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“La stratégie Logement du Gouvernement poursuit de bons objectifs mais les méthodes choisies pour y parvenir ne sont pas à la hauteur”

Par Geoffroy Didier, vice-président du Conseil régional d’Ile-de-France en charge de l’attractivité, du logement et de la rénovation urbaine, président de l’Etablissement public foncier d’Île-de-France

Que pensez-vous de la stratégie logement proposée par le Gouvernement ?

La stratégie Logement du Gouvernement poursuit certes de bons objectifs : renforcer l’offre de logements dans les zones tendues et rechercher une baisse du prix des loyers dans le parc social. Les méthodes choisies pour y parvenir ne sont malheureusement pas à la hauteur des objectifs. Imposer aux bailleurs sociaux de compenser intégralement la baisse des APL en baissant leurs loyers aura, en effet, un effet pervers : en voyant leurs ressources diminuer, les bailleurs perdront la possibilité d’entretenir leur parc social. Si je soutiens la volonté d’examiner la situation financière des occupants du logement social en cours de bail, le gouvernement aurait dû avoir le courage d’exiger que ces locataires dont les ressources dépassent désormais les plafonds de loyers quittent leur logement pour permettre à d’autres d’y accéder. Le logement social ne doit plus être une rente à vie ! Et si la mobilité au sein du parc social doit être renforcée, elle doit aussi l’être en direction du parc privé, notamment du logement intermédiaire, afin de permettre à chaque Français de suivre un véritable parcours résidentiel et, si possible, de devenir propriétaire. Je regrette, enfin, que plusieurs réformes soient absentes du plan gouvernemental : La Région Île-de-France a eu le courage de mettre en œuvre un dispositif anti-ghettos consistant à mettre fin au financement public de logements sociaux dans les communes qui en ont trop. Cette mesure aurait pu être élargie à l’ensemble du territoire. Les maires méritants qui respectent la loi SRU auraient pu se voir confier un surplus d’attribution des logements sociaux de leurs communes, à commencer par les DALO.

Quelle politique menez-vous en matière de logement au sein du Conseil régional d’Ile-de-France ?

Aux côtés de Valérie Pécresse, comme vice-président en charge de l’attractivité, du logement et de la rénovation urbaine, je mets en œuvre une nouvelle stratégie pour construire plus et mieux. Nous avons une conviction : c’est en augmentant la construction que nous ferons baisser durablement les prix. Construire plus, c’est d’abord permettre aux acteurs du logement d’accéder à nos financements, de mettre à disposition le foncier régional constructible ou encore de simplifier nos règlementations en supprimant toutes les normes inutiles. Depuis l’élection de Valérie Pécresse nous avons, par exemple, financé la construction de logements sociaux permettant de loger 40 000 Franciliens. Afin de diversifier l’offre de logements, nous avons financé la construction de logements pour 5400 jeunes étudiants et apprentis et de 2000 logements intermédiaires sociaux (PLS) grâce au retour du financement régional qui avait été supprimé par l’ancienne majorité socialiste. Construire mieux, c’est également construire au plus près des bassins d’emplois et des futures gares du Grand Paris Express. C’est aussi assumer de vouloir casser la spirale infernale de ghettoïsation urbaine. Deux tiers des logements sociaux d’Île-de-France sont concentrés sur 7 % des communes ! Nous favorisons donc la mixité sociale en ne finançant plus de logements très sociaux dans les communes qui en comptent plus de 30 % tout en incitant les maires trop peu dotés en logements sociaux à en produire davantage.

Quel rôle joue l’Etablissement public foncier d’Île-de-France (EPFIF) dont vous êtes Président du Conseil d’administration ?

Nous voulons être des facilitateurs et réaliser un véritable choc d’offre en mettant à disposition du foncier disponible pour aider les maires à réaliser leurs projets. Nous avons adopté un plan pluriannuel d’interventions sur la période 2016-2020 qui va permettre à l’EPFIF d’acquérir près de 2 milliards d’euros de foncier en Île-de-France pour le libérer et fluidifier le marché de la construction. Nous augmentons de 50 % les cessions de foncier, supprimons toutes les contraintes normatives venues s’ajouter aux lois déjà existantes et cédons les terrains à prix coûtant. Grâce à cette stratégie de libération du foncier, nous sommes en train de créer un véritable choc d’offre en atteignant des records de constructions : avec 86 000 autorisations de mise en chantier cette année, l’Île-de-France n’a jamais autant construit.

Comment entendez-vous renforcer la lutte contre les marchands de sommeil ?

De plus en plus d’élus sont confrontés à des situations de logement indigne qui prennent la forme de divisions pavillonnaires illégales. Des délinquants n’hésitent pas à exploiter des publics fragiles (travailleurs pauvres, parents isolés, personnes âgées, etc.) qui n’ont pas toujours accès au logement social et qui se voient contraints de payer des sommes très importantes pour un logement indécent, jusqu’à 800 euros par mois pour un 15 m2. Alertés par un grand nombre de maires, nous avons décidé, avec Valérie Pécresse, d’imaginer de nouvelles solutions pour enrayer le phénomène. Nous avons remis au gouvernement des propositions juridiques, préventives et curatives, susceptibles de devenir un projet ou une proposition de loi. Nous préconisons, par exemple, de frapper le marchand de sommeil au portefeuille en le privant de ses biens. Nous venons également de mettre en place, au sein de l’EPFIF, un dispositif expérimental, à hauteur de 20 millions d’euros, consistant à racheter des pavillons, à Aulnay-sous-Bois, Clichy-sous-Bois et Montfermeil, afin de démontrer que nous ne lâcherons rien pour protéger le tissu pavillonnaire et leurs honnêtes habitants. Dans la cinquième puissance économique mondiale, il ne doit plus exister de zone de non-droit dans le logement ! 

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