REMARQUE ! Ce site utilise des cookies et autres technologies similaires.

Si vous ne changez pas les paramètres de votre navigateur, vous êtes d'accord. En savoir plus

J'ai compris

INFORMATIONS SUR LES COOKIES

1. Qu'est-ce qu'un cookie ?

Un cookie est un fichier texte susceptible d’être enregistré, sous réserve de vos choix, dans un espace dédié du disque dur de votre terminal, à l’occasion de la consultation d’un service en ligne grâce à votre logiciel de navigation.

Un fichier cookie permet à son émetteur d’identifier le terminal dans lequel il est enregistré, pendant la durée de validité.

2. A quoi servent les cookies émis sur notre site ?

Seul l’émetteur d’un cookie est susceptible de lire ou de modifier les informations qui y sont contenues.

Les cookies utilisés sur notre site permettent d'identifier les services et rubriques que l'utilisateur a visités, et plus généralement son comportement en matière de visites. Ces informations sont utiles pour mieux personnaliser les services, contenus, offres promotionnelles et bannières qui apparaissent sur notre site et faciliter votre navigation sur notre site. Des cookies sont également nécessaires au bon fonctionnement de certains services ou encore pour mesurer leur audience.

Des cookies sont susceptibles d’être inclus dans les espaces publicitaires de notre site. Ces espaces contribuent au financement des contenus et services que nous mettons à votre disposition.

 

3. Les cookies que nous émettons sur notre site :

Lorsque vous vous connectez à notre site, nous pouvons être amenés, sous réserve de vos choix, à installer divers cookies dans votre terminal nous permettant de reconnaître le navigateur de votre terminal pendant la durée de validité du cookie concerné.
Les cookies que nous émettons sont utilisés aux fins décrites ci-dessous, sous réserve de vos choix qui résultent des paramètres de votre logiciel de navigation utilisé lors de votre visite de notre site.

Les cookies que nous émettons nous permettent de :

4. Faciliter votre navigation sur notre site :

- en adaptant la présentation de notre site aux préférences d’affichage de votre terminal (langue utilisée, résolution d’affichage, système d’exploitation utilisé, etc) lors de vos visites sur notre site, selon les matériels et les logiciels de visualisation ou de lecture que votre terminal comporte,

- en mémorisant des informations relatives à un formulaire que vous avez rempli sur notre site (inscription ou accès à votre compte) ou à des produits, services ou informations que vous avez choisis sur notre site (service souscrit, contenu consulté, achat effectué etc …).

- en vous permettant d’accéder à des espaces réservés et personnels de notre site, tels que votre compte, grâce à des identifiants ou des données que vous nous avez éventuellement antérieurement confiés

- en mettant en œuvre des mesures de sécurité.

 

5. Améliorer nos services :

Ces cookies permettent d’établir des statistiques et volume de fréquentation et d’utilisation des divers éléments composant notre site (rubriques et contenus visité, parcours) afin d’améliorer l’intérêt et l’ergonomie de nos services.

6. Adapter la publicité proposée sur notre site :

- en comptabilisant le nombre total de publicités affichées par nos soins sur nos espaces publicitaires, d’identifier ces publicités, le nombre d’utilisateurs ayant cliqué sur chaque publicité et d’établir des statistiques,

- en adaptant nos espaces publicitaires aux préférences d’affichage de votre terminal (langue utilisée, résolution d’affichage, système d’exploitation utilisé, etc), selon les matériels et les logiciels de visualisation ou de lecture que votre terminal comporte,

- en adaptant les contenus publicitaires affichés sur votre terminal par nos espaces publicitaires, selon la navigation de votre terminal sur notre site,

- en adaptant le cas échéant les contenus publicitaires affichés sur votre terminal dans nos espaces publicitaires en fonction des données de localisation transmises par votre terminal avec votre accord préalable

- en adaptant les contenus publicitaires affichés sur votre terminal dans nos espaces publicitaires en fonction des données personnelles que vous nous avez fournies

7. Les cookies émis sur notre site par des tiers

L'émission et l'utilisation de cookies par des tiers sont soumises aux politiques de protection de la vie privée de ces tiers. Nous vous informons de l'objet des cookies dont nous avons connaissance et des moyens dont vous disposez pour effectuer des choix à l'égard de ces cookies.

a) Du fait d'applications tierces intégrées à notre site

Nous sommes susceptibles d'inclure sur notre site/application, des applications informatiques émanant de tiers, qui vous permettent de partager des contenus de notre site avec d'autres personnes ou de faire connaître à ces autres personnes votre consultation ou votre opinion concernant un contenu de notre site/application. Tel est notamment le cas des boutons "Partager", "J'aime", issus de réseaux sociaux tels que Facebook "Twitter", LinkedIn", "Viadeo", etc.

