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Crises sanitaires dans les élevages : privilégier la vaccination

Dans le rapport de la mission « flash » sur la prévention et la gestion des crises sanitaires dans les élevages, les co-rapporteurs Géraldine Grangier (RN, Doubs), Nicole Le Peih (EPR, Morbihan) et Manon Meunier (LFI-NFP, Haute-Vienne) militent pour que la vaccination soit placée au centre de la stratégie sanitaire de lutte contre les épizooties.

La mission flash a été créée le 17 décembre au terme d’une année 2025 marquée par l’épidémie de dermatose nodulaire contagieuse (DNC), qui a débuté en France le 29 juin 2025 avec un premier cas détecté dans un élevage bovin à Entrelacs, en Savoie. 117 foyers ont été ensuite recensés répartis dans 82 élevages de 11 départements. Mais « depuis le 2 janvier, plus aucun bovin contaminé n’a été recensé » se félicite Nicole Le Peih venue présenter à la presse le rapport de la mission qui a voulu voir comment la crise a été gérée par l’Etat et surtout quels enseignements il pouvait en être tiré pour les crises à venir. « Si nos travaux n’ont pas révélé de défaillances structurelles dans la gestion de crise, dit-elle, ils ont toutefois mis en lumière certaines fragilités, des points sensibles sur lesquels les pouvoirs publics, les principaux acteurs, la protection sanitaire animale doivent progresser pour mieux anticiper les prochaines crises » avertit-elle.

Information et concertation. Pour être efficace, la stratégie sanitaire de lutte contre la dermatose modulaire contagieuse ou toute autre maladie contagieuse d’ailleurs doit avant tout être « acceptée et concertée avec les acteurs qui seront amenés à l’appliquer » soulignent unanimement les trois élues qui pointent là une première faille de cette gestion de crise. « On est aujourd’hui dans une période où l’on voit que la crise climatique, la crise de la biodiversité et les mouvements internationaux d’animaux font que les épisodes épidémiques s’accélèrent. On voit que tous les ans, on n’échappe pas à une nouvelle épidémie. Il est donc indispensable de se poser la question de l’acceptabilité des protocoles par les éleveurs » explique Manon Meunier qui regrette dans la foulée que cette concertation territoriale « n’ait pas été faite correctement » lors de cette crise. « On ne peut pas aujourd’hui gérer une crise sanitaire à coup de gaz lacrymogènes, de déploiement de cars de crs sur les territoires ni mettre des représentants syndicaux en garde à vue en cascade. Ce n’est pas acceptable et ce n’est pas comme cela que nous aurons la confiance des éleveurs » s’emporte la députée insoumise qui plaide avec ses collègues pour plus d’implication et d’intégration des principaux intéressés en améliorant notamment « le fonctionnement démocratique des instances sanitaires ». « L’acceptabilité sociale et l’adhésion des éleveurs aux mesures de police sanitaire conditionnent l’efficacité réelle de celles-ci, notamment le respect stricte des restrictions de mouvements indispensables à la maîtrise de la propagation de cette maladie » insistent-elles.

