin et Saint-Fons.
Les écologistes pourraient pâtir de la perte de plusieurs villes comme Bordeaux.
Au final, les sénatoriales de 2026 devraient confirmer une tendance bien connue : une relative stabilité institutionnelle, tempérée par de petits ajustements progressifs. Entre montée en puissance de nouvelles forces, recompositions territoriales et jeux d’alliances incertains, le scrutin de septembre pourrait ainsi redessiner à la marge le paysage politique du Sénat, sans pour autant en renverser les équilibres fondamentaux. ■
