Print this page

Neutralité carbone, un “chemin étroit” mais “praticable” selon l’AIE

Si l’on veut atteindre l’objectif de neutralité carbone et avoir une chance de limiter le réchauffement climatique, l’Agence internationale de l’Energie préconise d’arrêter dès maintenant tout nouveau projet d’exploration pétrolière ou gazière.

Radical. Dans son dernier rapport, l’Agence internationale de l’Energie frappe fort. Si l’on veut vraiment limiter le réchauffement climatique à 1,5°C, il n’y a selon elle pas d’autres solutions que de prendre des mesures radicales et urgentes.

La plus emblématique est sans doute celle de renoncer dès aujourd’hui à tout nouveau projet d’exploration gazière et minière. « Au-delà des projets déjà engagés en 2021, notre trajectoire ne prévoit aucun nouveau site pétrolier ou gazier » indique l’AIE dans son rapport. Pour l’Agence, si l’on veut en effet atteindre cet objectif de « neutralité carbone », soit ne pas émettre plus de gaz à effet de serre que le monde ne peut en absorber, il faut nécessairement et impérativement modifier ses habitudes énergétiques en faisant baisser la demande en énergies fossiles et en augmentant fortement la part du renouvelable. « La baisse rapide de la demande de pétrole et de gaz naturel signifie qu’il n’y a pas d’exploration requise et qu’aucun champ gazier et pétrolier nouveau n’est nécessaire au-delà de ceux approuvés » insiste l’Agence.

Le charbon est aussi clairement visé, alors même que sa consommation n’a cessé de croître. L’AIE souhaite que soit mis fin à toute nouvelle centrale électrique basée sur cette énergie.

Aussi, pour palier à cette fin programmée des énergies fossiles et atteindre la neutralité carbone d’ici 2040, l’Agence préconise de développer sans attendre l’essor des énergies renouvelables. Pour cela, il faudra installer d’ici à 2030 quatre fois plus de capacités solaires et éoliennes annuelles qu’en 2020. L’AIE estime que d’ici à 2050, 90 % de l’électricité devra provenir des énergies renouvelables, et une large part du reste du nucléaire. Ainsi, dans ce nouveau paysage énergétique idéal, les énergies fossiles ne représenteraient plus qu’un cinquième de l’énergie (contre 4/5 aujourd’hui).

Dans cette perspective, l’AIE note également que les ventes de voitures thermiques devront cesser dès 2035. Sauf qu’aujourd’hui, les constructeurs sont loin de pouvoir atteindre cet objectif même si certains sont sur une pente vertueuse.

L’ambition de l’AIE nécessiterait aussi que l’efficacité énergétique croisse de 4 % par an dès cette décennie, soit trois fois plus que le rythme moyen des deux dernières décennies.

Reste que pour être atteignable, cet objectif nécessite un effort global et surtout par des investissements conséquents. « Placer le monde sur cette trajectoire requiert une action forte de la part des gouvernements soutenus par une coopération internationale bien plus importante » reconnaît le directeur de l’AIE, Fatih Birol. « L’ampleur et la rapidité des efforts requis par cet objectif critique et formidable – notre meilleure chance d’affronter le changement climatique et de limiter le réchauffement global à 1,5° - en font peut-être le plus grand défi que l’Humanité ait jamais eu à relever » s’enthousiasme pourtant l’économiste. L’AIE chiffre cet investissement dans le secteur énergétique à 5000 milliards de dollars par an d’ici à 2030. Mais cela ajouterait 0,4 % de croissance par an au PIB mondial, selon une étude menée conjointement avec le FMI. Ce qui fait dire à Fatih Birol : « Nous avons besoin d’une croissance historique des investissements ».

Pourtant, de nombreux défis restent encore à relever, notamment ceux liés à une demande plus forte en électricité. L’Agence pointe par exemple le besoin en métaux rares nécessaires aux technologies nouvelles mais disponibles seulement dans une poignée de pays, ce qui nécessitera l’organisation du marché pour éviter toute déstabilisation. Enfin et surtout tout ce bel échafaudage tient sur des technologies pas encore disponibles. « En 2050, près de la moitié des réductions d’émissions de CO2 viendra de technologies encore au stade de la démonstration (batteries avancées, hydrogène vert compétitif, captage et stockage du CO2, …) » admet l’Agence.

Mais si le chemin est « étroit » reconnaît l’AIE, il est encore « praticable » et il promet surtout « d’énormes bénéfices » tant en termes d’emploi que de croissance économique ou de santé se félicite l’Agence internationale de l’Energie qui a rendu son rapport à six mois de la COP26. 

76 K2_VIEWS