Service national. Un dispositif volontaire… mais coûteux dès son lancement. Le nouveau service national s’adresse aux jeunes de 18 à 25 ans, pour une durée de dix mois, exclusivement sur le territoire national ou dans les Outre-mer. Après un mois de formation militaire, les appelés rejoindront une unité opérationnelle afin de participer « au renforcement de la capacité de résistance de notre nation » a indiqué le Chef d’Etat-major des armées (CEMA), le général d’armée aérienne Fabien Mandon. « Ils seront formés à réagir dans des situations inconfortables, à inscrire leur action dans le cadre d’un groupe organisé, solidaire, solide, où chacun, quels que soient son origine sociale, son parcours personnel, ses opinions, sa religion, évolue sous un même uniforme selon des principes d’égalité, de fraternité, d’équité et où on récompense le mérite » a-t-il ajouté lors de la conférence de presse de lancement présidée par Catherine Vautrin, ministre des armées. Ce service militaire offre aux volontaires la possibilité de faire des missions « qui ont du sens et propose une grande diversité de parcours » (télépilotage de drones, génie, aide aux moniteurs, cybercombattants, techniciens, mécaniciens, cuisiniers…) « Les volontaires contribuent ainsi directement aux missions opérationnelles exclusivement sur le territoire national tout en développant des compétences pratiques et stratégiques qui leur seront très utiles dans la suite de leur carrière professionnelle, qu’elle soit militaire ou non ».
Volontaire, rémunéré et encadré par les armées, ce nouveau service militaire se distingue clairement de l’ancienne conscription suspendue en 1997. Pour autant, ce choix du volontariat n’allège pas la facture. Pour sa première année pleine, en 2026, le coût du dispositif est évalué à 150 millions d’euros, pour une cohorte limitée à 3 000 volontaires. Chaque jeune percevra une rémunération d’environ 800 euros brut par mois, sera logé, nourri, équipé et formé par les armées. À ces dépenses directes s’ajoutent les coûts d’encadrement, de formation initiale et de mobilisation des infrastructures militaires existantes, déjà fortement sollicitées.
Contrairement à un simple programme civique, le service national repose sur des standards militaires exigeants, ce qui renchérit mécaniquement son coût. Les armées doivent mobiliser des cadres, des instructeurs et des capacités logistiques, au risque de créer des tensions sur leurs ressources humaines, un point que le ministère assure avoir intégré dans ses arbitrages.
Une montée en puissance budgétaire assumée par l’exécutif
Le coût réel du service national se mesure surtout dans sa trajectoire de long terme. En 2026, ce sont 3000 engagés volontaires qui sont attendus (1 800 dans l’armée de terre, 600 dans celle de l’Air et de l’espace et 600 dans la marine). Puis, le gouvernement prévoit une montée en charge progressive avec 4 000 volontaires en 2027, 10 000 en 2030, et jusqu’à 42 500 à l’horizon 2035. Mais à mesure que les effectifs augmentent, les dépenses explosent. Selon les estimations officielles, le coût cumulé du dispositif (paie, équipement, habillement, hébergement) entre 2026 et 2030 atteindra 2,3 milliards d’euros, dont 1,4 milliard consacré aux seules infrastructures. Il s’agit notamment de l’adaptation ou de la construction de logements, de centres de formation et de capacités d’accueil supplémentaires pour absorber l’afflux de volontaires.
À ce niveau, le service national change d’échelle : il ne s’agit plus d’un programme expérimental, mais d’un engagement budgétaire comparable à celui de certains programmes d’équipement militaire de taille intermédiaire. À terme, son coût annuel pourrait représenter plusieurs centaines de millions d’euros, voire davantage si les ambitions affichées pour 2035 sont tenues.
Un choix politique aux conséquences durables
Pour l’exécutif, cette dépense est présentée comme un investissement stratégique. Catherine Vautrin, ministre des Armées, insiste sur la nécessité de renforcer la « capacité de résistance » de la société française face à un environnement sécuritaire jugé de plus en plus incertain. Le service national doit aussi alimenter les rangs de la réserve et faciliter les recrutements dans l’armée d’active.
Reste que, dans un contexte de finances publiques sous tension, ce nouveau service national pèsera durablement sur le budget de la défense. Ni marginal, ni ponctuel, il engage l’État sur une trajectoire de plusieurs milliards d’euros, bien au-delà de l’effet d’annonce initial. La question n’est donc plus seulement de savoir si le service national est souhaitable, mais s’il est soutenable, à long terme, pour les finances publiques françaises.
Ouvertes depuis le 12 janvier dernier, le ministère assure avoir déjà reçu plusieurs centaines d’inscriptions. ■
L’Assemblée nationale s’ouvre au Service civique
L’Assemblée nationale ouvre ses portes au Service Civique en faisant appel pour la première fois à de jeunes volontaires en 2026 pour travailler au sein du Palais Bourbon.
Le communiqué de la présidence de l’Assemblée nationale indique que l’Assemblée nationale, « dans la continuité de la politique d’ouverture de l’institution menée par sa présidente Yaël Braun-Pivet », a décidé d’accueillir depuis le 19 janvier dernier et pour une durée de six mois « 5 premiers jeunes âgés de 18 à 25 ans » dans le cadre du service civique. Les jeunes sélectionnés ont pour mission de sensibiliser les publics scolaires visitant l’Assemblée nationale à la vie politique et citoyenne. Ils sont plus particulièrement chargés de concevoir et d’animer des ateliers de médiation civique. « Leur arrivée permettra de contribuer à une plus large connaissance de l’Assemblée nationale et une meilleure compréhension du travail parlementaire par les plus jeunes. Elle sera également l’occasion de favoriser la transmission des valeurs républicaines et de la citoyenneté, mais aussi de contribuer à des missions concrètes d’information et d’éducation civique, renforçant ainsi le lien entre la jeunesse et l’Assemblée nationale, coeur battant du débat démocratique en France » précise le communiqué. Le Service civique, poursuit le communiqué est un « formidable levier d’inclusion sociale et professionnelle. Il offre aux jeunes une expérience humaine et collaborative qui peut valoriser leur parcours, encourager leur engagement durable dans la vie publique, et enrichir leur compréhension du rôle des institutions démocratiques ».
