Publié tous les deux ans, le Baromètre 2024 de Santé Publique France a été rendu fin 2025. 35 000 personnes de 18 à 79 ans ont été interrogées. Cette édition 2024 vient compiler des données sur 20 grands enjeux de santé publique, tels que la consommation de tabac et d’alcool, la pratique d’activité physique, le sommeil, l’adhésion à la vaccination, la santé mentale, etc. « Les résultats produits éclairent les enjeux de santé publique, enrichissent les connaissances sur l’état de santé et fournissent des informations nécessaires pour guider les politiques de prévention et aider à réduire les inégalités sociales et territoriales de santé » indique Santé Publique France.
Si en 2024, 68,0 % des adultes âgés de 18 à 79 ans déclarent avoir une « bonne » ou « très bonne » santé générale, ce qui est plutôt une bonne nouvelle, ce constat évolue avec la situation financière de la personne interrogée (mais aussi le niveau d’étude et la profession). Les individus qui affirment être à l’aise financièrement, déclarent plus fréquemment une santé perçue « très bonne » ou « bonne » (82,5 %), contre 50,4 % pour les individus déclarant une situation financière difficile.
Le baromètre s’est aussi intéressé aux fumeurs… qui seraient moins nombreux. En 2024, ils sont 24,0 % des personnes âgées de 18 à 79 ans à déclarer fumer du tabac, 17,4 % quotidiennement. « Le tabagisme et le tabagisme quotidien sont en nette baisse par rapport à 2021 » se félicite Santé Publique France. Parmi les 18-75 ans en France hexagonale en 2024 (population comparable aux éditions précédentes du Baromètre de Santé publique France), 25 % déclarent fumer (32 % en 2021), 18 % quotidiennement (25 % en 2021). « Ces baisses s’inscrivent dans une tendance initiée en 2016 » que l’on peut attribuer aux politiques publiques de lutte contre la tabac, aux hausses de prix notamment. Mais, il faut souligner que les inégalités sociales en matière de tabagisme restent « très marquées » : « la proportion de fumeurs quotidiens est nettement plus élevée parmi les populations les plus défavorisées, elle est par exemple 2,1 fois plus élevée parmi les ouvriers que parmi les cadres (25,1 % vs 11,8 %) » pointe le baromètre. A signaler encore, la prééminence du tabagisme quotidien dans 3 régions par rapport à la moyenne des autres régions : Grand Est (19,8 %), Occitanie (20,6 %) et PACA (20,9 %). Point encourageant à noter : Plus de la moitié des fumeurs quotidiens (55,0 %) déclarent avoir envie d’arrêter de fumer et 17,3 % déclarent avoir fait une tentative d’arrêt d’au moins une semaine au cours des 12 derniers mois.
Côté consommation d’alcool, le Baromètre parle d’une tendance assez stable. En 2024, 22,2 % des adultes déclarent une consommation au-dessus des repères de consommation à moindre risque au cours des sept derniers jours (30,3 % des hommes et 14,6 % des femmes), proportion stable par rapport à 2021. Les plus concernés sont les personnes les plus favorisées en termes de diplôme et de situation financière perçue. 26,7 % des consommateurs dépassant les repères déclarent avoir envie de réduire leur consommation.
La sédentarité dont on parle peu ou pas assez est une vraie préoccupation médicale et fait l’objet d’un chapitre de ce baromètre. En 2024, 28 % des adultes âgés de 18-79 ans déclarent passer plus de 7 heures par jour en position assise. Cette proportion excède 40 % chez les 18-29 ans, les personnes les plus diplômées, ainsi que les cadres et professions intellectuelles supérieures. Les étudiants et les personnes travaillant régulièrement en télétravail sont les plus exposés à une sédentarité élevée (temps assis supérieur à 7 heures par jour). Interrogés par SPF, la quasi-totalité des adultes interrogés (98,1 %) connaissent la recommandation d’interrompre au moins toutes les deux heures une position assise prolongée, ce qui est plutôt rassurant. Neuf adultes sur 10 (88,8 %) l’intègrent même dans leurs comportements en déclarant « se lever au moins toutes les deux heures » lorsqu’ils restent longtemps assis. Ils sont aussi neuf adultes sur 10 (88,7 %) à estimer qu’il est recommandé de le faire plus souvent que toutes les deux heures.
Grande cause nationale en 2025 prolongée en 2026, la santé mentale des Français ne cesse d’inquiéter. Le Baromètre révèle qu’en 2024, 15,6 % des adultes de 18 à 79 ans ont vécu un épisode dépressif caractérisé (EDC). Des EDC qui touchent plus particulièrement les femmes, les jeunes adultes et les personnes précaires ou isolées. La gravité des EDC est plus forte chez les femmes et les adultes de 18 à 59 ans, avec un pic chez les 40-49 ans (7,1 % d’épisodes sévères). Les télétravailleurs, les employés et les professions intermédiaires sont davantage concernés par la survenue d’un EDC au cours de l’année. 44 % des personnes ayant subi un EDC sont sans prise en charge, proportion qui atteint 54 % chez les hommes.