Le réseau social fournissant un tel bouton applicatif est susceptible de vous identifier grâce à ce bouton, même si vous n'avez pas utilisé ce bouton lors de votre consultation de notre site/application. En effet, ce type de bouton applicatif peut permettre au réseau social concerné de suivre votre navigation sur notre site, du seul fait que votre compte au réseau social concerné était activé sur votre terminal (session ouverte) durant votre navigation sur notre site.
Nous n'avons aucun contrôle sur le processus employé par les réseaux sociaux pour collecter des informations relatives à votre navigation sur notre site et associées aux données personnelles dont ils disposent. Nous vous invitons à consulter les politiques de protection de la vie privée de ces réseaux sociaux afin de prendre connaissance des finalités d'utilisation, notamment publicitaires, des informations de navigation qu'ils peuvent recueillir grâce à ces boutons applicatifs. Ces politiques de protection doivent notamment vous permettre d'exercer vos choix auprès de ces réseaux sociaux, notamment en paramétrant vos comptes d'utilisation de chacun de ces réseaux.

b) Via des contenus de tiers diffusés dans nos espaces publicitaires

Les contenus publicitaires sont susceptibles de contenir des cookies émis par des tiers : soit l'annonceur à l'origine du contenu publicitaire concerné, soit une société tierce à l'annonceur (agence conseil en communication, société de mesure d'audience, prestataire de publicité ciblée, etc.), qui a associé un cookie au contenu publicitaire d'un annonceur.

Le cas échéant, les cookies émis par ces tiers peuvent leur permettre, pendant la durée de validité de ces cookies :

- de comptabiliser le nombre d'affichages des contenus publicitaires diffusés via nos espaces publicitaires, d'identifier les publicités ainsi affichées, le nombre d'utilisateurs ayant cliqué sur chaque publicité, leur permettant de calculer les sommes dues de ce fait et d'établir des statistiques,

- de reconnaître votre terminal lors de sa navigation ultérieure sur tout autre site ou service sur lequel ces annonceurs ou ces tiers émettent également des cookies et, le cas échéant, d'adapter ces sites et services tiers ou les publicités qu'ils diffusent, à la navigation de votre terminal dont ils peuvent avoir connaissance.

c) Par une régie publicitaire externe exploitant nos espaces publicitaires

Les espaces publicitaires de notre site sont susceptibles d'être exploités par une ou plusieurs régie(s) publicitaire(s) externe(s) et, le cas échéant, de contenir des cookies émis par l'une d'entre elles. Le cas échéant, les cookies émis par ces régies publicitaires externes leur permettent, pendant la durée de validité de ces cookies :

- de comptabiliser le nombre total de publicités affichées par leurs soins sur nos espaces publicitaires, d'identifier ces publicités, leur nombre d'affichages respectifs, le nombre d'utilisateurs ayant cliqué sur chaque publicité et, le cas échéant, les actions ultérieures effectuées par ces utilisateurs sur les pages auxquelles mènent ces publicités, afin de calculer les sommes dues aux acteurs de la chaîne de diffusion publicitaire (annonceur, agence de communication, régie publicitaire, site/support de diffusion) et d'établir des statistiques,

- d'adapter les espaces publicitaires qu'elles opèrent aux préférences d'affichage de votre terminal (langue utilisée, résolution d'affichage, système d'exploitation utilisé, etc), selon les matériels et les logiciels de visualisation ou de lecture que votre terminal comporte,

- d'adapter les contenus publicitaires affichés sur votre terminal via nos espaces publicitaires selon la navigation de votre terminal sur notre site,

- d'adapter les contenus publicitaires affichés sur votre terminal via nos espaces publicitaires selon la navigation antérieure ou ultérieure de votre terminal sur des sites de tiers au sein desquels la régie concernée émet également des cookies, sous réserve que ces cookies aient été enregistrés dans votre terminal conformément aux choix que vous avez exercés à l'égard de cette régie,

- d'adapter les contenus publicitaires affichés sur votre terminal via nos espaces publicitaires en fonction des données de localisation (longitude et latitude) transmises par votre terminal avec votre accord préalable

- d'adapter les contenus publicitaires affichés sur votre terminal dans nos espaces publicitaires en fonction des données personnelles que vous auriez pu fournir à cette régie publicitaire.

