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“Être agricultrice m’impose, dans mon rôle de députée, une exigence particulière”

Par Marie-Josée Allemand, Députée des Hautes-Alpes

Être à la fois députée et agricultrice aujourd’hui n’est ni un slogan, ni une posture. C’est une réalité exigeante, parfois inconfortable, mais profondément structurante.

C’est vivre au quotidien la rencontre de deux mondes qui se croisent trop rarement, alors même qu’ils dépendent l’un de l’autre : celui de la décision publique et celui de la production agricole.

Quand je siège à l’Assemblée nationale, je représente un territoire, des femmes et des hommes, des réalités très concrètes. Quand je suis sur mon exploitation, je fais pleinement partie d’un monde agricole confronté à des difficultés profondes : aléas climatiques, pression économique, normes parfois mal adaptées, solitude aussi. Ces deux réalités sont différentes, mais elles se répondent sans cesse. Elles nourrissent ma manière d’agir et de penser mon mandat.

Le monde agricole traverse aujourd’hui une période de forte tension, d’inquiétude et parfois de colère. Cette colère, je ne l’observe pas à distance. Je la comprends de l’intérieur. Je sais ce que signifie travailler sans compter ses heures, investir sans certitude, s’adapter en permanence à des règles mouvantes, et parfois avoir le sentiment que les efforts fournis ne sont ni reconnus ni suffisamment compris. Mais je vois aussi la force, l’inventivité et l’attachement profond des agriculteurs à leur métier et à leurs territoires.

Être agricultrice m’impose, dans mon rôle de députée, une exigence particulière : celle de la sincérité et du concret. Je ne peux pas défendre des politiques agricoles abstraites ou déconnectées du terrain. Chaque décision prise au Parlement a des répercussions directes sur la vie des exploitants. Cette responsabilité m’oblige à écouter, à dialoguer et à porter une parole ancrée dans le réel, même lorsque les réponses sont complexes.

Inversement, mon mandat parlementaire m’a permis de mieux comprendre les contraintes collectives, les équilibres à trouver, et la nécessité de construire des règles communes. La loi n’est jamais parfaite, mais elle peut être utile si elle est élaborée avec celles et ceux qui en vivent les conséquences. Je crois profondément à la co-construction des politiques agricoles, au dialogue avec les filières et à une approche territorialisée de l’action publique.

Faire coexister ces deux engagements demande de l’organisation, de l’énergie et des choix quotidiens. Les journées sont longues, les déplacements nombreux, et le temps toujours compté. Mais je n’ai jamais voulu renoncer à l’un pour exercer l’autre. Mon ancrage agricole donne du sens et de la cohérence à mon engagement politique. Et mon mandat de députée me permet, modestement mais concrètement, d’agir sur les leviers structurels qui conditionnent l’avenir de l’agriculture.

Ce que je défends, ce n’est pas une agriculture idéalisée ou figée, mais une agriculture vivable, économiquement viable, respectée dans son rôle nourricier et environnemental. Une agriculture capable de se transformer sans être fragilisée, de relever les défis climatiques et économiques sans être accablée par des incohérences ou des concurrences déloyales. Une agriculture où l’on puisse encore s’installer, transmettre, innover et envisager l’avenir avec confiance.

Dans un contexte de défiance croissante, je reste convaincue que le dialogue entre le monde politique et le monde agricole est non seulement possible, mais indispensable. Mon double engagement ne me place pas en surplomb de cette crise : il m’y ancre pleinement. Et c’est avec cette double expérience que je continuerai à porter une parole exigeante, lucide, mais résolument tournée vers des solutions et des perspectives d’avenir. 

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