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Comment les quotas renforcent la méritocratie en politique

Par Mickael Melki, Professeur Associé à Paris School of Business et Chercheur Associé au Centre d’Economie de la Sorbonne

Face à la sous-représentation des femmes en politique, plus de cent pays ont introduit, à ce jour, des quotas favorisant les femmes dans leur système électoral. Les mérites de ces politiques restent pourtant débattus car elles peuvent s’opposer au principe de méritocratie et échouer à sélectionner les politiciens les plus compétents.

Une étude récente portant sur la sélection des candidats aux élections municipales suédoises montre que non seulement les quotas ne diminuent pas le niveau de compétence des femmes en politique mais ils peuvent même augmenter celui des hommes. Ce résultat surprenant s’explique par le fait que les dirigeants politiques peu compétents sont poussés à quitter leur poste suite à l’introduction des quotas sous peine de faire perdre leur parti aux élections.

L’étude analyse l’adoption par le Parti Social Démocrate (PSD) suédois en 1993 d’un système de quotas favorisant les femmes. Ce système fut appliqué lors de la constitution des listes électorales municipales devant alterner hommes et femmes. Pour analyser l’effet de cette réforme sur les compétences des politiciens, l’étude propose une mesure de compétence qui s’appuie sur le niveau de revenu des individus par rapport à d’autres individus aux caractéristiques similaires telles que l’âge, l’occupation ou le niveau d’éducation. Cette mesure s’avère être fortement corrélée à d’autres indicateurs de compétence tels que les tests d’aptitude lors du service militaire pour les hommes ou le succès électoral des individus.

Le premier résultat de cette étude est que le niveau de compétence des dirigeants du parti est fortement lié à celui des candidats qu’ils sélectionnent sur les listes. Les auteurs expliquent cela par le fait que, d’un côté, les dirigeants ont intérêt à choisir les meilleurs candidats possibles afin de maximiser les chances de succès électoral de leur parti. D’un autre côté, les dirigeants n’ont pas intérêt non plus à sélectionner des candidats meilleurs qu’eux sous peine de se voir remplacé à l’avenir.

Le second résultat est que l’introduction du système de quotas augmente la compétence moyenne des candidats du PSD. On serait donc tenté de penser que cet effet est dû au recrutement de femmes plus compétentes sur les listes. Mais l’étude montre que le niveau de compétence des femmes reste stable suite à l’introduction des quotas. L’étude établit que cet effet est uniquement dû à l’augmentation de la compétence des candidats masculins. Elle montre aussi que la réforme augmente également la compétence des dirigeants.

Comment interpréter ce résultat ? L’étude suggère qu’un dirigeant est affaibli non seulement s’il fait face à des candidats plus compétents mais aussi si sa ligne politique est contestée à l’intérieur de son parti. Or l’introduction des femmes dans le parti peut produire le second effet car les femmes politiques ont souvent des préférences politiques différentes de celles des hommes politiques, comme le montre un sondage réalisé auprès des politiciens locaux suédois. Face à cette menace accrue, à l’image d’un PDG qui voudrait sauver son entreprise, un dirigeant politique peu compétent peut choisir de démissionner pour que son parti reste au pouvoir et que sa ligne politique soit suivie. Il sera alors remplacé par un dirigeant plus compétent qui sélectionnera des candidats masculins plus compétents sans pour autant menacer son avenir. Dans ce cas, l’adoption d’un système de quotas peut bel et bien augmenter la compétence des politiciens et même renforcer le caractère méritocratique de la sélection.

Les conclusions de cette étude ne se réduisent pas aux quotas liés aux genres. En effet, elles suggèrent que dans tout système où des dirigeants influencent la sélection de candidats, l’introduction de quotas favorisant un groupe différent de celui des dirigeants augmentera la qualité des individus de l’ensemble du système. 


Référence : Besley, Timothy, Olle Folke, Torsten Persson, and Johanna Rickne. 2017. « Gender Quotas and the Crisis of the Mediocre Man : Theory and Evidence from Sweden. » American Economic Review, 107(8): 2204-42.