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La radicalisation menace la France

Après les attentats du 7 janvier, celui perpétré en Isère le 26 juin dernier repose la question de la radicalisation croissante d’individus en France. Le rapport de la Commission d’enquête sur la surveillance des filières et des individus djihadistes présidée par Éric Ciotti et dont le rapporteur était Patrick Mennucci s’est longuement penché sur la question. Rappel des chiffres.

 

“La France est une cible privilégiée” du djihadisme écrit Patrick Mennucci dans son rapport rendu le 2 juin dernier. Relayés sur Internet et les réseaux sociaux, les appels à la haine et aux meurtres contre la France, déclarée ennemie de l’Islam se sont d’ailleurs multipliés depuis les attentats de janvier 2015 faisant craindre le pire aux autorités qui n’ont eu de cesse d’appeler à la prudence et à la vigilance. La question n’était donc plus de savoir si la France allait être frappée mais bien quand et où. La réponse est tombée ce 28 juin : en Isère.

Dès début juin, dans son rapport, la Commission d’enquête se montrait très préoccupée par « le phénomène des filières djihadistes qui atteint une ampleur sans précédent et la radicalisation qui touche désormais une grande diversité de personnes ». Les chiffres parlent d’eux-mêmes. D’après le Ministère de l’Intérieur, au 26 mai 2015, 1704 individus français ou résidents français étaient impliqués dans les filières irako-syriennes, « ce qui représente un triplement depuis janvier 2014 »*. Et encore, de l’avis de plusieurs personnes auditionnées par la Commission d’enquête, ces chiffres ne reflètent probablement pas toute l’ampleur du phénomène des départs vers la zone irako-syrienne. Mais ils font d’ores-de-déjà de la France, le principal pays européen de départ. Au-delà de ce phénomène de départs, toujours selon l’Intérieur, 2800 personnes nécessitent une attention particulière de la DGSI (19 mai 2015). Enfin, et même si ces chiffres doivent être « appréhendés avec prudence », le nombre de signalements recueillis par le centre national d’assistance et de prévention de la radicalisation (CNAPR) mis en place depuis avril 2014 et par les étatsmajors de sécurité départementaux, parlent, au 21 mai 2015, de 4 091 personnes en voie de radicalisation ayant fait l’objet d’un signalement.
Sur ce nombre, 75% sont des majeurs, 25% des mineurs et 35% sont des femmes. S’agissant des mineurs, 56% des signalements concernent des jeunes filles. 41% concernent des convertis et 9% des personnes signalées sont déjà parties principalement en Syrie. Mais encore une fois, le rapport demande que l’on fasse preuve de discernement avec ces chiffres qui pourraient être minorés dans le cas des convertis, « les familles d’arabo-musulmans utilisant moins le dispositif de signalement ». La proportion importante de signalement concernant les femmes pouvant s’expliquer « par une attention plus importante des familles à leur égard ». Enfin, si l’ensemble du territoire est concerné par les départs, ceuxci se font principalement dans six régions : Île-de-France, Rhône-Alpes, Provence- Alpes-Côte d’Azur, Languedoc-Roussillon, Nord-Pas de Calais et Midi-Pyrénées. Quant aux signalements, les principaux départements touchés sont la Seine-Saint-Denis (160), la Seine-et-Marne (156), le Rhône (156), Les Alpes-Maritimes (151), Paris (145), le Val-de-Marne (130) Les Yvelines (128), le Val d’Oise (125), les Hauts-de- Seine (124) et le Nord (114).

* On distingue : 457 individus présents en Syrie ou en Irak, dont 137 femmes et 80 mineurs ; 320 individus considérés comme en transit entre la France et la Syrie ; 278 individus détectés comme étant repartis de la zone, dont 213 sont revenus en France. Depuis les premières frappes de la coalition en septembre 2014, le nombre de volontaires ayant regagné la France est passé de 121 à 212, soit une progression de 57 % ; 105 présumés morts dont 8 dans des opérations suicides ; 2 détenus en Syrie ; 521 ayant des projets de départ.

La contrôleure générale des lieux de privation de liberté, Adeline Hazan, dans un avis rendu public le 30 juin s’inquiète des répercussions engendrées par la décision (hâtive) du Premier ministre, de regrouper dans des quartiers dédiés les détenus radicalisés. Expérimentée depuis octobre à la prison de Fresnes, la mesure est loin de faire l’unanimité. « Le regroupement des détenus radicalisés présente des risques qui ne paraissent pas avoir été pris en compte, notamment la cohabitation de personnes détenues présentant des niveaux d'ancrage très disparates dans le processus de radicalisation » explique notamment Adeline Hazan.

 

 

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