Impossible de me convertir intégralement en bio car la production de certaines variétés de pommes est très difficile en bio, mais aussi pour des raisons financières.
Les trois années de conversion ont été difficiles, avec tous les inconvénients du bio sans la valorisation.
Parallèlement, à 35 ans, je me suis investi dans la vie politique locale dans mon village de Chenu et la communauté de communes Sud Sarthe. En 2022, soutenu par Pascale Fontenel-Personne députée sortante, je suis élu député et réélu en 2024.
Si j’ai réussi à concilier vie politique locale et mon métier de pomiculteur, cela n’est plus possible depuis que je suis député. Les deux fonctions requièrent une disponibilité permanente, donc j’ai dû choisir de déléguer une partie de mon activité dans les vergers à mes associés Pierre et Simon Leroy.
En 2022, j’étais vu comme un agriculteur député. Mais depuis que je suis en commission des Lois et que je travaille sur bien d’autres sujets, je suis considéré comme un député et agriculteur.
Les récents débats sur l’agriculture m’ont permis d’apporter mon expérience, que ce soit sur la structuration des filières lors de la loi d’orientation agricole avec Marc Fesneau, le rapport que j’ai porté sur les contrôles en agriculture, et surtout lors du débat sur la loi visant à lever les contraintes à l’exercice du métier d’agriculteur.
Cette séquence a révélé, il me semble, une réelle fracture entre l’Agriculture et une partie des Français. Fracture renforcée par une vraie méconnaissance des entraves administratives, des normes et surtranspositions imposées à nos agriculteurs, relayée par les médias et réseaux sociaux.
Je reste convaincu que nous ne devons pas opposer Agriculture et Environnement.
L’un ne va pas sans l’autre ; travailler avec la Nature c’est notre métier.
Mais attention à ne pas idéaliser Dame nature car il y a bien longtemps que nous sommes sortis du jardin d’Eden. Les agriculteurs doivent accompagner la nature, et non chercher à la maîtriser, c’est peine perdue. Nous devons favoriser la recherche scientifique afin d’apporter des solutions plus vertueuses aux problématiques agricoles. Chaque filière agricole a ses enjeux et difficultés, donc on ne peut pas donner une réponse unique.
Et on ne doit pas non plus opposer Agriculture et Santé.
S’il est légitime de se préoccuper de la santé des Français, considérer les agriculteurs comme des empoisonneurs ou des pollueurs montre bien la méconnaissance de l’agriculture et participe au mal-être agricole.
Je reste persuadé que nous avons une des meilleures agricultures au monde, des plus contrôlées, offrant une alimentation saine et accessible à tous.
On interdit de produire à armes égales à nos agriculteurs et on importe ce que l’on ne veut pas produire. C’est assez déconcertant et hypocrite. Voilà une des raisons de la colère du monde agricole.
En tant que député, je parle de mon expérience et des difficultés de production à mes collègues députés afin qu’ils comprennent.
Et je fais confiance à la controverse scientifique pour éclairer nos débats et nos positions politiques, et surtout répondre aux attentes des agriculteurs. Les relations avec le ministère de l’Agriculture sont facilitées car mes prises de paroles sont suivies et alimentent nos discussions. Tout le monde est gagnant.
Et dans l’autre sens, mon expérience facilite le dialogue nécessaire avec les agriculteurs, pour aussi parfois remettre en cause certaines pratiques agricoles. Je suis favorable au soutien à la biodiversité et l’implantation de haies et d’arbres, par exemple. Participer à l’écriture de la Loi d’orientation agricole et faciliter l’implantation de haies a été une réelle avancée.
Le plus difficile pour moi dans ce mandat c’est le grand écart permanent, une certaine culpabilité d’avoir mis entre parenthèse ma vie de pomiculteur, mes vergers.
Mais la plus grande satisfaction est de pouvoir contribuer à améliorer le quotidien des agriculteurs. ■