8. Vos choix concernant les cookies

Plusieurs possibilités vous sont offertes pour gérer les cookies. Tout paramétrage que vous pouvez entreprendre sera susceptible de modifier votre navigation sur Internet et notre site ainsi que vos conditions d'accès à certains services nécessitant l'utilisation de cookies. Vous pouvez faire le choix à tout moment d'exprimer et de modifier vos souhaits en matière de cookies, par les moyens décrits ci-dessous.

Les choix qui vous sont offerts par votre logiciel de navigation :

Vous pouvez configurer votre logiciel de navigation de manière à ce que des cookies soient enregistrés dans votre terminal ou, au contraire, qu'ils soient rejetés, soit systématiquement, soit selon leur émetteur. Vous pouvez également configurer votre logiciel de navigation de manière à ce que l'acceptation ou le refus des cookies vous soient proposés ponctuellement, avant qu'un cookie soit susceptible d'être enregistré dans votre terminal. Pour plus d'informations, consultez la rubrique "Comment exercer vos choix, selon le navigateur que vous utilisez ?"

(a) L’accord sur les Cookies

L’enregistrement d’un cookie dans un terminal est subordonné à la volonté de l’utilisateur du terminal, que celui-ci peut exprimer et modifier à tout moment et gratuitement à travers les choix qui lui sont offerts par son logiciel de navigation. Si vous avez accepté dans votre logiciel de navigation l’enregistrement de cookies dans votre Terminal, les cookies intégrés dans les pages et contenus que vous avez consultés pourront être stockés temporairement dans un espace dédié de votre terminal. Ils y seront lisibles uniquement par leur émetteur.

(b) Le refus des Cookies

Si vous refusez l'enregistrement de cookies dans votre terminal, ou si vous supprimez ceux qui y sont enregistrés, vous ne pourrez plus bénéficier d'un certain nombre de fonctionnalités nécessaires pour naviguer dans certains espaces de notre site. Tel serait le cas si vous tentiez d'accéder à nos contenus ou services qui nécessitent de vous identifier. Tel serait également le cas lorsque nous -ou nos prestataires- ne pourrions pas reconnaître, à des fins de compatibilité technique, le type de navigateur utilisé par votre terminal, ses paramètres de langue et d'affichage ou le pays depuis lequel votre terminal semble connecté à Internet. Le cas échéant, nous déclinons toute responsabilité pour les conséquences liées au fonctionnement dégradé de nos services résultant de l'impossibilité pour nous d'enregistrer ou de consulter les cookies nécessaires à leur fonctionnement et que vous auriez refusés ou supprimés.

(c) Comment exercer vos choix, selon le navigateur que vous utilisez ?

Pour la gestion des cookies et de vos choix, la configuration de chaque navigateur est différente. Elle est décrite dans le menu d'aide de votre navigateur, qui vous permettra de savoir de quelle manière modifier vos souhaits en matière de cookies.
Pour Internet Explorer™
Pour Safari™
Pour Chrome™
Pour Firefox™
Pour Opera™
etc...

(d) Les cookies "Flash"© de "Adobe Flash Player"™

"Adobe Flash Player"™ est une application informatique qui permet le développement rapide des contenus dynamiques utilisant le langage informatique "Flash". Flash (et les applications de même type) mémorise les paramètres, les préférences et l'utilisation de ces contenus grâce à une technologie similaire aux cookies. Toutefois, "Adobe Flash Player"™ gère ces informations et vos choix via une interface différente de celle fournie par votre logiciel de navigation.

Dans la mesure où votre terminal serait susceptible de visualiser des contenus développés avec le langage Flash, nous vous invitons à accéder à vos outils de gestion des cookies Flash, directement depuis le site http://www.adobe.com/fr.

“C’est sur les marchés des matières premières que l’impact de l’invasion de l’Ukraine a été le plus violent”

Par Philippe Chalmin, Professeur, Responsable Master "Affaires Internationales", Université Paris Dauphine

La pandémie commençait à s’estomper et on ne parlait plus guère d’Omicron, l’hiver restait doux et le printemps déjà apparaissait dans les prairies alors qu’en France, on préparait enfin une campagne électorale. Et voilà qu’en cette toute fin de février 2022, le monde bascule à nouveau dans l’horreur et que l’Europe se réveille dans les fumées et les explosions d’une guerre, un conflit lourd tel qu’elle n’en avait pas connu depuis 1945.

