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Libérez Lassalle !

Le film « Un berger et deux perchés à l’Elysée » raconte la campagne présidentielle atypique de Jean Lassalle, ce député qui dans une autre vie aurait pu « être acteur ».

“Je suis le seul candidat à la présidentielle qui va avoir son propre film au cinéma”. Jean Lassalle, député MoDem des Pyrénées-Atlantiques et candidat à la présidentielle de 2017 est tout sourire lorsqu’il évoque à qui veut l’entendre et à quelques mois du premier tour qu’un film va lui être consacré. Un film ? Un OFNI (un objet filmé non identifié) plutôt. Les deux cinéastes Pierre Carles et Philippe Lespinasse ont eux-mêmes du mal à le définir. Leur distributeur est encore plus embêté. Ce film ne rentre dans aucune case. Nous même spectateur ne savons pas vraiment quoi en penser. Ce sera finalement « une comédie documentaire politique ». Pierre Carles et Philippe Lespinasse, cinéastes engagés (à gauche s’entend) souhaitant suivre cette présidentielle qui « sera forcément gagnée par la droite » se mettent alors en quête du « candidat le moins à droite de la droite ». Leur choix se porte sur Jean Lassalle en qui ils voient selon leur inspiration débridée, un « Hugo Chavez français » ou « le De Gaulle de demain » (sic). D’abord amusés - « on a cru à un gag » - puis intrigués avant de finalement « tomber amoureux » de l’homme, les cinéastes lui proposent de façon quasi improvisée et sans savoir vraiment dans quelle aventure ils se lancent, d’être ses conseillers en communication. Avec une ambition secrète : révéler sa vraie nature, « celle d’un révolutionnaire anticapitaliste, égaré chez les Centristes depuis 30 ans ». Des mois durant, ils suivent l’élu en campagne, l’élu dans la campagne. Le film raconte cette épopée rocambolesque qui contre toute attente conduira cet ancien berger à être qualifié pour le premier tour de la présidentielle. Peu y croyait. Comment aurait-on pu y croire d’ailleurs quand on découvre à l’écran celui qui se définit lui-même « comme une caricature ambulante ». La première rencontre des cinéastes avec Jean Lassalle a lieu dans le Béarn, à Lourdios-Ichère dont il est le maire (on est avant la fin du cumul des mandats). Chez lui, le député les reçoit en short, chaussettes de foot remontées, béret vissé sur la tête et tronçonneuse à la main (quelques jours plus tard, il se coupera deux doigts avec ce même outil). L’image est surréaliste. Mais chez Jean Lassalle, il n’y pas de faux semblant. Il est ce qu’il est. Sans doute est-ce la raison pour laquelle ses proches et rares conseillers veulent faire de ses défauts, des qualités. Dans son bureau du 101 rue de l’Université, on phosphore alors autour d’un slogan (non retenu) qui le qualifierait le mieux : le triple « B » (béret, baguette, bon sens) s’impose. La campagne se poursuit. Sur la route, après la sieste à l’arrière de la voiture, on partage une bouteille de vin - « le plus dur est de ne pas faire de tâches ». Raté ! Il faudra, à la lueur des phares, changer le pantalon et la cravate. Sûr de son destin national, de salons régionaux en réunions, de restaurants en cafés, le candidat se livre et raconte comment il entend « retaper la France ». Ni vraiment de gauche, ni vraiment de droite, l’élu avoue vivre « une révolution intérieure ». Mais Jean Lassalle est surtout un électron libre. Il est le plus souvent là où l’on ne l’attend pas. On se souvient de sa grève de la faim pour sauver une usine dans sa vallée d’Aspe ou encore de ce chant béarnais entonné en plein hémicycle coupant la parole au Ministre de l’Intérieur de l’époque, Nicolas Sarkozy, pour protester contre la fermeture d’une gendarmerie et plus récemment lorsqu’il est apparu en gilet jaune à l’Assemblée provoquant une interruption de séance. Le film s’attarde sur son voyage en Syrie à la rencontre de Bachar El-Assad - un choix assumé qui sera vécu comme une désillusion par les cinéastes. Indépendant, libre, sincère, insaisissable, Jean Lassalle est unique. Il reste une énigme. Attendu avant le premier tour, le film ne sort qu’aujourd’hui. Dommage. Sachez cependant que l’incontrôlable Jean Lassalle a déjà annoncé sa candidature à la présidentielle de 2022. 

« Un berger et deux perchés à l’Elysée » - Un film de Pierre Carles et Philippe Lespinasse – Distribution : Jour2fête - Au cinéma depuis le 23 janvier

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