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“Au commencement était la guerre”

Par Alain Bauer, Professeur au Conservatoire National des Arts et Métiers, Responsable du Pôle Sécurité Défense Renseignement Criminologie Cybermenaces Crises (PSDR3C)*

Habitué à commenter les actions de celles et ceux qui m’ont précédé, et parfois succédé, je m’interrogeais souvent sur leur incapacité à voir ce qui était devant leurs yeux, à comprendre l’évidence révélée dix, vingt, trente, cent ans plus tard.

Jusqu’à ce que je doive m’appliquer à moi-même ce que je faisais subir aux autres. Et je n’ai guère plus brillé le nez dans le guidon que celles et ceux dont j’interrogeais la lucidité. Pour la première fois j’ai dû revisiter ce que j’ai vu ou su, il a un peu plus de trente ans.

Voilà l’origine de mon dernier ouvrage, entre révélations de documents récemment déclassifiés, remise en perspective historique, autocritique relative, éléments pour préparer l’avenir.

On connaît bien l’adage romain « Si vis pacem, para bellum » (« Si tu veux la paix, prépare la guerre »), attribué à Végèce, qui se trouvait être un spécialiste des finances publiques au IVème siècle.

La paix, nous avons cessé de la vouloir quand nous avons cru la posséder en plénitude, après la chute du mur de Berlin, ce qui rendait inutile et coûteux tout effort accordé à la préparation de la guerre.

Les « dividendes » de la paix ont servi essentiellement sur le continent européen et en Occident à désarmer l’essentiel de ce qui était le cœur de l’organisation du service public, pas seulement l’armée, mais aussi la police, la santé, l’école, l’industrie,... Sans parler du secteur de l’énergie tant les dernières auditions parlementaires sur la question ont mieux répondu que mille livres ou commentaires.

Nous avons espéré une globalisation heureuse et nous avons découvert les dures réalités des confrontations et des rapports de force. Non pas que nous ne les voyons pas, chacun des conflits apparus depuis trente ans ont été dûment documentés, mais parce que nous ne les comprenons pas.

Rarement un mirage aura persisté aussi longtemps, et aux yeux d’un aussi grand nombre de personnes, que celui de la « mondialisation heureuse ».

En relisant nombre de textes des années 1990, on est frappé par leur caractère religieux, à la fois prophétique et irénique. Les étoiles du drapeau européen, dont la symbolique n’aura échappé qu’à celles et à ceux qui ne voulaient pas la voir, devenaient étendard d’une foi nouvelle.

Soudain libérés de la menace soviétique, hypnotisés par le communisme de marché proclamé par Deng Xiaoping et donc indifférents au sort de la tentative de révolution démocratique écrasée par les chars sur la place Tiananmen, les Occidentaux ont imaginé alors que le monde allait simplement et naturellement se transformer en hypermarché, les anciens adversaires et alliés devenant des fournisseurs ou des acheteurs, déracinés, sans convictions ni ambitions de domination.

Projet géopolitique, économique, social, culturel, la mondialisation a pu surfer, triomphante, dès 1992, sur une puissante production intellectuelle au sein de laquelle La Fin de l’histoire de Francis Fukuyama s’est rapidement imposée comme l’ouvrage de référence. L’inspiration de Kojève, selon lequel la victoire idéologique du libéralisme occidental a mis fin à la compétition mondiale, y rencontre un grand public épris de croire à cette promesse, en négligeant pour cela les discrètes mises en garde de celui pour lequel la suprématie des démocraties libérales était loin d’être synonyme d’une absence de tout conflit.

Dès 1996, Samuel Huntington annonçait, a contrario, Le Choc des civilisations, considérant qu’après avoir été prédatrices puis idéologiques les guerres futures verraient s’affronter quelques grands blocs déterminés par leur identité cultuelle et culturelle, ce qui revenait à avaliser la place du marché comme cadre universellement accepté des grands affrontements.

En 1997, Zbigniew Brzezinski, le plus grand stratège et apprenti sorcier de la seconde partie du XXème siècle, reprenait les thèses de l’école anglo-saxonne et, approuvant l’attention accordée avant lui par un Halford Mackinder et un Nicholas Spykman à l’Eurasie comme centre de la géopolitique mondiale, dessinait le « Grand Échiquier ». Inspirateur majeur des politiques extérieures américaines, il réussissait la gageure de réinventer le Jihad et de préfigurer le retour d’une nouvelle bipolarité préalable à l’affrontement majeur entre États-Unis (et alliés) et Chine (et Axe alternatif regroupant des résidus du pacte de Varsovie, « nouvelle » Russie, Iran, Corée du Nord) sous le regard attentif et intéressé (parfois de manière tragique) de l’Inde, de l’Indonésie et des pays du Golfe.

