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Le porte-monnaie des usagers des transports en commun d’Ile-de-France ne saurait être une variable d’ajustement

Par Laurent Saint-Martin, Député (LREM, Val-de-Marne), Rapporteur général de la commission des finances

Où qu’ils résident sur notre territoire national, ce n’est pas aux usagers des transports publics de régler la note du Covid-19. C’est un fait : la pandémie et les mesures sanitaires adoptées pour protéger les Français durant le confinement ont provoqué une chute spectaculaire des ressources qui financent d’ordinaire les transports publics.

Pour Île-de-France mobilités, l’autorité responsable d’organiser les transports franciliens, la situation s’avère critique. En tant qu’élu du Val-de-Marne, je ne peux que rejoindre Valérie Pécresse lorsqu’elle affirme que les transports franciliens ne sont pas un sujet politique, mais une question d’intérêt général. Mais on ne peut pas en appeler à l’intérêt général et, en même temps, rendre les usagers otages d’une situation dont ils ne sont en rien responsables en menaçant d’augmenter le tarif du pass Navigo. On ne peut pas en appeler à l’intérêt général et, en même temps, entrer dans une guerre de chiffres au regard de la gravité des enjeux.

Car non, l’Etat n’abandonne ni les collectivités territoriales ni les autorités organisatrices de mobilités qui en dépendent. Le troisième budget rectificatif pour 2020 prévoit un dispositif inédit et massif de soutien aux collectivités territoriales, que l’Assemblée nationale a voté le jeudi 2 juillet dernier : les pertes fiscales qu’elles auront subies du fait de la crise au titre du recul du versement mobilités, qui assure en temps normal une partie du financement d’Île-de-France Mobilités, seront compensées par l’Etat.

Alors certes, la compétence, en matière d’organisation et de tarification des transports, appartient exclusivement à la région. Mais je refuse que le porte-monnaie des Franciliens soit la variable d’ajustement d’un service public dont, dès avant la crise, la qualité ne recueillait pas leur pleine et entière satisfaction. C’est le sens de l’amendement que, avec les élus franciliens de la majorité, nous avons fait adopter : sur notre proposition, l’Assemblée nationale a prévu que l’Etat compense IDFM au même titre que les autres autorités organisatrices de mobilité, via un acompte de 425 millions d’euros qui permettra de parer à l’urgence et d’éviter la cessation de paiement. Grâce à notre amendement, les métros, les RER, les trams, les trains et les bus, qui permettent chaque jour à des millions de Franciliens de se rendre au travail, peuvent continuer à circuler normalement dans les mois qui viennent, sans qu’il soit nécessaire de relever le tarif du pass Navigo. Il s’agit, bien sûr, d’une première étape : ce n’est qu’à l’issue de la crise que nous pourrons évaluer précisément les pertes définitives subies par Île-de-France Mobilités.

Il sera alors temps de mettre l’ensemble des acteurs autour de la table afin de faire le point sur la situation financière des transports franciliens pour dessiner le chemin de l’après. Aussi, avant d’envisager des mesures complémentaires, nous faudra-t-il entendre Île-de-France Mobilités au sujet de sa soutenabilité financière et comprendre sa stratégie d’investissements pour les prochaines années. Le travail, les études, les loisirs des cinq millions d’usagers quotidiens des transports publics franciliens en dépendent : sur toute autre considération, c’est leur intérêt qui doit prévaloir. 

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