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Le bien-être et la santé au travail des aidants à la personne

Dans notre société vieillissante il est crucial de veiller à leur santé physique et psychosociale. Ils suscitent aujourd’hui une attention toute particulière des acteurs de la santé et du bien-être au travail notamment pour mieux les prévenir des risques professionnels qu’ils encourent.

La sinistralité en quelques chiffres. Le secteur de l’aide et du soin à la personne compte près de 3 millions de salariés. Effectif en forte croissance notamment dans les emplois à domicile qui représentent près d’1,2 million de travailleurs hors assistantes maternelles. 50 % des heures travaillées le sont pour des particuliers employeurs.

En 2016 sur tous les 626 000 accidents avec arrêt de travail recensés parmi les 18,5 millions de salariés pris en charge par la CNAMTS, 25 % proviennent du secteur des activités de services de santé, nettoyage, travail temporaire (1). Le secteur de l’aide et des services à la personne compte 94,6 accidents du travail pour 1000 salariés, trois fois plus que la moyenne générale (2).

En 2015, 87 % des maladies professionnelles étaient des troubles musculo-squelettiques (TMS) (3), La lombalgie étant le cas le plus fréquent puisqu’il représente 20 % des accidents du travail (4). « Les principales causes de lombalgies prises en charge comme accident du travail sont la manutention manuelle (au moins 50 %) et les chutes de hauteur et de plain-pied (au moins 10 %) »4. Le risque de lombalgie est sur représenté dans le secteur des services à la personne où l’on compte « entre 20 et 40 lombalgies par an pour 1 000 salariés »4. En outre, le nombre de lombalgies prises en charge par la branche maladie, deux fois plus élevé, et concernant les salariés des mêmes secteurs d’activité, laisse supposer une forte sous-déclaration en AT-MP et donc une sinistralité bien plus importante qu’il n’y paraît dans le secteur de l’aide à la personne.

Les EHPAD sont des lieux où la sinistralité est encore plus importante (5). Selon Monique Iborra, députée, « les accidents du travail en EHPAD seraient aujourd’hui deux fois supérieurs à la moyenne nationale, et supérieurs à ceux dans le secteur du BTP » (6). Les accidents sont pour 2/3 des lésions liées aux manutentions manuelles (plus d’1/3 le dos, près d’1/3 les membres supérieurs)7. Les maladies professionnelles sont pour la quasi-totalité liées à des TMS. En outre, les chutes de plain-pied et de hauteur sont nombreuses (7).

S’ils ne sont pas nécessairement dangereux, ces risques physiques sont une vraie question de société dans la mesure où, outre le bien-être au travail, ils peuvent entraîner des inaptitudes croissantes avec en conséquence des questions d’employabilité.

Les risques professionnels qui les expliquent

Dans les EHPAD, les accidents et maladies professionnelles dénombrés ci-dessus résultent de la grande dépendance physique des résidents et donc de la nécessité de l’aide des soignants à chaque déplacement. En outre, par manque de formation à leur usage ou inadéquation, les aides techniques sont souvent mal utilisées. Les chutes sont provoquées par des déplacements nombreux, sur de longues distances et sur plusieurs étages, parfois dans la précipitation et dans des espaces souvent exigus. Les risques psychosociaux, et surtout l’épuisement professionnel, ne sont pas non plus à négliger. Dus à l’exigence émotionnelle du travail auprès de personnes fragiles pouvant aller jusqu’à la violence verbale et physique. A la frustration aussi de l’abondance des tâches matérielles au détriment du travail relationnel et du maintien en autonomie du résident. Pour la députée, les conditions de travail sont particulièrement préoccupantes pour les aides-soignants. « Le taux d’absentéisme est en moyenne de 10 % »6.

En ce qui concerne les principaux risques professionnels de l’aide à domicile ils varient selon le travail à effectuer et son environnement. La majeure partie des accidents du travail et des maladies professionnelles est liée à des expositions aux risques physiques : gestes répétitifs, manutentions de charges lourdes et postures contraignantes. L’organisation du travail dans des temps réduits, du stress et des lieux moins sécurisés accentuent ces risques et notamment celui de chute. Les risques psychosociaux sont là aussi à ne pas négliger car les aides à domicile sont confrontés à des situations émotionnellement difficiles (précarité sociale, violence, troubles cognitifs, fin de vie…). Charge mentale d’autant plus lourde que le travail est solitaire. 


1. Les chiffres clés de la Sécurité Sociale 2016, Edition 2017, Direction de la Sécurité Sociale


2. https://www.ameli.fr/employeur/actualites/sante-au-travail-les-derniers-chiffres


3. Rapport de gestion 2015, Sécurité Sociale Risques professionnels, p 93


4. « Santé au travail : enjeux et actions - Les lombalgies liées au travail : quelles réponses apporter à un enjeu social, économique et de santé publique ? » Assurance Maladie - Risques Professionnels, Janvier 2017,


5. On dénombre aujourd’hui près de 7 500 EHPAD en France et plus de 350 000 personnels dédiés à la prise en charge des résidents : aides-soignants, infirmiers, cadres de santé, psychomotriciens, ergothérapeutes, aides médico-psychologiques (AMP) …


6. Communication de Madame Monique Iborra, Rapporteure de la mission « Flash » sur les EHPAD, 13 septembre 2017


7. http://www.inrs.fr/metiers/sante-aide-personne/ehpad.html

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