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Les Villes moyennes, aimées des Français mais reflet de leurs inquiétudes

Réalisé juste avant la crise des « gilets jaunes », le premier baromètre des Territoires Ipsos - Villes Moyennes décrit l’attachement des Français aux villes moyennes et à leurs modes de vie associés. Il est aussi le reflet des inquiétudes et aspirations de ces habitants qui se sentent trop souvent délaissés.

Quand on demande aux Français de définir le profil de la ville idéale, celle dans laquelle ils iraient habiter s’ils avaient le choix, 43 % répondent une ville moyenne, 35 % une commune rurale et 22 % une grande ville. « C’est une très bonne surprise » se réjouit Caroline Cayeux, la présidente de l’association Villes de France et maire (DVD) de Beauvais, « nos villes étaient les angles morts de ce genre d’études. Et on s’aperçoit que les Français les apprécient ». Mieux encore, les habitants des métropoles et de l’agglomération parisienne placent également la ville moyenne en tête de leur choix. Et pour ce qui est de la taille optimale de la ville moyenne, ce sont les communes de 5 000 à 30 000 habitants qui sont en tête des choix français (32 %).

Ce choix s’explique par le plus grand nombre « d’ingrédients » prioritaires réunis par les villes moyenne, avec dans l’ordre : la tranquillité (43 %), le sentiment de sécurité (31 %), la proximité de la nature (26 %), l’offre de transport et le cadre de vie. Interrogés, les habitants des villes moyennes jugent que leur commune est particulièrement bien adaptée pour deux types de populations : les familles avec enfants (à 87 %), plus haut score à égalité avec les métropoles et les seniors (81 %). Cet attachement pour leur commune se ressent aussi plus largement pour leur région : 66 % déclarent préférer « vivre dans leur région que partout ailleurs en France ». Et par ricochet, 60 % d’entre eux s’imaginent rester dans leur commune plus de 10 ans contre 54 % des métropoles et 34 % des Parisiens.

Pour autant, tout n’est pas rose. Il ressort de ce sondage, quelques signes d’inquiétude notamment en matière économique ; on ressent aussi une forme de rejet de l’Etat et de l’administration « qui peuvent servir de clé de lecture pour comprendre les tensions sociales actuelles » fait remarquer Villes de France.

Les centres-villes, symboles visibles et démoralisants d’une forme de déclin économique

L’enquête montre que sur tous les items relatifs à l’offre de commerce, de loisirs et de culture, de santé, de transports ou d’enseignement supérieur, les villes moyennes enregistrent des scores de satisfaction « systématiquement inférieurs aux métropoles (14 points de moins en moyenne). Pour les habitants des villes moyennes sondés, le point qui s’est le plus dégradé au cours des dernières années » est l’offre de santé : 42 % jugent qu’elle s’est détériorée, 17 % seulement jugeant qu’elle s’est améliorée. L’autre forte inquiétude porte sur l’emploi. En effet, seuls 40 % des Français vivant dans une ville moyenne jugent que leur territoire est attractif d’un point de vue économique, « soit 30 points de moins que dans les métropoles (72 %) et dans la capitale (67 %) : un gouffre ! » déplore Villes de France. Enfin, souci récurrent des habitants des villes moyennes, l’avenir des centres-villes qui est « sans doute le signe le plus prégnant de l’angoisse du déclin qui anime certains territoires ». Ils sont 86 % à estimer que « dans les villes moyennes, les centres-villes sont en train de mourir ». Un sentiment qui est d’ailleurs partagé par la très grande majorité des Français (76 % à Paris, 74 % dans les métropoles et 86 % dans les zones rurales).

Plus inquiétant et signe des temps, les habitants des villes moyennes interrogés jugent que pour résoudre les difficultés en matière d’emploi on ne peut pas (ou plus) faire confiance aux instances nationales (Etat, Gouvernement, administration). A l’inverse, les élus locaux sont plébiscités. 43 % des Français les citent en premier pour résoudre les problèmes liés à l’emploi (24 % pour le Gouvernement… et 5 % pour Pôle emploi). Une hiérarchie qui est la même que l’on soit à Paris, en métropole, dans les villes moyennes ou en zones rurales. « Un résultat qui démontre que, si les Français interrogés doutent de leurs élus nationaux, la confiance accordée aux élus locaux reste forte ». Ceci peut expliquer cela.

L’avenir est au « local »

Parmi 8 leviers proposés, les Français jugent que le plus urgent pour améliorer la situation de l’emploi dans leur territoire est la réduction des impôts et des taxes des entreprises (33 %) avant même l’aide aux entrepreneurs et aux dirigeants de PME (28 %), la formation continue (26 %) ou la promotion des nouvelles technologies (17 %). A noter qu’en bas du classement, on trouve le « renforcement des moyens aux services publics comme Pôle emploi » qui ne recueille que 12 % de réponses, « signe du désabusement des Français vis à vis des établissements publics et des administrations en matière d’emploi ». Conclusion : Pour les habitants des villes moyennes et des communes rurales, l’avenir est donc au « local ».

Mais il est également à souligner, une certaine « jalousie » et/ou incompréhension des habitants des villes moyennes et des zones rurales à l’égard des métropoles qui sont qualifiées de « chouchou » tant il apparaît aux Français que les politiques publiques ont favorisé les grandes villes au cours des dernières années indique l’enquête. 80 % des Français interrogés jugent que les grandes métropoles et Paris sont les territoires qui bénéficient le plus de la politique de l’actuel gouvernement (43 % pour les métropoles et 37 % pour la Capitale). A contrario, une proportion infime de Français estime que les villes moyennes (5 %) ou les zones rurales (3 %) sont les premiers bénéficiaires de l’action gouvernementale. Un sentiment partagé par l’ensemble des Français interrogés, y compris ceux qui habitent les métropoles : ainsi 84 % des habitants des métropoles jugent que les grandes métropoles (43 %) et Paris (41 %) bénéficient le plus de la politique du Gouvernement. Rappelons toutefois que ce sondage a été réalisé avant la crise des « gilets jaunes ». Les réponses auraient-elles été différentes aujourd’hui ? Rien n’est moins sûr. 

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