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Alain Houpert : sur le passe vaccinal, “je dis à l’exécutif : Arrêtez d’emmerder les Français !”

© F. Touitou

Par Alain Houpert, Sénateur de la Côte-d’Or

La commission d’enquête du sénat sur le passe vaccinal vient de rendre ses conclusions ; elle considère que le passe vaccinal n’a pas rempli ses conditions et demande sa levée immédiate.

En tant que Sénateur ayant fait partie de ceux qui ont voté contre le passe sanitaire, puis contre le passe vaccinal, je devrais m’en satisfaire, mais ce n’est pas le cas. La commission d’enquête n’a fait que dire ce que nous disons depuis des mois avec certains de mes collègues, relaté par nombre de médecins : le passe vaccinal est une mesure profondément discriminatoire, sans efficacité avérée. C’est une mesure coercitive parce que le gouvernement n’a pas eu de courage. Au lieu de prendre ses responsabilités, il a fait reposer sur les citoyens la décision de se faire vacciner, mais aussi les risques de la vaccination.

Nous avons parlé de chantage. Et c’est le mot qui définit le mieux cette situation profondément antirépublicaine. Pour cette raison je ne peux me réjouir des conclusions de la commission d’enquête, même si elle donne raison à tous ceux qui ont dénoncé durant des mois, une mesure purement politique.

Parce que derrière cette mesure, il y a eu des femmes, des hommes, des adolescents, des enfants privés de droits, de travail, de revenus, de dignité, durablement heurtés par une discrimination qui s’est parfois exprimée dans la violence des mots, y compris dans ceux du Président de la République, assumant de vouloir « emmerder les Français ». Des « non-vaccinés » devenus « des non-citoyens ». C’est donc une violence morale, républicaine, sociétale et politique profonde que la crise du Covid 19 a décomplexée, jusque dans les paroles les plus sacrées de l’Etat.

Cette situation va profondément traumatiser notre pays et à défaut d’avoir su reconnaître ses erreurs, le gouvernement doit aujourd’hui mettre un terme immédiat à cette gabegie qu’est le passe vaccinal, qualifié par la commission d’enquête de « gadget ». Jamais nous n’aurons connu un gadget aux conséquences aussi dramatiques qui formalise la défiance envers la parole publique, envers la science. Les refus massifs de « dose de rappel » et la « désactivation » (terme hideux) de millions de passe vaccinaux illustre cela : les Français ne se sentent plus en confiance et préfèrent aujourd’hui renoncer à leurs droits que d’obéir à un « gadget ».

Nous devons aussi prendre en compte le climat international et la guerre en Europe qui est profondément traumatisante pour les Français. Comme l’avait dit Pompidou, je dis à l’exécutif : Arrêtez d’emmerder les Français ! Le risque aujourd’hui, dans le contexte anxiogène est d’ajouter aux événements des mesures qui sont inégalitaires et liberticides. Je suis aussi très étonné que le 1er mars, le Conseil d’Etat ait refusé de lever le passe vaccinal alors que tout nous prouve que le passe vaccinal n’a aucune utilité sanitaire. Je pense que le Conseil d’Etat a commis là aussi une grave erreur.

A une crise sanitaire grave, le gouvernement a ajouté une crise politique, une crise sociale et une crise de confiance. Au lieu de jouer sur l’unité, il s’est engagé sur le terrain de la dissension. C’est impardonnable, c’est irresponsable et surtout, plus que tout, c’est inefficace, et la commission d’enquête le démontre. 

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