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Les leçons d’un scrutin (premier tour)

Le 20 juin dernier, les Français étaient appelés à voter pour le premier tour des élections régionales et départementales. Le scrutin a été marqué par une très forte abstention.

Abstention record. Deux Français sur trois (66,74 %) ne se sont pas rendus aux urnes dimanche 20 juin. Cela représente une augmentation de +17,9 points par rapport à 2015 (49,9 %).

Un record qui n’égale pourtant pas celui du référendum instaurant le quinquennat en 2000 (69,8 %).

Ce sont à La Réunion (63,5 %), en Occitanie (62,8 %) et en Corse (42,9 %) que les électeurs se sont le plus déplacés. A l’inverse, le Grand Est (70,4 %), les Pays de la Loire (69,3 %), l’île-de-France (69,1 %) et la Guadeloupe (69,1 %) qui ont enregistré les plus forts taux d’abstention. Les communes urbaines de province ont connu une forte abstention passée de 51 % à 67 %. Hausse sensible aussi dans les communes rurales (44 % contre 67 %).

L’abstention a été très forte chez les moins de 35 ans (82 %) contre 70 % en 2015. Elle est encore plus forte chez les 18-24 ans (84 %) contre 76 % en 2015. Les retraités se sont également moins mobilisés avec 56 % d’abstention (43 % en 2015).

69 % des cadres et des professions intellectuelles supérieures ne sont pas allés voter (50 % en 2015). Les catégories populaires se sont également fortement abstenues (72 % en 2021 contre 59 % en 2015).

Face à ce que la classe politique présente comme « un échec démocratique », l’idée du « vote par internet » refait surface. Le groupe des Insoumis à l’Assemblée a annoncé qu’il allait déposer une proposition de loi « pour un seuil minimum de participation pour qu’une élection soit valide » et « pour la reconnaissance du vote blanc ».

La prime aux sortants. On nous promettait des surprises et des changements. Et pourtant, rien n’a bougé ou presque. Sur 17 sortants en course, quinze sont sortis en tête. Sept sur huit pour la droite dont les candidats pressentis à la présidentielle : Laurent Wauquiez en Auvergne-Rhône-Alpes (43,8 %), Xavier Bertrand dans les Hauts-de-France (41,4 %), Valérie Pécresse en Île-de-France (35,9 %). A gauche, les cinq présidents socialistes sortants sont en tête dont Carole Delga en Occitanie (39,6 %) et Alain Rousset en Nouvelle-Aquitaine (28,8 %).

En Guadeloupe, le sortant, Ary Chalus (En Marche !) a manqué son élection au premier tour (49,3 %). En PACA, le LR Renaud Muselier (31,9 %) fait figure de perdant en se plaçant derrière le RN Thierry Mariani (36,4 %). En Martinique, le divers-gauche Serge Letchimy (31,5 %) passe devant l’indépendantiste Alfred-Marie Jeanne (25,8 %).

Des ministres défaits. L’élection avait pour certains valeur de test même s’il n’est pas question pour la majorité de tirer des conclusions nationales des résultats locaux. La liste de la majorité présidentielle dans les Hauts-de-France menée par le Secrétaire d’Etat Laurent Pietraszewski essuie un cinglant revers en ne recueillant que 9,1 % des suffrages. En dépit de la présence sur la liste de quatre ministres dont le Garde des Sceaux, Eric Dupont-Moretti.

Même camouflet pour le ministre chargé des Relations avec le Parlement Marc Fesneau en Centre-Val-de-Loire (16,7 %). Idem pour Brigitte Klinkert, ministre déléguée à l’Insertion, dans le Grand Est (10,7 %) ou Geneviève Darrieussecq, ministre déléguée aux Anciens combattants, tête de liste régionale en Nouvelle-Aquitaine (13,71 %).

RN et LREM en baisse. Le Rassemblement national est sorti de ce premier tour avec la gueule de bois. Lui qui espérait faire largement la course en tête ne recueille au niveau national que 19 % des voix, soit une baisse de près de 9 points par rapport au précédent scrutin. Le RN ne sort en tête qu’en PACA (36,4 %) contre six régions en 2015. Le parti de Marine Le Pen est même éliminé en Corse (4 %), en Guadeloupe (3,42 %) et à La Réunion (1,7 %).

Pour ses premières élections régionales, le parti de la majorité présidentielle essuie un revers en ne recueillant que 10 % des voix à l’échelle nationale.

Départementales : les têtes d’affiche. Moins médiatisées que les régionales, les élections départementales ont joué la carte de la stabilité pour les sortants de la droite et à la gauche. A noter la candidature de Claude Chirac, la fille de l’ancien président qui est arrivée largement en tête à Brive-la-Gaillarde (58,4 %). Marine Le Pen est aussi devant ses concurrents dans son fief d’Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais) avec 61,1 %. N’ayant pas rassemblé 25 % des inscrits, elles ont été soumises à un second tour. Comme pour les ministres candidats : Brigitte Klinkert à Colmar, Gérald Darmanin à Tourcoing (Nord), Sébastien Lecornu à Vernon (Eure), Brigitte Bourguignon à Desvres dans le Pas-de-Calais.

De nombreux problèmes. L’organisation du premier tour a connu de sérieux dysfonctionnements. Avant le vote, des milliers d’électeurs n’ont pas reçu les professions de foi des candidats. Et le jour du scrutin, plusieurs bureaux de vote, notamment à Marseille et Saint-Etienne n’ont pas pu ouvrir à l’heure faute d’assesseurs. Le ministre de l’Intérieur a dénoncé des manquements « inacceptables » et a convoqué la Poste et Adrexo, les prestataires en charge de l’acheminement des programmes des candidats pour les sermonner et exiger le rétablissement d’un service normal pour le second tour. 

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