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“Notre travail souffre d’un manque évident de visibilité”

Par Nicolas Démoulin, Député de la 8ème circonscription de l’Hérault

L’enquête menée à l’automne 2021 par l’institut CSA et décryptée par la Fondation Jean Jaurès et la Fondation pour l’innovation politique se révèle d’une extrême nécessité pour nous, parlementaires. Nous ne devons ignorer la façon dont les Français pensent nos missions, tant ces données nous permettent d’apporter des clarifications, de lever des malentendus sur nos champs d’action mais aussi de penser la transformation de certains de nos fonctionnements, au regard des attentes -toujours évolutives - de nos concitoyens en matière de démocratie.

Crise de la représentativité

63 % des électeurs pensent que les députés ne se préoccupent pas des gens comme eux ; 66 % des Français n’ont pas confiance en l’Assemblée nationale ; 13 % approuvent les comportements violents à l’égard des députés et 60 % comprennent le mécontentement.

On peut faire l’hypothèse que s’il existe une telle défiance des Français à l’égard des institutions, c’est parce qu’ils ne se sentent pas représentés. Nous avons initié de grands changements, notamment depuis 2017, par le renouvellement des personnels politiques, l’ouverture de l’Assemblée nationale à la société civile et aussi par l’adoption des lois pour la confiance dans la vie politique, centrées sur l’exemplarité des élus. Il faudra certainement poursuivre ces efforts en insérant une dose, sans doute non négligeable, de proportionnelle. Je crois que nous avons là, plus que jamais, une urgence démocratique à refléter le pluralisme de notre vie politique et faire vivre, au sein de l’Assemblée nationale, le débat public tel qu’il traverse la nation.

Crise de la contiguïté

73 % des Français considèrent que le non-cumul des mandats est une bonne chose ; 70 % attendent des députés qu’ils se consacrent prioritairement au local ; 51 % des Français veulent davantage voir leur député.

D’aucuns verront là l’opportunité de revenir à l’ancien modèle du député-maire. J’y vois au contraire une erreur d’interprétation. Les Français se prononcent très fortement contre le cumul des mandats et son lot de concentration des pouvoirs. Ils rejettent en bloc les baronnies locales qui ne font que renforcer le sentiment de rupture entre le peuple et ses élus. Au contraire, j’entends dans ces chiffres une réaffirmation de ce qui fait le cœur de la fonction de parlementaire, celle de hisser la représentation des citoyens au niveau de l’intérêt général. Nous ne sommes pas à l’Assemblée pour défendre les intérêts particuliers mais bien pour éclairer le travail législatif de la vie réelle des territoires, dans toute sa diversité. Si la circonscription est notre point d’ancrage, c’est en cela qu’elle nous permet d’être l’interface entre la fabrique de la loi et ceux qui la vivent.

Crise de la considération

61 % des Français ont le sentiment de ne pas être bien informés des travaux de l’Assemblée nationale ; 41 % des Français jugent l’Assemblée nationale peu utile.

Notre travail souffre d’un manque évident de visibilité qui, là encore, vient alimenter l’idée d’une déconnection des députés et de leurs missions avec la vie et les intérêts des Français. Nous devons rendre compte et rendre des comptes car nous sommes leurs représentants. C’est en ce sens que j’ai rendu mon agenda public, que je tente d’utiliser mes réseaux sociaux pour rendre visible la mission pour laquelle les Français m’ont donné mandat mais ce n’est pas suffisant pour que les Français se saisissent de l’activité parlementaire. Il y a un manque que les médias ne comblent pas, d’une part pour faire de la pédagogie, expliciter les processus de fabrication de la loi afin que les citoyens renouent avec des processus démocratiques qui leur apparaissent obscurs, d’autre part pour expliciter le contenu du travail législatif, enfin pour initier des élans de participation démocratique plus ouverts et renforcer un lien de cohésion, donc de confiance.

Les données fournies par cette étude nous obligent. Je dois dire que nous gagnerions, en ce qu’elles nous permettent de repenser nos propres pratiques, d’être actualisées régulièrement voire de constituer une sorte de baromètre annuel de la relation, réelle ou perçue, que les Français entretiennent avec leurs élus. 

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