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L’opinion de Julien Borowczyk

Député (LREM, Loire), Président de la Commission d’enquête parlementaire sur la gestion de la crise Covid-19.

Depuis le début de l’année 2020, le Monde, l’Europe et la France sont confrontés à une crise sanitaire majeure, polymorphe et sans précédent.

Durant les 6 mois des pouvoirs de commission d’enquête, les 56 auditions ont démontré tour à tour l’implacable méconnaissance du COVID-19, les difficultés d’organisation dans la réponse globale, les carences accumulées au fil des années, la formidable adaptabilité de notre système de soins et l’engagement sans faille de nos soignants.

Malheureusement, le constat établi dans le rapport ne relate que de manière très partielle les témoignages des professionnels. Tant et si bien que ces morceaux de vie et d’expérience de nos concitoyens semblent hachés, triturés et réassemblés afin de constituer un simple substrat décoratif destiné à crédibiliser un rapport, certes dense, mais semblant écrit bien à l’avance.

Ce récit partiel, saupoudré de quelques phrases voire parfois simplement quelques mots issus de nos 130 heures d’auditions, s’engage de surcroît dans une voie partiale lorsqu’il instrumentalise la surmortalité liée au virus. Cette vision dogmatique et tronquée sur la prise en charge des personnes âgées devient, sous la plume du rapporteur, un bistouri à la lame politique certes affûtée mais au tranchant de la vérité bien émoussé.

D’ailleurs, les propositions ne constituent pas l’âme du rapport mais servent de lame qui invite à l’hésitation entre hachis et gâchis.

Cette production à charge, indubitablement engagée pour ne pas dire emportée, s’essouffle sur les sentiers de l’étayage scientifique et tousse carrément dès qu’il s’agit de se remémorer le début de la financiarisation de notre protection sanitaire par Xavier Bertrand.

Dès lors, voter pour ce rapport aurait confiné à traiter ce texte à l’hydroxychloroquine. Voter contre mettait fin immédiatement à tout notre travail d’écoute, certes peu représentatif de la sincérité affirmée de nos contributeurs. Néanmoins, le groupe LREM ne pouvait se résoudre à l’acharnement thérapeutique car la lente agonie d’arguments sans portée ne pouvait à elle seule justifier une fin anticipée.

Aussi, nous avons souhaité nous abstenir dans un élan de transparence bienveillante à l’égard d’un rapport méritant d’être confronté au débat. Pour sortir de commission, ce document avait besoin d’une intubation de la part de la majorité. Aussi nous nous sommes résolus à une abstention constructive et engagée dans la recherche de la vérité que tout français mérite.

Les oppositions nous ont souvent implorés d’augmenter le débat dans l’hémicycle afin de leur permettre d’affirmer leurs propositions de sortie de crise. Force est de constater que l’occasion que constituait ce deuxième rapport de mission passe à côté de la cible. Il rejoint ainsi son cousin du Sénat au rang des verbiages vaguement étayés par la science mais surtout portés par une recherche perpétuelle de lumière. Ce concept me rappelle ainsi furieusement les préceptes de communication du Professeur Raoult. 

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