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L’intégration des notions de développement durable et environnemental dans les TPE et PME : est-ce une contrainte ou un atout compétitif ?

Par Philippe Mucchielli, Directeur du Centre National d’Innovation pour le Développement durable et l’Environnement dans les Petites entreprises (CNIDEP), Chambre de Métiers et de l’Artisanat de Meurthe-et-Moselle

Le développement durable s’impose de plus en plus comme un des axes stratégiques majeurs de toute action publique. Le gouvernement français a défini une stratégie nationale de développement durable qui s’insère dans l’ensemble de ses politiques publiques.

De plus en plus d’entreprises affichent des démarches respectueuses de l’environnement, éthiques et socialement responsables.

Les artisans cherchent-ils à optimiser le développement économique de leur entreprise ?

La plus grande partie des artisans cherchent à améliorer leur entreprise de manière continue. Ils sont cependant relativement peu nombreux à utiliser les outils indispensables au pilotage général de l’entreprise et à la bonne gestion financière de leur entreprise.

Ils ont l’habitude de mesurer la performance de leur entreprise en utilisant un seul indicateur qu’est le chiffre d’affaires. Les autres indicateurs, nécessaires à une évaluation plus fine de la performance de leur entreprise, sont utilisés de manière beaucoup moins fréquente.

Les préoccupations économiques restent, à priori, prioritaires pour les artisans. Mais les artisans ont encore des marges de progrès à faire, en adoptant une démarche plus structurée, plus ouverte sur l’extérieur, que ce soit sur le plan commercial ou de l’innovation, et en mettant en place quelques indicateurs pour mesurer les résultats obtenus.

Les artisans se préoccupent-ils du volet social dans le développement de leur entreprise ?

Les artisans ont d’importantes marges de progrès sur le volet social, progrès qui appuieraient le développement de leur entreprise. Il s’agit d’une part de changements de pratiques et d’investissements, notamment dans le domaine de la sécurité, et d’autre part d’habitudes ou de mentalités qui pourraient évoluer, sans forcément que cela coûte, par une meilleure communication interne, de la formation, de l’intéressement, afin de mieux motiver et impliquer les salariés dans l’activité de l’entreprise.

Les artisans se préoccupent-ils du volet environnemental dans le développement de leur entreprise ?

Une grande majorité artisans s’interrogent sur l’impact de leur activité sur l’environnement (rejet de polluant, consommation de ressources rares). Ils disent ainsi avoir assez largement investi dans des mises aux normes d’hygiène, de sécurité ou d’environnement ces dernières années. Quand on les interroge pour connaître leurs motivations pour réaliser des efforts environnementaux, on note que ce ne sont ni les contrôles, ni les opportunités de nouveaux marchés, ni les exigences commerciales de la clientèle qui incitent le chef d’entreprise à faire évoluer ses pratiques. Ils agissent avant tout par sensibilité personnelle et dans le cadre d’une démarche préventive par rapport à la réglementation.

Le volet environnemental nécessite souvent des dépenses supplémentaires pour les entreprises artisanales, quand celles-ci ne se préoccupent que de l’application de la réglementation. Il sera utile de démontrer que ces dépenses peuvent être réduites quand l’approche est à la fois réfléchie et collective. Par ailleurs, certaines technologies dites « propres » permettent d’optimiser les rendements de production en limitant les pollutions et donc les dépenses afférentes. Enfin, la sensibilité environnementale croissante de la clientèle est une opportunité pour proposer de nouveaux produits et de nouveaux services plus « écologiques », ou tout simplement pour justifier de l’augmentation de certains tarifs.

Les contraintes en résumé

Un manque de temps, d’accès à l’information, des coûts et des charges non productives, un manque de structuration et de formation tout au long de la vie de l’entreprise.

Le CNIDEP œuvre depuis plus de 25 ans pour accompagner les entreprises artisanales au changement afin de leur donner les clefs d’une pleine et entière réussite dans leur développement. La philosophie de ce centre de ressource est de transformer les contraintes en opportunités pour l’ensemble des artisans au niveau national.

Vision et connaissance de l’artisanat par les partenaires de l’artisanat

L’ensemble des partenaires de l’artisanat connaît bien les organisations représentatives de l’artisanat, chambres de métiers et de l’artisanat et organisations professionnelles.

En termes de représentation, l’artisanat est avant tout un acteur du développement local, et un transmetteur de savoir-faire.

Le côté créateur d’emploi de l’artisanat est un aspect important pour les collectivités territoriales et pour les fournisseurs : l’artisanat représente un élément fort de la dynamique de territoire en tant qu’entité économique.

Pour les artisans l’aspect métier, l’amour du travail bien fait, la qualité du service, le conseil priment avant tout, pour les parties intéressées, c’est plutôt le volet insertion dans le tissu économique et social local, la reconnaissance du savoir-faire artisanal et la transmission des savoir-faire, qui sont mis en avant.

Les atouts compétitifs du développement durable

• la maîtrise de l’énergie dans les entreprises artisanales : il s’agit d’aider les entreprises à réduire leur consommation énergétique au niveau de leurs pratiques quotidiennes.

• l’éco-conception : il s’agit de sensibiliser et d’aider les artisans à utiliser des matières premières éco-gérée (bois, farine, par exemple), mais également à adapter leur savoir-faire pour la transformation qualitative des produits et des services.

• la gestion des déchets et des eaux usées pour la protection des écosystèmes : il s’agit de poursuivre les efforts déjà entrepris par les chambres de métiers avec les organisations professionnelles, en partenariat avec les collectivités territoriales, l’ADEME et les Agences de l’eau.

• l’éco-construction et la haute qualité environnementale : il s’agit d’être partenaire des organisations professionnelles pour informer et former des artisans, afin qu’ils soient qualifiés, pour répondre à la demande croissante des maîtres d’ouvrage et des maîtres d’œuvre.

• une sensibilisation et une formation des apprentis aux principes du développement durable : il s’agit de créer un module spécifique au sein des programmes de formation initiale des apprentis, en liaison avec les professeurs des CFA et avec les conseils régionaux.

• une meilleure maîtrise des risques professionnels, pour mieux garantir la sécurité du personnel : il s’agit d’amplifier les actions démarrées par certaines chambres de métiers pour informer les entreprises sur les risques en matière de sécurité (code du travail) et les aider à s’y conformer.

• la proposition d’une offre adaptée aux personnes âgées ou aux personnes en difficultés : il s’agit de réfléchir à l’opportunité et les modalités de structuration de l’offre multiservices en milieu rural, pour l’adaptation des logements et pour l’adaptation des produits et services.

• l’établissement d’une traçabilité des produits et des services des entreprises artisanales : la traçabilité permet d’attester l’origine des matières premières, les modalités de fabrication, de conservation et de vente de leurs produits. C’est l’attente majeure des consommateurs, qui porte notamment sur l’origine des produits dans le cadre des démarches de circuits courts.

Au-delà des effets de mode, le concept de développement durable est perçu comme une opportunité pour l’artisanat. Le réseau consulaire cherche donc à développer des actions en interne et en partenariat, pour mobiliser des ressources et accompagner les entreprises artisanales dans leur développement. Il ressort de l’ensemble des pistes d’actions possibles, que le développement durable peut être le fil conducteur d’une nouvelle offre de service tout aussi diversifiée qu’aujourd’hui, mais convergeant vers cet objectif commun. 

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