L’Ukraine n’est pas en effet un abcès de fixation ni un conflit ethnique ou religieux. Ce n’est pas non plus une résurgence de la guerre froide, mais bien un affrontement « à l’ancienne manière  » opposant de vieilles démocraties à la résurgence d’impérialismes despotiques qu’ils soient russes ou chinois.

Depuis longtemps, on savait Vladimir Poutine soucieux de restaurer la puissance de l’empire russe en s’inscrivant dans la lignée des Pierre Le Grand, Catherine II, Nicolas Ier, et plus récemment Lénine et Staline. Il fallait effacer le traumatisme de 1990 et en cela Poutine était assuré du soutien d’une partie importante de la population russe qui avait applaudi la main mise sur la Crimée en 2014, qui avait apprécié même la vassalisation des républiques d’Asie centrale, du Caucase et du Belarus. La stratégie – celle de la vassalisation – aurait pu être la même pour l’Ukraine dont les trente années d’indépendance et de régime démocratique ont malheureusement été entachées de crises politiques, de malgouvernance et de corruption (si Poutine contrôle « ses  » oligarques, les oligarques ukrainiens ont eu le champ libre au point de gérer leurs propres partis politiques). Étroitement associé au Kremlin, le patriarcat de Moscou de l’Église orthodoxe avait poursuivi la même démarche en n’hésitant pas à rompre de ce fait avec Constantinople.

On aurait pu penser que Vladimir Poutine se serait contenté d’une stratégie des petits pas de la Crimée et la Transnistrie au Donbass et à Lugansk. Est-il pressé par le temps et – dit-on – la maladie ? Il a choisi en tout cas ce qui paraissait impensable encore dans les premiers jours de 2022 : l’invasion pure et simple, estimant probablement que ce serait une promenade de santé pour une armée russe à laquelle il a redonné quelque lustre depuis les désastres d’Afghanistan.

Force est de constater, quinze jours plus tard que le triomphe attendu n’est pas au rendez-vous. Certes, la disproportion des forces est telle que l’issue finale fait d’autant moins de doutes que, comme on pouvait l’anticiper, les pays de l’OTAN ont choisi de rester l’arme au pied prodiguant paroles de réconfort aux uns et condamnations aux autres. Mais l’agresseur a manifestement sous-estimé le sentiment national ukrainien (même chez les russophones), la capacité de résistance tant de l’armée que du peuple et le charisme du président Volodomyr Zelinsky passé maître dans l’utilisation des réseaux sociaux. De plus, l’armée russe s’est révélée lourde et peu maniable, seulement capable d’utiliser – et encore – son artillerie lourde. Le 5 mars, Kiev et Kharkiv tenaient encore, la seule vraie réussite russe étant la percée le long du littoral de la mer d’Azov et de la mer Noire avec les prises de Kherson et de Marioupol. Contrairement aux espoirs du Kremlin, il n’y a pas eu de soulèvements prorusses et encore moins de tentatives de formation de gouvernement parallèle. Au contraire, l’Ukraine donne l’impression d’une unité comme elle en a rarement connu dans sa turbulente histoire. Enfin, Vladimir Poutine, de plus en plus isolé dans sa bulle, n’a pas mesuré ce que serait la vague d’indignation soulevée par son invasion dans le monde entier. Il est vrai que l’opinion publique mondiale était restée bien silencieuse face aux exactions chinoises à Hong Kong et au Sinkiang, saoudiennes et émiraties au Yemen et à tant d’autres exactions de la Syrie à l’Éthiopie. Les gouvernements les plus mous et prudents (Allemagne, Italie…), les partis politiques les plus russophiles (la droite populiste en France par exemple) ont dû céder face à un mouvement de condamnation et de solidarité avec l’Ukraine d’une ampleur inédite. Les premières vagues de sanctions ont dû être renforcées bien au-delà de ce qui eut été imaginable il y a seulement quelques jours : après le gel des avoirs de quelques proches du Kremlin, la mise au ban des banques russes du système SWIFT de paiements internationaux équivaut à une paralysie de la Russie au moins dans ses relations financières avec l’Occident (à l’exception – essentielle – des hydrocarbures). Pour autant, la Russie n’est pas seule. Poutine a déclenché son invasion au lendemain de la cérémonie de clôture des J.O. d’hiver de Pékin. Il n’a pas gâché la fête de Xi Jinping qui continue à l’appuyer, s’abstenant de la condamner aux Nations Unies, et achetant pétrole, gaz, bois et blé russes.

