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Le “président de la paix” sur le sentier de la guerre

Donald Trump a déclenché une opération militaire en Iran d’une rare ampleur. Elle s’inscrit dans un nouvel interventionniste américain loin de ce qu’il affirmait promouvoir avant sa seconde présidence. Depuis janvier 2025, Donald Trump a déjà frappé sept pays.

Celui qui se serait bien vu décerner le Prix Nobel de la Paix a depuis son entrée à la Maison-Blanche pour un second mandat en janvier 2025 ordonné aux forces armées américaines de bombarder sept pays*, dont trois n’avaient pas encore été une cible américaine (Iran, Nigeria et Venezuela). Un revirement diversement apprécié aux États-Unis et notamment par sa base électorale plutôt réservée sur la question. C’est en tout cas, ce que laisse entendre un récent sondage du Wall Street Journal qui montre que les électeurs désapprouvent les priorités de Trump : 53 % d’entre eux estiment qu’il choisit de s’engager dans des affaires étrangères inutiles au lieu de se concentrer sur l’économie, tandis que 42 % pensent qu’il s’occupe de menaces urgentes pour la sécurité nationale. Plusieurs élus républicains ont émis de sérieuses réserves également appelant le président Trump à définir un objectif clair et qu’il demande l’aval du Congrès pour mener cette guerre.

Entre janvier 2025 et février 2026, Donald Trump a ordonné plus de frappes que le démocrate Joe Biden au cours de sa présidence. Barack Obama, souvent présenté lui aussi comme un « président de la paix » a lui aussi usé de la force militaire contre sept pays (Afghanistan, Irak, Pakistan, Somalie, Yémen, Libye et Syrie). En deux mandats, George W. Bush a déclaré la guerre à l’Afghanistan en 2001 et à l’Irak, en 2003. Il a également bombardé le Yémen, le Pakistan, la Somalie et les Philippines.

Dans l’esprit de Donald Trump, la guerre doit être courte. Il a toujours dit être contre les « guerres sans fin ». Il ne veut pas de crises qui s’éternisent. Il l’a redit avec « Fureur épique » en Iran, l’opération ne devrait pas durer plus de « quatre à cinq semaines ». Le président américain privilégie les opérations courtes et ciblées avec une usage massif des moyens aériens. Le Washington Post appelle une « guerre de Vikings » : « des interventions et des retraits rapides, misant sur la rapidité et la surprise pour obtenir une capitulation immédiate » et présentées comme essentielles à la défense des intérêts américains. Donald Trump juge aussi que l’usage de la force mené de façon efficace et déterminée est plus efficace parfois que des années de diplomatie.

Au Venezuela, il s’agissait de mettre un terme aux agissements de Nicolas Maduro qu’il accusait, sans preuve, d’ingérence dans les élections de 2020. Il a finalement ordonné l’opération et l’arrestation du dirigeant pour trafic de drogue. Le succès de l’opération aura sans aucun doute jouer une rôle dans le déclenchement de l’opération « Epic Fury ». Pour Donald Trump, l’Iran est un aboutissement, celui d’apporter la paix au Moyen-Orient en mettant à bas un régime meurtrier responsable de la déstabilisation de la région et ennemi juré des États-Unis depuis plus de 40 ans. « Le président Trump prend des mesures décisives pour éliminer les principales menaces contre la sécurité nationale du peuple américain, dont les présidents précédents parlent depuis quarante-sept ans, mais seul ce président a eu le courage de passer à l’action » a indiqué une porte-parole de la Maison Blanche.

« Trump veut s’imposer comme un personnage historique marquant » explique au Wall Street Journal Elliott Abrams, ancien émissaire de Trump en Iran et au Venezuela lors de son premier mandat. « S’il parvient à changer le gouvernement cubain, ce sera quelque chose que John F. Kennedy n’avait pas réussi à faire. Et tout changera au Moyen-Orient si la République islamique que nous connaissons depuis 1979 est renversée d’une manière ou d’une autre ».

Aujourd’hui, Donald Trump, le va-t’en guerre est plus déterminé que jamais. Il espère bien au cours de son mandat battre les trois ennemis les plus déterminés des États-Unis, l’Iran, Venezuela et Cuba. 


* Iran, Nigeria et Venezuela, Syrie, Irak, Somalie, Yémen.

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