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L’attractivité économique de la France, un chantier de longue haleine

Par Julien Marcilly, économiste en chef de Coface

L’horizon de l’économie française s’est éclairci en 2017 : pour la première fois depuis 2011, la croissance du PIB a dépassé 2 %, l’inversion de la courbe du chômage est enfin une réalité et le nombre de défaillances d’entreprises est en chute libre (-8 %).

Mais, à y regarder de plus près, le tableau est loin d’être idyllique : le nombre d’entreprises exportatrices reste, respectivement, trois et deux fois moins élevé qu’en Allemagne et en Italie. Certes la faiblesse de la France du côté des petites entreprises est connue. Mais, contrairement aux idées reçues, les grandes entreprises ne compensent pas la déficience des plus petites, étant elles aussi moins nombreuses que dans ces deux pays. Sans compter que le déficit commercial s’est creusé de 25 % ces deux dernières années, au point d’amputer la croissance française de 0,6 point par an !

Or, le solde commercial reflète les déséquilibres d’une économie, entre l’offre de production et la demande domestique. Un déficit chronique comme celui de la France indique une insuffisance de la première pour répondre à la seconde. Les raisons de cette incapacité des entreprises à produire suffisamment sont bien sûr diverses. L’attractivité économique de la France, c’est-à-dire sa capacité à attirer les facteurs de production (main d’œuvre et capitaux) pour créer des activités nouvelles et ainsi répondre à cette demande, en fait évidemment partie.

Parmi les lacunes perçues par les chefs d’entreprises, beaucoup ne sont pas nouvelles : la fiscalité (d’après 55 % des dirigeants interrogés dans le cadre du Baromètre EY de l’attractivité de la France), le manque de simplification des règlementations (46 %), le droit du travail (39 %) ainsi que le coût de la main d’œuvre (31 %) sont toujours vus comme les principaux freins à la compétitivité. Plus inquiétant, certains des atouts traditionnels de l’économie française se transforment petit à petit en points faibles : la qualification de la main d’œuvre, jusqu’ici louée par les entreprises, pourrait ne plus l’être dans les années à venir, tant la France recule dans les classements internationaux en la matière. Par exemple, le Programme pour l’évaluation internationale des compétences des adultes (PIAAC) de l’OCDE atteste de performances inférieures à la moyenne des 24 pays étudiés. Ces lacunes ont des conséquences concrètes à court terme pour les entreprises, les compétences des actifs ne répondant pas toujours à leurs besoins. Bien que le taux de chômage soit toujours supérieur à 9 % et que le nombre de demandeurs d’emplois depuis plus de trois ans atteigne presqu’un million (soit trois fois plus qu’il y a dix ans !), les entreprises éprouvent depuis la fin de l’année 2017 des difficultés croissantes de recrutement qui brident leurs capacités à investir et à se développer, en particulier dans l’industrie. Améliorer l’attractivité économique de la France sera donc un chantier de longue haleine.

Mais il y a heureusement des raisons d’espérer. D’abord, les chiffres de la Conférence des Nations Unies pour le commerce et le développement indiquent un quasi-doublement des entrées d’investissements directs étrangers en France en 2017 (de 28 à 50 milliards de dollars américains). La France fait ainsi partie des dix premières économies récipiendaires d’investissements étrangers dans le monde. D’après Business France, près de 1300 décisions d’investissements étrangers ont été recensées en France en 2017, soit une progression de 16 % en seulement un an.

Ces signaux positifs confirment que la France dispose toujours de nombreux atouts. La qualité des infrastructures en fait partie. C’est ce que met en exergue le rapport annuel sur la compétitivité du Forum économique mondial. La France se classe septième (sur 137 pays) dans ce domaine, notamment grâce à la qualité de ses routes, de ses infrastructures de transport ferroviaire, de l’approvisionnement électrique ou encore du taux d’équipement téléphonique. Toujours d’après ce rapport de référence, la qualité des instituts de recherche ainsi que les dépenses en recherche et développement font aussi partie des raisons qui incitent les entreprises à produire en France.

Signe de ce dynamisme et de cette capacité à innover, les créations d’entreprises sont nombreuses : elles ont augmenté de 50 % depuis 2013, au point de désormais dépasser le pic de 2008 ! Cette amélioration a aussi été facilitée par les progrès récents en matière de procédures, puisque seulement 3,5 jours en moyenne sont désormais nécessaires pour créer une entreprise.

Plusieurs autres réformes récentes ont été favorables aux entreprises : le Crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE) et le Pacte de responsabilité et de solidarité ont contribué à l’amélioration de la compétitivité-coût de 5,5 % entre 2014 et 2016. Des réformes engagées par le gouvernement d’Edouard Philippe, comme celle du marché du travail ou le Plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises (PACTE), contribuent aussi à améliorer l’attractivité économique du pays.

Enfin, la décision de chefs d’entreprises étrangères d’investir et embaucher ou non en France dépend aussi de leur perception de la stabilité de l’environnement politique, institutionnel et social. Or celle-ci se fait de plus en plus rare dans le monde actuel : le nombre de conflits dans le monde a été multiplié par deux depuis 2007. Et même dans les économies matures, les sources d’incertitudes pour les entreprises sont nombreuses : les annonces de mesures protectionnistes du Président Trump aux Etats-Unis, les modalités du « Brexit » au Royaume-Uni, les velléités indépendantistes d’une partie de la population catalane en Espagne, la viabilité de la nouvelle grande coalition en Allemagne et surtout le nouveau gouvernement populiste et antisystème en Italie. La France n’est bien entendu pas immunisée face aux éventuelles répercussions de ces risques. Mais, avec son gouvernement pro-européen et favorable aux échanges commerciaux disposant d’une majorité absolue jusqu’en 2022, elle offre un horizon politique plus dégagé et fait désormais figure de refuge pour les entreprises. C’est déjà pas mal.