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“Nous demandons l’abandon de l’utilisation du point médian”

Par Matthieu Annereau, Président de l’APHPP*

Depuis plusieurs années se développe l’utilisation de l’écriture inclusive, par la volonté de parvenir dans la langue à une égalité réelle entre les femmes et les hommes, par l’utilisation plus équilibrée de vocabulaire féminin et masculin.

Bien que l’objectif soit louable, bien que le combat pour l’égalité entre les femmes et les hommes soit une noble cause très similaire d’ailleurs avec celle de la place des personnes handicapées dans notre société ; il semble important de prendre en considération les difficultés auxquelles sont de nouveau confrontées les personnes en situation de handicap.

Nous alertons sur les difficultés majeures dans l’accès à l’information que procure une écriture utilisant le point médian. Personnes non ou mal voyantes utilisant un lecteur d’écran, personnes souffrant de dyslexie, dyspraxie, dysorthographie, personnes utilisant la reconnaissance vocale pour cause de paralysie des membres supérieurs … Nombre de personnes handicapées se trouvent discriminées dans l’accès à l’information du fait de textes rendus incompréhensibles, inaccessibles.

Le principe d’accessibilité universelle inscrit dans la loi du 11 février 2005 pour « l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées » ne peut ainsi être bafoué.

Au-delà des personnes en situation de handicap ce sont nombre d’enfants, de seniors et de personnes étrangères qui se trouvent mises sur le bord de la route par l’utilisation d’une telle écriture.

Et donc une fois de plus ce qui bénéficierait aux personnes handicapées profiterait à toute la société dans son ensemble.

Soutenus par le défenseur des droits dans notre démarche, nous rappelons que la circulaire du Premier Ministre de l’époque Edouard Philippe bannissait déjà l’utilisation de l’écriture inclusive dans les textes officiels le 21 novembre 2017.

Mais devant le développement de son utilisation dans tous les secteurs ; écoles, instances publiques, politiques, dans les entreprises ; nous demandons aux parlementaires d’aller plus loin.

Afin que son ambition soit portée au plus haut, infuse dans l’ensemble des travaux législatifs mais aussi dans la société civile nous demandons d’inscrire en tant que disposition constitutionnelle l’accessibilité universelle. En d’autres termes, nous demandons que soit inscrite dans la Constitution française l’accessibilité universelle.

Enfin, la situation actuelle de discrimination de certains publics dans l’accès à l’information rappelle tristement que le handicap est aujourd’hui, et depuis 3 ans selon le nombre de saisines du défenseur des droits, le 1er motif de discrimination en France.

Une cause qui ne peut donc faire les frais d’autres actions militantes car la plus large minorité dans le monde selon l’organisation mondiale de la santé aspire enfin à l’égalité et à la considération.

Le principe de non-discrimination est un principe fondamental reconnu dans l’ensemble des outils juridiques internes et internationaux. Et la convention internationale en vigueur en France prévoit une meilleure intégration des personnes handicapées

Aussi, si nous demandons l’abandon de l’utilisation du point médian, nous reconnaissons également le combat mené afin de faire parvenir d’une réelle égalité entre les femmes et les hommes dans notre langue. Pour cela et afin qu’une minorité ne soit pas délaissée au profit d’une autre cause, nous rappelons que l’écriture inclusive est également possible par l’utilisation de mots non genrés ou l’introduction de mots féminins. 


*Association Nationale pour la Prise en Compte du Handicap dans les Politiques Publiques et Privées

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