En effet, suite à la nomination d’Annie Genevard au ministère de l’agriculture dans le Gouvernement de Michel Barnier et à sa reconduction à ce poste dans les gouvernements successifs, j’ai l’honneur et la satisfaction de désormais représenter le Haut-Doubs à l’Assemblée nationale.
Je ne découvre pas la vie publique avec ce mandat de député puisque j’ai été maire de la commune de Courvières pendant dix ans, pour autant la politique nationale et ses enjeux sont bien différents de l’engagement local et nécessite des ajustements ! J’ai également longtemps été impliqué au sein d’organisations professionnelles agricoles à l’échelle de mon département.
En octobre 2024, j’ai donc tout quitté pour un engagement national, de tous les instants, partagé entre l’Assemblée nationale et ses travaux parlementaires et les dizaines de visites hebdomadaires sur le terrain ; même si c’est une lourde responsabilité, je suis heureux et fier de cette nouvelle fonction, investi à chaque instant malgré les turbulences de la vie parlementaire actuelle qui pourraient en refroidir plus d’un.
S’agissant de la conciliation de ma vie d’avant avec celle d’aujourd’hui, je reconnais que malgré mon agenda parlementaire très chargé entre Paris et la circonscription, j’apprécie énormément de revenir travailler de temps à autres sur mon exploitation, désormais gérée au quotidien par mon épouse et mes deux fils. C’est une ferme familiale depuis au moins cinq générations. A ce jour, nous avons 100 montbéliardes qui produisent du lait pour une filière d’excellence : l’AOP Comté. Ce lien avec l’exploitation me permet de me ressourcer, de me « vider la tête » et c’est essentiel pour mon équilibre mental ! Quand je le peux donc, je m’occupe plus spécifiquement de la « nurserie » où sont pris en charge les jeunes veaux après leur naissance. Cette activité auprès des veaux nécessite beaucoup de patience, qualité également indispensable pour mener à bien ma mission de député. Le temps de quelques heures par semaine, je reviens au « réel », à ce qui fait ce que je suis.
Mes bottes ne sont ainsi jamais très loin de mon costume !
Cette connexion à la terre je la revendique ; elle est mon moteur et c’est peut-être ce qui me différencie de certains de mes collègues députés. Je suis d’abord un paysan, fier de le dire et d’employer ce terme. La force d’un « député-paysan », c’est avant tout de garder les pieds sur terre, d’apprécier les choses avec bon sens pour légiférer, soutenir nos territoires et la ruralité et rencontrer les acteurs locaux qui animent et font vivre ces territoires.
Sur l’agriculture, notre monde agricole est en ébullition et les crises se succèdent depuis 2024. La colère est là, nourrie par des revenus insuffisants, une accumulation de normes, un agribashing débridé, un manque de reconnaissance et un sentiment de ne pas être entendu. Le non-renouvellement des générations, problème majeur à venir et qu’il faudra régler si nous voulons garder notre souveraineté alimentaire, est indéniablement lié à ces difficultés. Trop d’exploitations risquent de disparaître faute de repreneurs, tant le métier apparaît aujourd’hui difficile et incertain aux jeunes alors que c’est, à mes yeux, sans doute l’un des plus beaux métiers du monde !
Ma double casquette est donc très utile pour porter la voix de nos agriculteurs dans cette phase de mutation. Mon expérience d’éleveur est un indéniable atout qui nourrit forcément mes choix politiques et ma compréhension des textes agricoles sur lesquels je m’implique avec détermination. Je pense par exemple à la loi votée en mars dernier pour la souveraineté alimentaire ou au projet de loi d’urgence agricole dont nous discuterons au printemps. Porter une parole incarnée, loin des caricatures, sur des enjeux agricoles majeurs, comme la souveraineté alimentaire, est indispensable !
Faire coexister mon métier d’agriculteur et ma fonction de député est un vrai défi mais c’est surtout une grande richesse qui m’évite d’être hors-sol et me sert chaque jour de boussole dans mon engagement politique ! ■
