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Le rayonnement diplomatique de l'Iran

Par Jacques Legendre, Sénateur (Les Républicains, Nord), Membre de la Commission des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées

La Commission des Affaires étrangères du Sénat a jugé à l'automne 2014 qu'il était nécessaire de porter sa réflexion sur le renouveau attendu de la puissance de l'Iran.

Après avoir procédé à de nombreuses auditions une délégation de la Commission s'est rendue en juin 2015 à Téhéran et Ispahan pour approfondir sa réflexion.

Le 14 juillet, l'accord de Vienne entre l'Iran et la Communauté Internationale a marqué la fin de douze années de crise diplomatique engendrée par le programme nucléaire iranien.

Il devient donc urgent d'évaluer la façon dont va pouvoir s'opérer le passage de « l'Empire confiné au retour de la puissance » pour reprendre l'excellent titre du livre de MM. Antoine-Louis de Prémonville et Thomas Flichy de La Neuville.

« Empire confiné », l'Empire Perse l'a été parfois dans sa très longue histoire. Mais il n'en bénéficie pas moins d'une situation géographique qui en fait un nœud géopolitique majeur depuis l'Antiquité. Cet Empire du milieu du Proche et Moyen-Orient est au carrefour de plusieurs ensembles régionaux qui en ont toujours fait un acteur incontournable dans la région.

Ce rôle il est plus que jamais en situation de le jouer. Il dispose d'une population nombreuse (80 millions d'habitants), bien éduquée (4 millions d'étudiants dont 60% de femmes, 150.000 doctorants).

Son sol abrite des réserves minières et pétrolières parmi les premières du Monde mais dont il ne tirait plus partie complètement en raison des sanctions.

Le patriotisme iranien, humilié aux XIXème et XXème siècles par des ingérences étrangères, en particulier russe et anglaise, a amené les régimes successifs à vouloir affirmer leur puissance en se dotant d'une puissance militaire et de capacités nucléaires (au-moins) civiles dès le milieu du XXème siècle, sous le Shah Mohammad Reza Pahlavi, qui avait toutefois signé en 68 et ratifié en 1970 le Traité de Non Prolifération Nucléaire (TNP).

Le développement de l'industrie nucléaire iranienne par la République Islamique a ensuite inquiété la Communauté Internationale jusqu'à l'accord du 14 juillet dont l'application sera évidemment observée attentivement.

L'appareil militaire conventionnel iranien est important, partagé entre l'armée régulière et les forces des Gardiens de la Révolution et en particulier la Force Al-Quods, mais l'effort militaire iranien n'est pas supérieur à celui de ses voisins, telle l'Arabie Saoudite.

En quelles directions s'oriente donc l'effort diplomatique iranien ?

Il semble partagé entre un pôle pragmatique qui le conduit à commercer avec les puissances régionales voisines, telle la Turquie, même quand des divergences importantes existent avec ce voisin sunnite, et un pôle idéologique issu de la Révolution de 1979 qui témoigne d'une antipathie constante pour les USA (le Grand Satan) et Israël (le Petit Satan).

Si elle entend défendre ses intérêts d'Etat et tenir son rang, l'Iran s'appuie aussi sur son rôle de principale puissance chiite, protectrice des minorités chiites à l'extérieur.

En Afghanistan elle est en rapports suivis avec les Hazeras chiites et les Tadjiks persanophones. Au Liban elle appuie le parti chiite Hezbollah, et, quoiqu'elle s'en défende, elle est soupçonnée de soutenir les Houthis au Yemen et la majorité chiite dominée de Bahreïn.

Mais la diplomatie iranienne ne se limite pas à ce paradigme confessionnel. Elle soutient en Syrie le régime laïc de Bachar El Assad et entretient de meilleurs rapports avec l'Arménie chrétienne qu'avec l'Azerbaïdjan chiite.

Surtout, les sanctions infligées par l'Ouest l'ont contrainte à se tourner davantage vers l'Asie. Nos interlocuteurs ont tenu à souligner que l'arrêt des échanges commerciaux avec l'Europe a d'abord profité à la Chine qui est maintenant leur principal partenaire commercial, à l'Inde (12% des exportations iraniennes), à la Corée et au Japon (7% chacun).

La Russie, de son côté, entretient de bons rapports avec l'Iran qui a su aussi nouer des contacts en Amérique du Sud (Venezuela, Cuba, Nicaragua, Brésil).

L'Iran d'après l'accord du 14 juillet peut, s'il le souhaite et si nous savons aussi l'y encourager, renouer avec l'Europe et en particulier la France des rapports culturels et économiques importants. C'est ce que souhaite la société civile iranienne.

La France doit veiller à garder une relation équilibrée avec le monde sunnite et le monde chiite. La venue à Paris du Président iranien est une occasion de reprendre un dialogue nécessaire. 

 

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