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Programme de rénovation urbaine : un énième plan banlieue ?

Le Président de la République a récemment donné le coup d’envoi officiel du nouveau programme de rénovation urbaine. Ce programme remplace le précédent instauré par Jean- Louis Borloo en 2003, et tendra à poursuivre l’objectif d’amélioration du cadre de vie des habitants et de développement de la mixité sociale.

 

Ce programme de rénovation urbaine est le fruit de la loi Lamy adoptée en février dernier, et qui avait pour but d’instaurer une réforme du cadre de la politique de la ville. Une de ses mesures phares était d’engager une nouvelle étape de rénovation urbaine en octroyant 5 milliards d’euros à l’Agence Nationale de Rénovation Urbaine (ANRU), et d’aboutir à un effet de levier de 15 milliards d’euros d’investissements supplémentaires.

Lors de son intervention, le Président de la République a rappelé que les nouveaux quartiers choisis pour bénéficier des mesures de rénovation urbaine ont été sélectionnés de manière plus stricte. Il

s'agit des 200 quartiers "où la pauvreté est la plus forte, où les habitants ont aujourd'hui le plus de mal à se loger correctement, à accéder aux services publics ou à des transports de qualité", indique le ministère. En effet, la sélection a été réalisée au regard du seul critère de revenu des habitants de ce quartier, à savoir 11000€ par an. Cette sélection va permettre à 1500 quartiers prioritaires de bénéficier d’une aide, et 200 en bénéficieront par le biais des 5 millions d’euros octroyés à l’ANRU. Ces subventions attribuées aux quartiers prioritaires pendant dix ans leur permettront de réaliser des projets d’envergures nationales, à hauteur de 20 millions d’euros chacun en moyenne, ainsi que des projets de taille plus régionale (5 millions d’euros chacun).

Trois nouvelles priorités intègrent le nouveau programme de rénovation urbaine. Tout d’abord, de nombreuses villes en outre-mer bénéficieront des subventions afin de remplacer les bidonvilles de certaines villes (Fort-de-France, Pointe-à-Pitre) en logements décents. Ensuite, il faudra lutter contre les copropriétés privées dégradées, qui « constituent parfois une verrue dans des quartiers bien rénovés », explique la secrétaire d’Etat à la Politique de la Ville, Myriam El Khomri. Enfin, la nouvelle carte des quartiers prioritaires a mis en lumière la paupérisation de certains centres historiques de villes moyennes, qui vont pour la première fois bénéficier des aides de l’ANRU.

Lors de son intervention dans le Nord-Pas-de-Calais, François Hollande rappelait que « la rénovation, c’est le renouvellement », et insistait sur la polysémie du terme « rénovation » : « on ne doit pas forcément apporter la rénovation d’un bâtiment, mais on doit renouveler l’activité économique, sociale, culturelle, éducative ». Par le biais de cette aide à la rénovation, c’est la vie du quartier tout entier qui doit reprendre. A ce titre, l’Etat favorisera les accédants à la propriété en leur appliquant une TVA plus favorable de 5,5% pour tout achat dans un quartier prioritaire et dans un rayon de 300 mètres alentour. Il en sera de même pour les commerçants du quartier ou ceux qui souhaitent s’y installer.

Au-delà des 200 quartiers ciblés par le programme de rénovation lourde de l’ANRU, il s’agit d’améliorer la qualité de vie de 2 millions d’habitants qui vivent dans ces quartiers. Le pari est de taille pour l’Etat qui doit aller plus loin que lors du programme de rénovation précédent. Si le succès sur le plan urbain et architectural est certain, le quotidien des habitants lui, n’a pas changé. La mixité sociale promise en 2004 n’a pas eu lieu, et le sociologue Renaud Epstein rappelle que « si on a investi 40 milliards d’euros, ce n’est pas seulement pour couler du béton ». L’avenir nous dira si ce nouveau plan d’urbanisme est à la hauteur des espérances de ses concepteurs.

 

 

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