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Les exportations françaises de vins et spiritueux en net recul en 2025

Les vins et spiritueux français ont connu une année 2025 difficile sur les marchés internationaux. Selon les chiffres publiés par la Fédération des exportateurs de vins et spiritueux (FEVS), les exportations du secteur ont reculé de 8 % en valeur, atteignant 14,3 milliards d’euros, tandis que les volumes ont baissé de 3 %.

Ce repli confirme une tendance négative déjà amorcée en 2023 et 2024, dans un contexte marqué par les tensions commerciales et l’incertitude économique mondiale. La FEVS souligne toutefois que la filière conserve une place stratégique dans l’économie nationale, restant le troisième excédent commercial français, malgré une baisse de performance.

Premier marché à l’export pour les producteurs français, les États-Unis ont été l’élément déclencheur du recul global. En 2025, les exportations vers ce pays ont chuté de 21 %, tombant à 3 milliards d’euros. Les volumes ont également reculé de 9 %, passant sous la barre des 30 millions de caisses. Cette baisse s’explique par plusieurs facteurs combinés : l’instauration de droits de douane américains — 10 % à partir d’avril 2025, puis 15 % dès août — ainsi qu’un taux de change euro/dollar défavorable. Certains importateurs avaient également constitué des stocks fin 2024, avant l’élection présidentielle américaine, ce qui a mécaniquement pesé sur les commandes en 2025. Mais si l’on regarde le verre à moitié plein, les États-Unis restent le premier pays de destination des vins et spiritueux, loin devant le Royaume-Uni. L’Allemagne occupe la troisième place sur le podium en prenant la place occupée alors par la Chine. Les exportations françaises vers la Chine ont en effet diminué de 20 %, atteignant 767 millions d’euros. Ce recul s’inscrit dans un contexte de tensions commerciales liées aux décisions européennes sur les véhicules électriques chinois. Pékin a mis en place des mesures affectant notamment le cognac et les eaux-de-vie françaises. Les enquêtes antidumping lancées par les autorités chinoises apparaissent surtout comme des mesures de rétorsion à la décision européenne de taxer plus fortement les véhicules électriques chinois. Finalement les discussions ont abouti à un engagement des industriels à vendre à un prix minimum, avec comme conséquence une hausse des tarifs de 12 % à 16 %.

Dans le détail, c’est bien le cognac qui apparaît comme le grand perdant de l’année. Sa valeur à l’export chute de près de 24 %, atteignant 2,2 milliards d’euros, sous l’effet combiné des difficultés américaines et chinoises. Le vin, toute catégorie limite les dégâts avec une baisse de 4,1 % pour un total des ventes qui se monte à 10,5 milliards d’euros dont 3,68 milliards d’euros pour le champagne (- 4,5 %), 1,94 milliard d’euros pour les vins de Bordeaux (– 4,8 %) et 1,54 milliard d’euros pour les vins de Bourgogne (– 2,4 %).

« Les tensions géopolitiques, les conflits commerciaux, la fluctuation des taux de change, mais aussi la perte de confiance des ménages ont pesé sur nos exportations » reconnaît Gabriel Picard, président de la FEVS qui ne sent pas de « rebond » pour l’année 2026. « La France doit faire entendre sa voix en Europe, sans trop se singulariser car se faire plaisir en tribune, ce n’est pas toujours efficace » se fâche-t-il. Gabriel Picard appelle alors les pouvoirs publics à « la mise en œuvre des accords commerciaux négociés par l’Union européenne, porteurs de perspectives de développement importantes pour nos filières » en visant l’accord du Mercosur pourtant si décrié par d’autres secteurs. Combatif, le secteur a en ligne de mire d’autres marchés prometteurs à l’export comme l’Afrique du Sud avec des exportations de spiritueux qui ont progressé de 22 %, à 182 millions d’euros, tandis que les exportations de vin vers l’Australie ont bondi de 20 %, atteignant 225 millions d’euros. Le secteur espère ainsi trouver de nouveaux relais de croissance, tout en faisant face à une concurrence accrue et à des marchés devenus plus instables.

Reste qu’en dépit de ces difficultés, le secteur conserve un poids majeur dans le commerce extérieur français. En 2025, il a dégagé un excédent commercial de 13,2 milliards d’euros, en baisse toutefois de 7,6 %, soit environ 1,1 milliard d’euros de recul sur un an. Cette baisse a participé au plongeon de la balance commerciale agroalimentaire française, tombée à 200 millions d’euros, son plus bas niveau depuis plus de vingt-cinq ans. 

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