Entre fin de l’Histoire et fin de la guerre pour défendre ou faire prévaloir des intérêts nationaux, entre déni du principe même de contradiction violente et déni des vieux antagonismes remplacés par une cartographie nouvelle, les penseurs de l’après chute du mur inventaient leur propre dystopie et mobilisaient autour d’eux une armée de soldats du business de la paix, aveuglés par l’appât du gain.

Durant ces trente dernières années, cet intermède qui ressemble plus à un entre-deux-guerres qu’à un effort durable de pacification réussie, la compétition économique, la perte de souveraineté industrielle, la naïveté géopolitique ont permis la renaissance d’Empires (chinois, perse, ottoman, russe…) qui avaient été soumis par la supériorité technologique de l’Occident dans le cadre de guerres dissymétriques. Leurs défaites n’avaient jamais été digérées et, malgré sourires et courbettes devant l’Occident arrogant, les dirigeants ruminaient leur grandeur passée en se donnant le temps d’une reconquête murmurée.

En 2023, la liste des pays les plus peuplés du monde souligne le recul de la démocratie et des libertés : la Chine reste sous la domination du seul Parti communiste et sort douloureusement d’un confinement « permanent », l’Inde connaît des restrictions de plus en plus importantes des libertés, les États-Unis ont failli connaître leur premier coup d’État, le Brésil a craint un retour en arrière du même type. Le Pakistan est au bord de l’implosion, le Nigeria peine à maintenir son unité, la Russie, l’Égypte, le Vietnam, les Philippines, la Turquie, l’Iran, la Thaïlande, la Birmanie, le Nigeria, le Mozambique, la zone sahélo-saharienne, l’Éthiopie sont en guerre ou sous de fortes tensions internes. On s’inquiète pour la Malaisie ou l’Indonésie, et on n’ose même plus imaginer la vie au Bangladesh. Les territoires palestiniens se préparent à leur nouvelle intifada. Et le Mexique subit une des guerres les plus meurtrières au monde contre les cartels de narcotrafiquants. La liste n’est, hélas, pas exhaustive.

Prendre le temps de visualiser la carte des zones à risques sur les sites des ministères des Affaires étrangères réduit le monde à quelques destinations « oasis » bleues, immergées dans un océan d’interdits rouges.

En Ukraine, « l’Opération militaire spéciale » lancée par la Russie, n’a pas commencé en 2022, ni en 2014. Elle a été préparée à l’issue du sommet de l’OTAN de Bucarest par la dernière mise en garde de Vladimir Poutine à l’Occident, quelques semaines après la conférence de Munich ou il avait assommé ses interlocuteurs, notamment la Chancelière Merkel.

Poutine, l’homme de l’Occident à Moscou, qui avait tout fait pour trouver une solution à la relation US CEI, qui avait lancé le désarmement, guidé des agents américains sur les sites les plus secrets de l’ex URSS, signalait la fin de la paix.

Imaginée par Evgueni Primakov, premier ministre de Boris Eltsine après la décision de l’OTAN de bombarder la Serbie, l’opération de reconquête de l’Empire Russe, s’est déroulée sous les yeux d’un Occident incrédule, en Tchétchénie, en Géorgie, en Ukraine, et un peu partout ailleurs depuis 1999.

Au temps des pénuries alimentaires ou de médicaments, de puces électroniques ou de graines de moutarde, redécouvrir que la souveraineté ne se sous-traite pas reste difficile à digérer pour un État initialement construit selon la logique inverse.

Aujourd’hui encore, il est difficile de sortir des inerties comptables et des habitudes de la « guerre d’avant ».

La France a, sous la contrainte budgétaire, construit une armée expéditionnaire et échantillonaire, qui survit avec un peu de tout et beaucoup de rien, que tout le monde s’acharne enfin à vouloir sauver après avoir tant essayé de la détruire, en usant avec efficacité du tableur Excel.