C’est en effet sur les marchés des matières premières que l’impact de l’invasion de l’Ukraine a été le plus violent. La Russie n’est en effet pas autre chose qu’un « émirat  » dépendant pour l’essentiel de ses matières premières (en avoir fait un pays émergent comme la Chine et l’Inde au sein des BRICS était une erreur historique). Les seuls hydrocarbures (pétrole et gaz) représentent un tiers des recettes budgétaires de l’état et pèsent pour 60 % des exportations (avec le charbon). À cela, il faut ajouter nombre de métaux (aluminium, nickel, acier) pour certains stratégiques comme le palladium (industrie automobile) ou le titane (industrie aéronautique), sans oublier les ressources de pays vassaux comme le Kazakhstan (uranium…) ou le Belarus (potasse). Enfin, la mer Noire (Russie et Ukraine) pèse pour un tiers des exportations mondiales de blé, 20 % de celles de maïs et pour les trois quarts du tournesol.

À la fin de la première semaine de mars, l’impact du conflit sur les marchés se faisait pleinement sentir. Il est vrai que celui-ci intervenait dans un contexte déjà tendu pour de très nombreux produits. En 2021, les cours mondiaux des matières premières avaient été touchés de plein fouet par le bond de la demande mondiale « post-pandémie  » et par l’apparition de nombre de goulots d’étranglement logistiques et énergétiques. Bien avant le conflit ukrainien, les cours du gaz naturel, du blé, de métaux comme l’étain ou le cuivre avaient atteint des niveaux record tandis que les prix du pétrole amorçaient une lente remontée. Sur ce terreau fertile, la déflagration ukrainienne a été assourdissante.

C’est le gaz naturel qui bien sûr a été en première ligne : la Russie fournit 38 % des besoins en gaz européen et certains « tuyaux  » traversent l’Ukraine et la Pologne. Si l’Allemagne a décidé de renoncer à Nordstream II (qui de toute façon n’était pas opérationnel), les autres gazoducs, comme Nordstream I, continuaient encore à transporter du gaz russe vers l’Occident : encore début mars, le gaz n’était pas touché par les sanctions et la Gasprombank n’était pas exclue de SWIFT. Mais de seules menaces ont suffi pour passer les cotations du TTF néerlandais à plus de € 300/MWh (on était à 70 avant l’invasion, entre 10 et 15 dans le monde d’avant !). Au même moment, le gaz naturel liquéfié (GNL) en Asie (la cotation JKM de Platt’s) était entre $ 45 et $ 50 le mbtu, soit l’équivalent de plus de $ 250 le baril équivalent pétrole. En Europe, la flambée du gaz entraîne l’électricité vers de nouveaux records poussant même le gouvernement allemand à freiner sa sortie programmée du nucléaire et… du charbon. La hausse du gaz naturel est aussi celle des engrais azotés et cela avant même d’évoquer des menaces de sanctions sur les exportations de potasse du Belarus.

