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La santé mentale des salariés “nettement et durablement” dégradée après un an de crise Covid-19

Selon un baromètre OpinionWay, l’état psychologique des salariés un an après le début de la crise sanitaire n’est pas bon. Le nombre de dépressions est en hausse, surtout chez les jeunes, les femmes, les managers et ceux qui sont en télétravail.

Alors que l’épidémie se propage, que la campagne vaccinale patine et qu’un 3ème confinement vient d’être déclaré, Empreinte Humaine, un cabinet spécialisé en prévention des risques psychosociaux et en qualité de vie au travail a rendu public la sixième vague de son « Baromètre de la santé psychologique des salariés français en période de crise », réalisé par OpinionWay. Le bilan n’est pas fameux. Les chiffres sont même « plus qu’alarmants » indique Christophe Nguyen, psychologue et président du cabinet. « Au début de la crise, l’anxiété était liée à la peur du virus en lui-même, c’est devenu aujourd’hui une dégradation de la santé mentale et de ses effets dramatiques » poursuit-il.

Si la détresse psychologique des salariés français reste importante à 45 % (-5 pts par rapport à décembre 2020) dont 20 % élevée (identique) « en revanche le taux de dépression nécessitant un accompagnement chez les salariés explose : il passe de 21 % à 36 % (+15 pts). La détresse psychologique est de plus en plus visible puisque 63 % des salariés déclarent qu’ils voient de plus en plus de gens en détresse psychologique » souligne Christophe Nguyen. « En avril 2020, je parlais déjà de la crise psychologique générée par la COVID-19. Comme souvent avec les risques psychosociaux, la question de la chronicité est centrale. On est passé de 25 % de dépression probable à 36 %. Le nombre de dépressions sévères a doublé. Les arrêts maladie vont continuer à augmenter très probablement si des actions ne sont pas mises en œuvre » s’inquiète encore le psychologue.

Sans surprise, les populations les plus à risques sont les jeunes avec 62 % des – de 29 ans en situation de détresse psychologique (dont 39 % en risque de dépression), les femmes pointent à 53 % et les télétravailleurs à 49 %, de situation de détresse psychologique. Viennent ensuite les managers 48 % contre 44 % des non-managers. Facteur aggravant pour les premiers, 60 % d’entre eux ne se permettent pas de parler de leurs difficultés avant de traiter celles de leurs collaborateurs et 4/10 se sentent isolés en tant que manager. « Les managers ne se parlent plus, n’ont plus de temps pour échanger sur leurs pratiques de management. La santé psychologique des femmes a été mise à mal lors du premier confinement avec la fermeture des écoles mais on constate que les problèmes de double journée pèsent encore plus fortement sur elle. Ces inégalités continuent à se creuser » commente Jean-Pierre Brun, co-fondateur d’Empreinte Humaine et expert conseil.

La taille du lieu d’habitation joue un rôle primordial pour la santé mentale constate-on également à la lecture du Baromètre. Les salariés habitant dans moins de 40 m 2 sont surexposés à la détresse psychologique (65 %), la détresse psychologique culmine à 75 % pour les télétravailleurs dans ces surfaces d’habitation. « La distinction vie professionnelle et personnelle est encore plus difficile lorsqu’on habite de petites superficies c’est évident. Le sentiment de claustration y est par conséquent plus fort pour les télétravailleurs. Permettre à ces salariés de se ressourcer et les protéger psychologiquement est un enjeu de santé publique. Ce sont les mêmes catégories de population qui sont les plus impactées psychologiquement. Toutefois, là où en avril 2020, les plus exposés était ceux en chômage partiel, ce sont aujourd’hui les télétravailleurs les plus en détresse psychologique. La question de la prévention dans les entreprises se pose toujours plus fortement. Le travail ne joue plus son rôle protecteur pour la santé mentale » analyse Christophe Nguyen.

Mais alors que le télétravail est porté au pinacle et que l’exécutif, Chef de l’Etat en tête milite pour toujours plus de télétravail, après l’engouement de l’an dernier, une réelle lassitude pointe le bout de son nez. Il n’y qu’à écouter les conversations dans la rue entre télétravailleurs, certains allant même jusqu’à regretter la cantine de leur entreprise ! Pas perçu comme tel, le télétravail est pourtant en voie de devenir un risque psychosocial au travail. 4 salariés sur 10 saturent du télétravail (+10 pts). Ils sont la moitié (50 %) à dire que le manque de lien social avec les collègues impacte négativement le sens qu’ils donnent à leur travail. « Les salariés font la différence entre le moment que nous vivons et le télétravail en rythme de croisière indique Christophe Nguyen. Pour une bonne partie des télétravailleurs, il se confirme que l’absence de lien social avec les collègues appauvrit l’expérience du travail qui devient plus monotone. Le sens que l’on donne à son travail est touché, ce qui a des effets délétères sur l’engagement et la santé mentale à longs termes. La question est de regarder si la productivité accrue liée à cette période en télétravail que certaines études identifient ne s’annulent pas par des troubles psychosociaux dans le temps » ajoute le psychologue. Troubles psychosociaux qui ne sont pas à prendre à la légère. La crainte de « drames humains » n’est pas loin : 50 % des salariés disent « avoir peur de l’état psychologique » de leurs collègues à la sortie de la crise. Ils sont 32 % à s’inquiéter de possibles suicides au travail et 10 % ont peur « qu’un collègue agresse physiquement d’autres personnes ».

Pour tenir le choc, des temps de ressourcement sont donc nécessaires mais alors que les restrictions des activités de loisirs et des distractions sont de plus en plus fortes, « la récupération psychologique est un défi pour les salariés en particulier pour les télétravailleurs ». Le Baromètre montre que lorsque ces temps sont présents, « on note une forte baisse de la détresse psychologique ».

Finalement, 70 % des salariés considèrent que l’entreprise pourrait faire plus pour protéger la santé psychologique de ses salariés, que le gouvernement devrait plus aider les entreprises à protéger psychologiquement leurs salariés. « Cette crise dévoile au grand jour aux yeux des salariés des démarches de qualité de vie au travail qui doivent changer pour répondre aux nouveaux risques psychosociaux. La demande d’aide du gouvernement envers les entreprises pour traiter la question de la santé mentale au travail espérons-le sera traitée dans le cadre de la prochaine loi Santé au travail » pointe Christophe Nguyen. 

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