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Ensemble Ariane et la Guyane sont prêtes à décoller

Par Gabriel Serville, Député de la Guyane

“Ariane décolle, la Guyane reste au sol”. Tel fut le titre, emprunté à un adage local, d’une tribune que je publiais dans la presse nationale le 4 décembre 2014 à l’occasion du lancement par les États membres de l’Agence spatiale Européenne (ESA) du programme Ariane 6, qui ambitionne ni plus ni moins que de repropulser l’Europe au centre de la conquête spatiale.

Face à l’euphorie générale, cet appel sonnait alors comme un nécessaire rappel à la réalité d’un territoire qui, loin d’avoir profité de la locomotive qu’aurait dû être la présence de la base spatiale sur son sol, a peu à peu sombré dans la violence et l’instabilité sociale, maintenu dans un état de sous-développement par des décennies d’immobilisme et de politiques publiques inadaptées de l’Etat.

Trois ans plus tard, c’est ce même adage qui a cristallisé toutes les frustrations qui ont mené au plus grand mouvement social de l’histoire de cette région française d’Amérique du Sud, donnant au passage son nom « Pou Lagwiyann dékolé » (« Pour que la Guyane décolle ») au collectif de citoyens déterminés à clouer au sol Ariane tant que l’État n’apporterait pas des réponses concrètes aux exigences légitimes d’un peuple à bout.

Aussi, nul ne peut nier l’enthousiasme qu’a fait naître l’annonce par le gouvernement d’un plan de renforcement de la contribution du spatial au développement local consécutif au rapport sur le sujet que nous avions inscrit dans la loi pour l’égalité réelle en faveur des Outre-mer de février 2017. Enthousiasme de courte durée car l’augmentation envisagée de 10 millions d’euros des crédits d’intervention du CNES en Guyane à l’horizon 2020 ne vient en réalité que masquer la baisse inexorable des fonds consacrés par le centre spatial au développement du territoire depuis la fin du plan Phèdre en 1997. Pourtant, en parallèle, les activités du centre s’intensifiaient, notamment avec l’arrivée de la petite sœur Vega et de la Russe Soyuz pour atteindre jusqu’à un lancement mensuel et 1,4 milliard d’euros de chiffre d’affaires pour la seule société Arianespace. Peut mieux faire donc.

Il n’est pas ici question de remettre en cause l’apport de l’activité spatiale à l’économie guyanaise, elle qui représente 17 % du PIB local, mais de rappeler que l’ESA bénéficie d’un statut d’immunité fiscale qui représente à lui seul un manque à gagner annuel de 330 millions d’euros pour les collectivités. Le CNES, lui, ne paie pas de contribution économique territoriale et Arianespace n’est pas assujettie à l’octroi de mer pour l’importation de ses lanceurs et satellites. Ce dont il est question, c’est bel et bien de rétablir la confiance entre le centre et son écosystème direct, pour qu’il assume pleinement son rôle de moteur et qu’il accompagne les Guyanais face aux multiples défis qui se posent à eux. Ce n’est que par l’instauration d’un véritable partenariat gagnant-gagnant qu’on arrêtera, enfin, de « lancer des fusées sur fond de bidonvilles ». En attendant, il est urgent d’agir. 

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