Grâce au chef d’état-major des armées, nous avons redécouvert la haute intensité. Grâce au général de Villiers, nous avions reçu l’alerte sur le niveau insupportable de baisse des crédits des armées, et nous sommes en train de découvrir qu’avec la haute intensité, il faut aussi traiter la longue intensité.

Matériel ou munitions high-tech ou matériel résilient, montée en gamme ou disponibilité opérationnelle, la lecture régulière des rapports parlementaires ou de ceux de la Cour des comptes montre que le fait d’avoir toujours plus d’armement de haute technologie, mais de moins en moins disponible, posait le problème de ce que pouvait être une guerre longue et pas seulement un outil de dissuasion sec ou une force de projection.

Les leçons de l’Ukraine, c’est la mobilité, les drones, les nouveaux outils, la bonne vieille technologie, la résilience, la résistance, et surtout, la défense opérationnelle et citoyenne du territoire. Ce que l’armée ukrainienne nous rappelle tous les jours, c’est ce qu’est une armée citoyenne, une nation en armes, qui ne sous-traite pas sa souveraineté et sa défense seulement à ses forces militaires, mais qui considère la partie militaire et la défense civile, la partie cyber et les opérations commandos comme des éléments qui vont de pair dans le cadre d’une doctrine et d’une stratégie militaires flexibles et adaptables.

Nos industriels savent vendre ce qu’ils savent fabriquer. Nos militaires savent utiliser ce qu’on leur vend. Nos politiques savent souvent expliquer aux deux précédents comment se passer de leurs produits ou de leurs besoins.

Depuis 2001, nous savons que la dissuasion nucléaire sert à ceux qui veulent encore y croire. Il n’y aurait jamais eu d’attaque contre le Pentagone, jamais d’attaque contre le World Trade Center, et il n’y aurait jamais eu de tentative d’attaque contre le Capitole, si les auteurs de ces attentats avaient cru au risque d’une réplique nucléaire.

Les grands États disposant d’une dissuasion nucléaire n’ont pas pour autant fait le sacrifice de leurs forces conventionnelles. Pas plus les États-Unis que la Chine ou la Russie, l’Inde ou le Pakistan. Et que dire de la Corée du Nord ?

Le 7 Octobre 2023, le Hamas rappelait à tous que le fétichisme technologique et le mépris pour l’adversaire laissaient à la guerre asymétrique une chance contre des armées construites pour le conflit militaire « régulier ». Milices et commandos, « irréguliers » et terroristes, choisissant des cibles militaires mais n’hésitant pas devant le massacre prémédité de civils, ont bouleversé un « équilibre instable » de la confrontation entre Israël et ses voisins non étatiques, Hezbollah, Hamas ou Jihad Islamique.

Le réveil fut douloureux et le mythe d’invincibilité construit depuis 1973 par Tsahal a été durablement brisé. Après des Oradour, des Boutcha ou une vingtaine de Bataclan, un gouvernement désemparé et divisé, une société défiante, Israël a choisi le terrain de la revanche et de la vengeance, selon des principes régionaux qui révulsent les occidentaux (qui réagissent pourtant de manière assez semblable lorsqu’ils sont les victimes directes d’une opération terroriste).

Mais nul n’arrive à identifier la doctrine qui détermine les actions menées, ni surtout l’après Gaza. Pourtant l’histoire démontre qu’en éliminant un ennemi, on en crée généralement un autre, pire que le précédent.

Il n’est évidemment donné à personne d’anéantir le principe d’une maladie dont on a oublié la cause : c’est ce mal qui est voué à tout anéantir, comme la guerre a raison de la paix dès qu’elle oublie qu’elles sont constitutives l’une de l’autre, que la paix est un moment de la guerre, comme la guerre est un moment de la paix dans ce flux ininterrompu qui fait l’histoire de l’anthropocène, chaque progrès militaire accélérant une innovation civile, et inversement.

« The history of failure in war can almost be summed up in two words : Too late. Too late in comprehending the deadly purpose of a potential enemy. Too late in realizing the mortal danger. Too late in preparedness ».

« L’histoire de l’échec dans la guerre peut presque être résumée en deux mots : Trop tard. Trop tard pour comprendre l’objectif mortel d’un ennemi potentiel. Trop tard pour réaliser le danger mortel. Trop tard pour se préparer ».

Général Douglas MacArthur

Au commencement était la guerre, elle est revenue. 

* Auteur du livre Au commencement était la guerre - version augmentée parue le 31 octobre.

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