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“Faire redécouvrir notre beau pays aux Français”

Entretien avec Philippe Gloaguen, directeur des « Guides du Routard »

Comme directeur du Routard, quel regard portez-vous sur le tourisme à l’heure du Covid ?

C’est difficile de parler d’année noire quand on se réfère à l’Histoire, à ce qu’ont vécu nos grands-parents et arrières grands-parents pendant la Seconde Guerre mondiale. Quand on se souvient de ce que les Français ont enduré de souffrances, de destructions, c’est une crise mais ce n’est pas une année noire. A chacun de s’adapter et de trouver une façon de s’en sortir. Nous avions 160 Guides du Routard à paraître, 60 sur la France et 100 sur l’étranger. Nous avons modifié notre planning et avancé la sortie des guides sur la France. Les Guides du Routard ont été à peu près tous en librairie début juin. Parallèlement, nous avons bien évidemment retardé tous nos titres consacrés aux destinations étrangères. Nous sommes ainsi prêts pour faire redécouvrir la France aux Français. Cela tombe très bien puisque comme vous le savez la France est le plus beau pays du monde ; une affirmation largement confirmée par le très grand nombre de touristes que notre pays accueille chaque année. Et depuis que les librairies sont à nouveau ouvertes, je sais que la demande de Routard sur la France est forte.

Appuyer fort sur la France, c’est aussi et surtout pour le Routard un hommage que nous rendons à tous les hôteliers, les restaurateurs qui sont aujourd’hui en souffrance. Nous voulons ainsi montrer notre solidarité à toute cette profession en difficulté.

Quelles vacances demain ?

Ce que nous avons particulièrement ressenti au Routard, c’est cette envie de redécouverte de la France verte, la France de l’intérieur. Une France magnifique, exceptionnelle qui est trop méconnue.

Des exemples ?

Je pense à l’Ariège, ce département au pied des Pyrénées, très peu peuplé, magnifique. Ici, pas de problème de confinement puisqu’il est peu fréquenté. Les villes et villages sont intacts, Foix ne compte que quelques milliers d’habitants. Il y a aussi de grands espaces verts comme le Parc national des Cévennes ou des Pyrénées pour les amateurs de nature… Ce sont des endroits merveilleux à découvrir. Voilà ce que j’appelle la France verte : des territoires qui sentent bon le terroir.

Sans aller si loin et pour ceux qui n’ont pas la possibilité de traverser toute la France, vous avez le Gâtinais dans le Loiret (45), à une petite centaine de kilomètres de Paris, annonçant la douceur du Val de Loire, sur la Route des Roses avec des villages classés parmi les plus beaux de France…

Pour ceux qui s’intéressent à des régions totalement méconnues, pourquoi ne pas aller en Thiérache, à la frontière avec la Belgique, pour visiter ses églises fortifiées. C’est unique en France et peut être même au monde.

Pas loin mais un peu plus au Sud, vous avez le Santerre avec un riche patrimoine de Mémoire lié au souvenir de grandes batailles de la Première Guerre Mondiale. A voir absolument le musée de Péronne qui est l’un des plus beaux musées militaires que je connaisse et qui fait d’abord la promotion de la Paix et de la Réconciliation.

Pour ceux qui sont adeptes de la randonnée, tentez la Vanoise, la Tarentaise avec des paysages magnifiques où l’on ne croise quasiment personne. Profitez-en aussi pour visiter les églises baroques d’origine italienne.

Mais il y aurait encore une multitude d’exemples à donner pour redécouvrir cette France de l’Intérieur.

Avec cette crise, va-t-il y avoir des tendances de fond en matière de déplacements, de tourisme ?

Oui, sans aucun doute. Je salue d’ailleurs à ce titre la récente décision d’Air France de supprimer les lignes qui sont en concurrence avec le train. Il y a là une prise de conscience écologique. Bravo ! Rappelons que le train est beaucoup moins polluant et coûte moins cher. C’est d’ailleurs une tendance que l’on observe chez nos lecteurs qui pour de courts séjours tendent à privilégier un peu plus souvent le train à l’avion. Je ne dis évidemment pas qu’il faut supprimer l’avion qui restera utile pour des destinations un peu plus lointaines. Très probablement, une réadaptation due à une prise de conscience industrielle mais aussi à une prise de conscience écologique du grand public va voir le jour.

Les professionnels du secteur vont-ils devoir se réinventer ?

Oui. Il y en a même qui ont déjà un train d’avance. Je pense par exemple à Voyageurs du Monde qui proposent des voyages extraordinaires à travers toute la planète et qui depuis deux ans déjà offrent des voyages en France avec une redécouverte des terroirs, de la cuisine authentique, de lieux méconnus et rarement ouverts… C’est une tendance qui va forcément s’accentuer après ce que nous vivons.

Et finalement, en s’y prenant bien, les Français vont pouvoir redécouvrir la France, ce qui est formidable. Cela va aussi permettre de disperser l’ensemble des touristes sur la totalité de nos territoires qui sont divers, riches et particuliers plutôt que de s’agglutiner sur quelques coins bondés. 


Propos recueillis par Antoine de Font-Réaulx

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