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Le Crac des Chevaliers : Chroniques d’un rêve de pierre

Une légende, un rêve de pierre, l’un des joyaux du patrimoine mondial de l’Humanité, le Crac des Chevaliers, chef-d’œuvre d’architecture militaire, situé en Syrie fait l’objet d’une exposition à la Cité de l’Architecture et du Patrimoine.

“Le plus beau château du Monde, certainement le plus pittoresque”. C’est en ces termes que T.E Lawrence (« Laurence d’Arabie ») évoque le Crac des Chevaliers dans ses écrits. Une révélation. « Reine des forteresses de l’Orient », le Crac des Chevaliers est considéré comme « l’un des plus forts témoins des échanges d’influence entre l’Orient et l’Occident » expliquent les commissaires de l’exposition Jean-Marc Hofman et Emmanuel Pénicaut. Son histoire mouvementée est longue. Nœud stratégique, la citadelle qui domine et protège la plaine de Homs, à l’ouest de la Syrie actuelle permet de contrôler la route qui mène à la mer. A l’époque romaine déjà le site est fortifié ; il fait ensuite l’objet de luttes intenses lors de la conquête arabo-musulmane. La forteresse est conquise par les Croisés en 1099 puis en 1110. Raymond II, comte de Tripoli finit par céder la citadelle en 1142 à l’Ordre religieux et militaire des Hospitaliers qui entreprend de grands travaux pour en faire « une forteresse exceptionnelle ». En 1271, le Crac passe sous domination musulmane. A la fin du Moyen-Âge, il perd de son intérêt stratégique. Peu à peu délaissé, il n’est plus qu’un simple chef-lieu administratif de l’Empire ottoman. Le Crac est redécouvert par les voyageurs occidentaux au XIXème siècle. En 1861, l’un des premiers guides touristiques de la région signale « le voyageur ne peut passer au pied de ce monument sans le visiter (…) On dirait un château normand transporté en Syrie ». Le mandat français sur la Syrie, à partir de 1920 attire sur le site autant l’armée française que les archéologues. En 1926, l’historien Paul Deschamps se passionne pour le Crac et obtient de la France de l’acquérir afin d’en assurer sa sauvegarde. Le Crac est alors restauré et ouvert au public. L’exposition coloniale de 1931 le révèle au monde et contribue à faire de ce château « le témoin le plus majestueux de l’art français en Orient ». Le Crac est remis à la Syrie nouvellement indépendante en 1949 qui contribue à le restaurer et à l’ouvrir davantage. En 2006, inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco, le Crac a malheureusement rejoint en 2013 la liste des 55 biens du patrimoine mondial en péril. Aujourd’hui, le Crac, situé en zone de guerre, est menacé. Sa restauration et sa conservation sont un défi pour la Syrie.

Pour illustrer ce « rêve de pierre », l’exposition rassemble des maquettes et des moulages historiques mais également de nombreuses œuvres et documents (photographies, archives, plans…) empruntés à des institutions françaises et étrangères et à des collectionneurs privés français et libanais. 


Jusqu’au 14 janvier 2019 – www.citedelarchitecture.fr


Crac ou Krak ?
Les deux écritures sont possibles, mais seul le mot « Crac » fait référence à l’histoire du lieu : il traduit le « Cratum », utilisé par les Croisés pour signifier l’expression « Hisn Al-Akrad », littéralement « la forteresse des Kurdes ». Cette appellation, utilisée en Syrie depuis le XIème siècle, fait référence à la population de la première garnison qui occupa le château. Tous les textes français et latins du Moyen Âge emploient le « C ». L’historien Paul Deschamps, grand spécialiste du Crac dans les années 1930, a donc rectifié l’habitude apparue au XIXème siècle d’écrire le mot avec un « K ».
© Cité de l’Architecture et du patrimoine

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