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“Il faut tracer une approche volontariste, cohérente et positive de la politique migratoire”

Par Vincent Ledoux, Député (MoDem, Nord)

Pourquoi suis-je le seul membre de la Commission d’enquête parlementaire sur les « migrations (…) » à m’être opposé au rapport ?

Parce que ses préconisations se résument à un détricotage du pilotage de la politique migratoire au motif que, relevant du ministère de l’intérieur, il aurait une orientation trop sécuritaire et à l’addition de dépenses supplémentaires, au terme d’un panorama des difficultés d’accès des migrants aux droits, au logement ou à la santé, alors que n’est présenté aucun bilan global et chiffré des moyens que l’État y consacre ni de leur efficacité. Je suis au contraire convaincu que la légitimité de la politique d’accueil des migrants repose sur la capacité de l’État à en garder le contrôle. La mission me paraît s’être fourvoyée en voulant faire croire à nos compatriotes qu’il n’y aurait pas d’enjeu migratoire mais juste un « sentiment » nourri de fantasmes et alimenté par les extrémistes} et que tout l’enjeu serait seulement de donner tous les moyens financiers à l’accueil des migrants. L’idéologie n’est pas bonne conseillère et aurait sans aucun doute un résultat contraire à l’objectif recherché, en donnant le sentiment d’une déconnexion entre le peuple et ses représentants, ce qui ne pourrait avoir que pour effet d’accroître le rejet inconsidéré de l’étranger dans une partie croissante de la population, rendant plus difficile encore la situation des étrangers présents sur notre sol. L’enjeu était tout au contraire, de montrer comment notre pays est un acteur souverain dans le processus des migrations, qu’il se dote d’outils pour ne jamais perdre la capacité de contrôle, qui est fondement de la légitimité de tout État-nation et pour orienter les migrations dans un sens favorable à notre pays et aux pays d’origine des migrants. Il faut donc tracer une approche volontariste, cohérente et positive de la politique migratoire, afin qu’elle soit le levier d’une meilleure insertion de notre pays dans la mondialisation, ce croisement des intelligences, savoirs, expertises, talents et expériences.

Ce doit être une politique ambitieuse avec des bénéfices et des résultats concrets tant pour les migrants que pour nos compatriotes.

Il n’y a pas de politique migratoire sans l’efficacité d’un pilotage cohérent à partir de Beauvau qui est aussi le ministère des libertés publiques. Je suis favorable à ce que l’on aille encore plus loin dans la territorialisation de nos politiques migratoires avec une déconcentration accrue de moyens, juridiques comme financiers. Je plaide par exemple pour la création d’une feuille de route départementale, avec l’appui de comités de pilotage réguliers associant les services de l’État, les directions territoriales de l’OFII, les acteurs du service public de l’emploi, ainsi que les représentants des collectivités territoriales, les acteurs économiques et les associations. Elle permettrait par exemple de recenser les actions conduites pour la politique d’intégration des étrangers primo-arrivants et des bénéficiaires de la protection internationale. Dans différents territoires de projet, une « Maisons de l’étranger » pourrait être expérimentée, où seraient accessibles les informations sur les dispositifs d’insertion dans la société française, par la langue et par le travail, ainsi que sur les aides au retour au pays, en mettant en avant des parcours atypiques et des réussites. De quelques catégories qu’ils relèvent, les étrangers pourraient ainsi être plus facilement mis en relation avec les entreprises des secteurs sous tension.

Ce meilleur pilotage territorial pourrait aussi mettre un peu plus en cohérence les interventions des nombreuses associations qui œuvrent inlassablement à l’appui des migrants et des étrangers, dans les domaine de l’aide sociale, de l’écoute et du soin, afin d’éviter l’éparpillement des dispositifs, mais également pour mieux évaluer les résultats et l’adéquation des financements publics.

Nul besoin de perdre tout contrôle, juridique ou budgétaire, pour innover dans l’accueil des migrants ! Ainsi je propose que le temps de l’instruction de la demande d’asile ne soit plus un temps « perdu » pour permettre « sans attendre » le repérage des talents et accompagner au mieux l’insertion ou le retour ! Les vrais leviers d’échanges gagnants-gagnants dans les migrations doivent aussi être activés. Les migrations circulaires et l’aller-retour professionnel constituent une synthèse mutuellement profitable de l’ouverture et du contrôle. Je propose aussi que l’Agence Française de Développement mette en place un Guichet de l’Entrepreneuriat Solidaire pour favoriser un accompagnement plus intégré des migrants, en appui de la formulation de leurs projets jusqu’à leur structuration juridique, ce qui justifierait la mise en place d’un Fond d’amorçage pour des projets de petits montants. 

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