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Donald Trump et son “Conseil de la paix” : une nouvelle architecture mondiale de paix ou un projet controversé ?

Lors du Forum économique mondial de Davos, en Suisse, le 22 janvier 2026, Donald Trump a officiellement signé la charte fondatrice de ce qu’il présente comme un « Conseil de la paix » international, une nouvelle instance censée promouvoir la stabilité mondiale et superviser la reconstruction post-conflit, à commencer par la bande de Gaza.

L’initiative remonte à 2025 dans le cadre du plan de paix de Trump visant à mettre fin à la guerre entre Israël et le Hamas et à encadrer la transition post-conflit à Gaza. Soutenu par une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies, ce Conseil devait initialement veiller au retour des otages, superviser la démilitarisation, la reconstruction et l’administration transitoire de la bande de Gaza. Donald Trump a choisi d’en faire une « Onu bis » au point de mimer sa charte. « Le Conseil de paix est une organisation internationale qui vise à promouvoir la stabilité, à rétablir une gouvernance fiable et légitime, et à garantir une paix durable dans les régions touchées ou menacées par des conflits » est-il écrit notamment dans le préambule de la charte signée à Davos.

Côté gouvernance, à tout seigneur, tout honneur, Donald Trump n’a pas hésité une seule minute avant de s’autoproclamer président à vie de « son » Conseil de la paix (Board of Peace en anglais). Il peut seul inviter d’autres chefs d’Etat ou de gouvernement à rejoindre son conseil. Il peut évidemment, décider toujours seul de l’exclusion d’un membre. Donald Trump est entouré d’une équipe incluant des personnalités proches de lui — du secrétaire d’État américain à des conseillers et anciens dirigeants, mêlant diplomates, financiers et anciens responsables politiques internationaux. Cette composition souligne le caractère fortement dirigé par Washington de l’entité. Cette organisation a été conçue sur un modèle plus proche d’un conseil d’administration que d’un organe multilatéral traditionnel, ce qui a alimenté critiques et controverses tant sur ses objectifs que sur sa structure.

Une soixantaine de pays ont été invités à participer. Cependant, seules une vingtaine de nations ont signé la charte à Davos — une participation loin des espoirs initiaux de Trump. Mais d’autres ont annoncé leur intention d’adhérer*. Plusieurs pays occidentaux, dont la France et le Royaume-Uni, ont refusé de rejoindre l’initiative, jugeant sa portée trop large, son mandat peu clair ou craignant qu’il ne concurrence, voire mine, les institutions internationales existantes comme l’Organisation des Nations unies.

Les réactions de la communauté internationale ont été contrastées. Certains dirigeants européens, comme le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis, ont critiqué le projet, estimant que ses ambitions dépassent son mandat onusien. Des organisations de défense des droits humains et plusieurs commentateurs internationaux soulignent que la structure du Conseil, dominée par Washington et fondée sur des contributions financières élevées, pourrait favoriser un club d’États riches plutôt qu’un vrai mécanisme de paix impartial.

Un des points les plus débattus est la clause selon laquelle un État contributeur qui verse plus de 1 milliard de dollars peut obtenir un siège permanent — une condition jugée contestable par certains pays et analystes.

Si l’objectif initial était centré sur Gaza, Trump a affirmé à Davos que le Conseil pourrait, à terme, intervenir dans d’autres zones de conflit à travers le monde, en coordination avec l’ONU. Cette ambition soulève des interrogations sur l’avenir du multilatéralisme traditionnel.

Le « Conseil de la paix » de Donald Trump illustre un pari diplomatique audacieux, mais fragilisé par le scepticisme des grandes puissances et une adhésion encore limitée. Entre volonté de réforme du système international et accusations de volonté de domination, cette instance pourrait devenir un laboratoire de nouvelles formes de diplomatie — ou rester un projet polarisant avec une influence limitée en dehors de ses membres fondateurs. Il est aussi, une réaction à l’inertie de l’ONU qui n’a jamais su se réformer. 


*Au 22 janvier 2026 : Argentine, Arabie saoudite, Arménie, Azerbaïdjan, Bahreïn, Bulgarie, Émirats arabes unis, États-Unis, Hongrie, Indonésie, Jordanie, Kazakhstan, Kosovo, Maroc, Mongolie, Ouzbékistan, Pakistan, Paraguay, Qatar, Turquie. Ont déclaré vouloir adhérer : Albanie, Biélorussie, Égypte, Israël, Koweït, Vietnam.

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