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La Recherche et la filière Vigne et Vin travaillent conjointement pour relever le défi du changement climatique

En venant bouleverser les équilibres construits sur le long terme, le changement climatique représente un défi majeur pour la filière viti-vinicole française, très liée à la notion de terroir et aux conditions environnementales et humaines, deux caractéristiques qui ancrent régionalement la production et qui sont fortement valorisées économiquement.

Avancées des vendanges jusqu’à 20 à 30 jours d’ici la fin du XXIème siècle, accroissements des risques de gel de printemps et de sécheresse menaçant les rendements, augmentations de température pendant la période de maturation des raisins affectant leur potentiel qualitatif, le constat est plutôt préoccupant pour les régions viticoles traditionnelles.

Mobilisée dès les années 2000, la Recherche a très tôt informé la filière viti-vinicole sur les effets potentiels du changement climatique et les risques associés. Elle a initié des études, notamment à l’INRA (devenue INRAE le 1er janvier 2020 suite à sa fusion avec Irstea) mais aussi au CNRS, dans les Universités et Grandes Ecoles, pour quantifier les évolutions déjà observées et produire des simulations des conséquences attendues. A partir de 2012, sous l’impulsion de l’INRA, ces efforts ont été fédérés au sein du projet « Laccave » afin de fournir des données plus précises, d’étudier de manière concertée et systémique des leviers d’adaptation et de mettre à disposition des professionnels des outils pour concevoir des stratégies d’adaptation, notamment via un exercice de prospective associant Montpellier SupAgro, FranceAgriMer et l’INAO.

Quatre scénarios prospectifs pour la filière Vigne et Vin française en 2050 ont ainsi été élaborés, en combinant deux moteurs d’adaptation que sont le degré d’innovation technique et le déplacement géographique des vignobles : un scénario « conservateur » où les changements introduits par les acteurs sont mineurs, un « innovant » qui privilégie les innovations techniques, un « nomade » où la priorité est donnée à la mobilité géographique à la recherche de conditions climatiques plus favorables, et un « libéral » dans lequel tous les leviers de l’adaptation peuvent être mobilisés. Ces scénarios ont alors été analysés par plus de 500 acteurs professionnels dans 7 régions viticoles. Lors de ces forums prospectifs, les participants ont analysé les enjeux et conséquences de chaque scénario, se sont prononcés sur les attitudes stratégiques à adopter et ont émis plus de 2700 propositions d’actions. Dans toutes les régions, le scénario « innovant » a retenu majoritairement l’intérêt des professionnels, traduisant une profonde volonté de « changer pour rester en place ».

Avertis de cette prospective et de l’urgence de la situation, des responsables professionnels (Conseil spécialisé vin de FranceAgriMer, Comité National AOC vin de l’INAO) ont mis en place, sous l’égide de FranceAgriMer et de l’INAO et en collaboration avec les scientifiques du projet Laccave, un groupe de travail mobilisant les organisations de la filière à l’échelle nationale afin d’élaborer un plan d’actions permettant de faire face aux enjeux du changement climatique. Sur la base des 2700 propositions recueillies lors des forums prospectifs, 8 axes de travail ont été définis par le groupe, puis débattus dans chaque bassin de production et confrontés aux actions déjà engagées localement (souvent de longue date) par les Interprofessions et autres structures, dans l’objectif de les valider nationalement. Les données issues des consultations régionales sont en cours d’analyse, toujours dans le cadre d’une collaboration entre services de l’Etat et le projet Laccave. Cela débouchera au printemps 2020 sur des recommandations, puis sur la proposition, d’une stratégie nationale d’adaptation au changement climatique, qui sera soumise au Ministère de l’Agriculture.

En parallèle, toujours sous l’égide d’INRAE et de manière concertée au niveau national, le projet Laccave se poursuit avec comme objectifs de fournir aux professionnels des expertises et des indicateurs chiffrés leur permettant de mieux raisonner les changements à mettre en œuvre et de co-construire avec eux des systèmes de production plus résilients face au changement climatique. Ce travail collaboratif est la meilleure manière de relever le défi du changement climatique. 

* Projet LACCAVE : Nathalie Ollat (Bordeaux), Iñaki Garcia-De-Cortazar-Atauri (Avignon), Eric Duchêne (Colmar), Jean-Marc Touzard (Montpellier) INRAE ; Hervé Hannin, Montpellier Supagro ; Jacques Gautier, INAO ; Patrick Aigrain, Françoise Brugière (France Agri Mer).

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