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Piscines : Quand les collectivités boivent la tasse

Les piscines publiques ont un coût élevé pour les communes et les droits d’entrée payés par le public ne suffisent pas à faire tourner ces équipements.

Pour une collectivité avoir sur son territoire une piscine est sans conteste un atout. Les activités aquatiques sont en effet populaires chez les Français : En 2017, 20 % des individus âgés de 15 ans et plus déclaraient avoir effectué un sport aquatique ou nautique au moins une fois au cours de l’année, ce qui en fait la troisième activité pratiquée par le plus grand nombre (1). Pour le bloc communal - les communes et établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) sont propriétaires de 82 % des piscines et centres aquatiques publics – est aussi une façon de développer le lien social en permettant au plus grand nombre de pratiquer la natation grâce à une tarification attractive et accessible. En mettant à disposition des écoles de telles infrastructures, cela permet aussi de faciliter l’apprentissage de la nage pour les plus jeunes. C’est enfin donner la possibilité aux habitants d’accéder à des espaces de détente. Autant de raisons qui incitent les collectivités à avoir leurs propres infrastructures.

Pour autant, cela n’est pas sans conséquences financières pour la commune ou l’intercommunalité. En 2018 déjà, la Cour des comptes dans son rapport public annuel montrait que la gestion d’une piscine ou d’un centre aquatique générait « systématiquement un déficit de fonctionnement important ». (2). La récente note de conjoncture réalisée par l’Observatoire des finances et de la gestion publique locale (OFGL) est venue confirmer cette tendance (3).

Selon cette enquête, pour les communes, en 2019, le coût de fonctionnement moyen des piscines est estimé à 1073 e/m2/an et à 1263 e/m2 pour les intercommunalités - un coût qui n’inclut pas le coût d’amortissement des équipements.

Dans le détail, ce sont les frais de personnel qui représentent la part la plus importante de ces dépenses : 63 % pour les communes 59 % pour les intercommunalités. Ils sont notamment composés de la rémunération du personnel et des cotisations à l’URSSAF et aux caisses de retraites.

Le deuxième poste de dépenses concerne l’énergie et du chauffage (15 % pour les communes, 18 % pour les groupements) et le troisième poste est celui de l’eau et de l’assainissement (respectivement 8 % et 6 %).

A ces principales dépenses, il faut encore ajouter les prestations externes (7 %) constituées de contrats de prestations de services, frais de gardiennage et de nettoyage des locaux, mais aussi et surtout de contrats de maintenance souscrits par la collectivité, qui comptent pour un peu plus de la moitié de ce poste. Il y a encore les achats de fournitures (fournitures d’entretien, de petit équipement, produits de traitement, autres fournitures) et les dépenses d’entretien et réparations, représentant respectivement 3,4 % et 2,4 % des dépenses.

Pour les communes, cette moyenne cache néanmoins de fortes disparités : 25 % des communes ont un coût inférieur à 526 e/m2/an et 25 % ont un coût supérieur à 1643/m2/an. Plusieurs facteurs peuvent expliquer ces disparités : piscine saisonnière ou non, présence d’aménagements de confort supplémentaires, bassins découverts ou intérieurs, taille de la collectivité. « L’ancienneté des piscines et leur entretien, ainsi que la gamme de services proposés et la différence entre surface et volume d’eau des bassins, jouent aussi certainement sur les coûts » estime l’Observatoire.

Pour les groupements si, le coût de fonctionnement moyen (1 263 e/m2/an) est plus élevé que pour les communes c’est parce que « les intercommunalités gèrent en moyenne des infrastructures plus grandes (de type centres aquatiques), offrant davantage de prestations » précise la note. Comme pour les communes, et pour les mêmes raisons, des disparités apparaissent, avec 25 % des groupements ayant un coût inférieur à 779 e/m2/an, et 25 % un coût supérieur à 1 984 e/m2/an.

Des coûts élevés qui ne sont malheureusement pas couverts par les recettes tarifaires : 22 % pour les communes, soit 235 e/m2/an en moyenne. « Le coût de fonctionnement moyen (coût de fonctionnement – recettes tarifaires) est ainsi de 838 e/m2/an pour les communes » a calculé l’Observatoire. 


(1) Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (INJEP) – « Les chiffres clés du sport – 2020 »


(2) Cour des comptes – Rapport public annuel 2018. Le constat repose sur un échantillon de 69 collectivités examinées par les magistrats de la rue Cambon.


(3) Cap sur le coût de fonctionnement des piscines communales et intercommunales - Octobre 2021 – L’OFGL a étudié 291 communes et 163 groupements à fiscalité propre gérant leurs piscines en régie.


L’effet Covid
« En 2020, la crise Covid a eu des impacts très directs sur la gestion des équipements » constate l’Observatoire, « la fermeture complète ou partielle en fonction de la période de l’année a des répercussions tant en dépenses qu’en recettes ». Après avoir augmenté de 2,3 % en 2019, les dépenses de fonctionnement des communes pour leurs piscines baissent de 6,4 % en 2020, soit une diminution d’environ 10 Me. Ces réductions de dépenses sont importantes pour l’eau et l’assainissement (-22 %), pour l’énergie/électricité et le chauffage urbain (-12 %), pour les combustibles (-24 %), pour les fournitures d’entretien (-21 %), pour les fournitures de petit équipement (-20 %) ou encore pour les achats autres (-23 %).
Mais parallèlement les recettes tarifaires de ces mêmes communes ont chuté (-56 %), se rétractant de 20 Me. « Ainsi, les dépenses nettes globales (dépenses de fonctionnement - recettes tarifaires) augmentent de près de 10 Me, soit +7,7 % (après une hausse de 3,5 % en 2019). Les communes gérant des piscines voient donc les équilibres financiers se dégrader sur cette compétence, cette dernière générant déjà très souvent des déficits de fonctionnement conséquents, avant même la survenue de la crise sanitaire » conclut la note de l’OFGL.

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