La question de la vaccination a été aussi au centre des réflexions de la mission. « Face à cette maladie [la DNC], la réponse sanitaire repose sur une logique d’éradication rapide articulant vaccination de masse, surveillance étroite et si nécessaire abattage sanitaire. La vaccination constituant la pierre angulaire de la lutte contre la DNC » note Géraldine Grangier. Pour Manon Meunier, c’est assez simple, « il faut étouffer la maladie par la vaccination », seule vraie mesure alternative à l’abattage total, « pire chose que vous puissiez faire subir à un éleveur ». La vaccination a déjà fait ses preuves en 1992 à La Réunion qui a éradiqué une épidémie de DNC en vaccinant massivement son cheptel et procédé à des abattages partiels. Comme au Japon en 2024. La littérature scientifique tend aussi à montrer que la vaccination « constitue le moyen le plus efficace pour contenir la maladie ». « C’est bien la vaccination qui a un effet déterminant et pas l’abattage total qui a des coûts économiques et psychologiques bien plus importants que l’avantage sanitaire qu’il peut représenter » insiste Manon Meunier. Encore faut-il disposer des bons vaccins ? Ceux utilisés par la France – vaccins vivants atténués - ont comme « avantage majeur d’induire une immunité robuste et durable d’environ 12 mois, explique l’élue du Rassemblement national, cependant, cette protection n’est ni immédiate ni absolue. La protection effective n’apparaît qu’entre 15 jours et un mois après l’injection ». Ils présentent aussi l’inconvénient d’avoir un pouvoir pathogène résiduel dans environ 0,1 % des cas, avec des effets secondaires transitoires et bénins. Mais surtout, les vaccins utilisés en France « ne permettent pas de distinguer les animaux vaccinés des animaux infectés avec les outils de diagnostic actuels ». « La vaccination contre la DNC constitue aujourd’hui le levier central de la maîtrise de la maladie. En complément l’abattage partiel pourrait représenter une alternative pertinente à l’abattage total en zone fortement vaccinée mais cela suppose la poursuite de la recherche scientifique d’outils de détection plus performants que ceux dont nous disposons aujourd’hui » estime Géraldine Grangier. « Nous avons du retard sur la recherche confirme Manon Meunier. Nous sommes dépendants d’autres pays pour produire des vaccins. Alors qu’en 1992 nous avions su créer un vaccin contre la DNC, aujourd’hui nous sommes obligés d’aller demander aux Pays-Bas et à l’Afrique du sud. Nous devons réindustrialiser massivement en France pour être capables de produire des vaccins et pour être capables également d’avoir des tests fiables. Et pour cela il faut accepter d’avoir des lignes budgétaires plus conséquentes au niveau du ministère de l’agriculture tous les ans sur la gestion des crises sanitaires, ce qui n’a pas été le cas dans le dernier projet de loi de finances » déplore la députée. Sur ce point, elle est rejointe par ses deux co-rapporteurs qui ensemble demandent que l’on « renforce les moyens budgétaires consacrés à la prévention et à la gestion des crises sanitaires en élevage » et que l’on investisse dans la recherche sanitaire animale.

La vaccination et limiter au maximum les transports qui déplacent avec les animaux les vecteurs de transmission (insectes piqueurs), voilà ce qu’il convient de faire pour les élues qui recommandent de renforcer les contrôles des mouvements de bestiaux (transporteurs).

« Pourquoi moi, pourquoi chez moi dans ma campagne ? » se demandent les éleveurs. « Quand les réponses manquent, la réponse s’érode. Les enquêtes épidémiologiques doivent être renforcées et menées avec rigueur et rapidité et leurs conclusions doivent être partagées de manière transparente. Comprendre les chaines de transmission est indispensable pour mieux lutter contre la maladie » juge Nicole Le Peih.

Sur l’abattage partiel ou total les avis divergent. L’abattage partiel des seuls animaux infectés doit être la seule mesure applicable pour Manon Meunier qui rappelle combien l’abattage total est « une mesure sanitaire aux impacts psychologiques et sociaux considérables ». Géraldine Grangier propose pour sa part de recourir à l’abattage ciblé « dans les zones vaccinales dès lors que la couverture vaccinale y est élevée et que la pression virale est limitée ». Nicole Le Peih trouve que substituer à l’abattage total des unités épidémiologiques un abattage partiel des seuls animaux infectés est une recommandation « prématurée ». « Au regard des connaissances scientifiques disponibles à ce jour, il n’est pas établi qu’un dépeuplement partiel constitue une mesure suffisamment efficace pour enrayer la propagation de la DNC » estime la députée, notamment parce que « des animaux infectés mais asymptomatiques demeurent contagieux ».

Reste que les trois co-rapporteurs s’accordent sur un point essentiel de cette crise et de ces mesures de dépeuplement, c’est bien celui de la nécessité de mieux accompagner les éleveurs sur le plan psychologique et social, car derrière la DNC « se cache avant tout un drame » raconte avec émotion et compréhension Nicole le Peih, elle-même ancienne éleveuse. « Abattre un troupeau c’est perdre bien plus qu’un outil de travail. Derrière chaque bête, il y a du soin, du temps, et de l’attachement. C’est parfois la remise en cause de toute une trajectoire professionnelle, c’est aussi la disparition de lignées génétiques construites sur des générations ». Le rapport plaide donc pour la mise en place d’un dispositif de suivi psychologique et social « robuste » pour les éleveurs confrontés à un abattage massif de leur cheptel. Ce suivi doit se faire dans la durée tout en veillant également à la bonne application des dispositifs d’indemnisation des pertes. 

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