Le pétrole est lui aussi de la fête (à $ 118 pour le baril de Brent lorsqu’un missile a touché un bâtiment administratif de la centrale nucléaire de Zaporizhzhia, au nord de la Crimée puis en séance jusqu’à $ 140). Sur le marché du pétrole, la Russie est importante (4 à 5 mbj d’exportations de pétrole brut et 2 à 3 mbj de produits pétroliers), mais pas incontournable. Déjà, on note les réticences de banques occidentales à ouvrir des lettres de crédit pour des cargaisons de pétrole russe : l’Oural est en décote de $ 10 à $ 20 le baril sur le Brent (une opération portant sur 725 000 barils achetés par Shell s’est même faite avec une prime négative de $ 28,50). Les pays de l’OPEP ont décidé de ne pas modifier leur calendrier d’augmentation des quotas de production (400 000 bj). D’une part, il n’est pas sûr qu’ils en soient capables avec les problèmes qui affectent la Libye, l’Angola, le Nigeria… D’autre part, la maîtrise du marché est assurée par une alliance entre l’Arabie saoudite et la Russie, forgée autrefois (en mai 2020) par Donald Trump. Snobé par Joe Biden, Mohamed Bin Salman n’a aucune envie de gêner un Vladimir Poutine qui ne peut que profiter des hausses de prix. Faut-il pour autant croire ceux, qui comme J.P. Morgan, anticipent un baril de Brent à $ 185 dans les prochains mois ? Cela paraît franchement excessif : au-delà de $ 100 le baril le pétrole de schiste américain, celui des sables bitumineux canadiens, les productions offshore du Brésil et de la Guyana… vont couler à flots. Une des conséquences géopolitiques paradoxale de cette guerre pourrait être aussi un accord à Vienne sur le dossier nucléaire iranien qui, mettant un terme à l’embargo américain, libérerait un, puis rapidement deux, millions de barils/jour de pétrole iranien. Jusque-là Vladimir Poutine avait admirablement négocié dans le « grand jeu  » diplomatique et militaire du Proche-Orient parlant tant à Riad qu’à Téhéran, à Ankara qu’à Tel-Aviv. Les États-Unis seront-ils capables de reprendre la main ? Ajoutons à ce panorama énergétique la hausse record du prix du charbon ($ 430 Fob Australie) entraînés par le GNL en Asie.

La Russie est aussi un important producteur et exportateur de métaux et là aussi la réaction des marchés a été forte : prix record pour l’aluminium ($ 3 850 la tonne), pour le cuivre ($ 10 680), tensions accrues pour le nickel ($ 28 900) et même le zinc ($ 4 050). Les prix indiqués là sont ceux du 4 mars. Quelques jours plus tard, le nickel dépassait les $ 100 000 la tonne au cœur d’un squeeze qui rappelle à l’inverse celui qui amena les prix du pétrole en zone négative en avril 2020.

Il s’agit bien sûr pour l’instant de menaces potentielles sur les exportations russes notamment vers l’Europe (mais on est là sur des marchés mondiaux). L’aluminium est d’ailleurs touché par une double peine : la Russie est certes le deuxième producteur mondial (très loin derrière la Chine), mais les producteurs européens sont aussi touchés par la flambée des prix de l’électricité (ce qui affecte aussi les raffineurs de zinc). Mais pour l’instant, les marchés attendent de savoir ce que sera la réalité des sanctions à l’encontre de la Russie.

Il y a enfin le dossier agricole, peut-être le plus surprenant de tous tant on s’attendait peu au vent de panique qui a saisi les marchés dans les premiers jours de mars : à Chicago, le blé a atteint le 4 mars $ 13,40 le boisseau, un niveau qu’il avait à peine touché dans les premiers jours de 2008. À Paris, le plafond historique des € 400 la tonne fut franchi pendant quelques instants. La raison en est bien sûr la paralysie totale qui a touché la mer Noire alors qu’il reste à peu près 14 mt de blé (6 d’Ukraine et 8 de Russie), 16 mt de maïs et 4 mt d’huile de tournesol (d’Ukraine) à charger et exporter sur la campagne en cours. Pour le blé des acheteurs traditionnels comme l’Algérie et l’Égypte vont être confrontés à des cas de force majeure sur les contrats en cours. Trouver des tonnages de remplacement sera difficile. Il en sera de même pour remplacer, y compris en Europe, le maïs ukrainien. Enfin, la pénurie de tournesol intervient au pire des moments pour un complexe oléagineux déjà affecté par des tensions sur l’huile de palme et le soja.

L’irruption de la Chine en 2021 comme premier importateur mondial de grains a fragilisé les équilibres mondiaux et la disparition – même temporaire – du premier bassin mondial d’exportation pose, pour de nombreux pays importateurs, des questions essentielles de sécurité alimentaire.

Début mars, la guerre se poursuivait donc et il est difficile d’en anticiper l’issue. Les sanctions s’accumulent sur le plan financier, mais n’affectent pas encore les flux d’énergie et en particulier de gaz naturel. Sur le court terme, elles auront peu d’impact sur la détermination de Vladimir Poutine si ce n’est de le rejeter un peu plus dans les bras d’un « ami  » chinois qui n’en demandait pas tant. Le monde attend, mais là-bas, dans les villes d’Ukraine, un peuple souffre et de longues colonnes prennent le chemin de l’exode…