Autre point de vigilance de Santé Publique France, le sommeil des Français avec un temps de sommeil moyen sur 24 heures déclaré en 2024 par les adultes âgés de 18 à 79 ans de 7 heures 32 minutes. Ce qui est a peu près la norme acceptée. Toutefois, un tiers des adultes est en situation de plainte d’insomnie (difficultés à s’endormir ou réveils nocturnes) avec une proportion particulièrement élevée chez les femmes âgées de 70 à 79 ans (43,4 %). Une tendance qui tend à augmenter avec l’âge. Ici aussi le climat social influe sur le sommeil. Plus le sommeil semble se dégrader tant en quantité qu’en qualité. Le temps de sommeil moyen diminue, passant de 7 h 38 pour les personnes déclarant être à l’aise financièrement à 7 h 22 pour les personnes déclarant y arriver difficilement ou ne pas y arriver sans faire de dette.
De façon plus transversale, Santé publique France souligne que les inégalités socio-économiques sont systématiquement observées pour tous les indicateurs étudiés. « Les personnes socialement défavorisées sont systématiquement en moins bon état de santé générale, physique et mentale que les personnes socialement plus favorisées » font remarquer les auteurs du Baromètre. « Le tabagisme et l’insuffisance d’activité physique concernent davantage les catégories sociales défavorisées alors que le dépassement des repères de consommation d’alcool à moindre risque et la sédentarité concernent davantage les catégories sociales les plus favorisées » ajoutent-ils.
Pour le Docteur Caroline Semaille, Directrice générale de Santé publique France, « les résultats 2024 vont permettre de guider les politiques publiques notamment en matière de prévention, éclairer les professionnels de santé, et informer chaque citoyen. Ces indicateurs vont également aider à identifier les populations les plus vulnérables, pour ainsi contribuer à réduire les inégalités sociales de santé ». ■
*Baromètre de Santé publique France - Edition 2024 – Décembre 2025
En 2024, 68,0 % des adultes âgés de 18 à 79 ans déclarent avoir une « bonne » ou « très bonne » santé générale.
6 148 greffes d’organes en 2025 : un record historique pour la France
En 2025, la France atteint un niveau historique de greffes d’organes, avec 6 148 interventions réalisées (+1,5 % par rapport à 2024 / +95 greffes). « soit le chiffre le plus élevé jamais enregistré » se félicite l’Agence de Biomédecine (ABM). Une progression qui, certes, confirme la solidité et l’engagement du système de prélèvement et de greffe mais ne doit pas pour autant occulter « l’ampleur des besoins » : plus de 23 000 patients demeurent en attente souligne l’agence qui pointe « un contexte marqué par une opposition encore élevée et la persistance d’idées reçues ». Ce chiffre de 6 148 greffes d’organes dépasse pour la première fois le précédent record établi en 2017 (6 120 greffes).
En 2025, 3 188 donneurs potentiels en état de mort encéphalique ont été recensés (+0,6 %). Parmi eux, 1 590 ont pu être prélevés (+3 %). Un décalage qui suscite des interrogations au sein des équipes hospitalières qui parle d’un « potentiel encore inexploité ». A cela s’ajoute, un taux d’opposition qui atteint 37,1 % (contre 36,4 % en 2024), avec des disparités territoriales marquées.
Au 1er janvier 2026, 23 294 patients étaient inscrits sur la liste nationale d’attente, dont 11 642 en liste active. En 2025, 966 patients sont décédés alors qu’ils figuraient sur cette liste. Aussi, pour l’Agence, « la poursuite de la progression repose donc sur deux leviers indissociables : augmenter le recensement des donneurs potentiels et faire reculer l’opposition, afin d’élargir l’accès à la greffe pour les patients en attente ». Du côté des donneurs vivants de greffe rénale, 603 greffes ont été réalisées en 2025. Malgré cette hausse, ce niveau demeure inférieur à l’objectif de 20 % fixé par le Plan greffe.
Reste que la question de la désinformation autour du sujet tient une place non négligeable lorsque l’on aborde le don d’organes et de tissus. Si 74 % des Français se disent favorables au don de leurs organes après leur décès, « un niveau stable depuis dix ans », le taux d’opposition au prélèvement est passé de 36,4 % en 2024 à 37,1 % en 2025. La faute en revient aux idées reçues comme celle d’imaginer, à tort, que le prélèvement est automatique en l’absence d’inscription au Registre national des refus (62 %). 30 % des personnes travaillant à l’hôpital estiment, encore à tort, que les personnes ne sont pas décédées au moment du prélèvement. En 2024 et 2025, la désinformation sur les réseaux sociaux a conduit à des dizaines de milliers d’inscriptions infondées sur le Registre national des refus regrette l’Agence de Biomédecine qui appelle au renforcement d’une information « fiable et pédagogique » et à encourager le dialogue au sein des familles.
Et l’euthanasie ? Sans se prononcer ouvertement et officiellement sur le sujet, « ce genre de pratique permet d’avoir des donneurs supplémentaires, ce sont des vies sauvées en plus » reconnaît Marine Jeantet, la directrice générale de l’ABM (1).
1. En 2023, en Espagne, 334 euthanasies ont été réalisées et 42 patients ont accepté d’être donneurs. Au total 172 organes ont ainsi pu être prélevés et transplantés à 115 personnes.
