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Les politiques de “déradicalisation” en France : changer de paradigme

Par Esther Benbassa (écologiste), et Catherine Troendlé (LR), Sénatrices

Cette mission a commencé par se poser la question de savoir si la « déradicalisation » était possible et s'il ne s'agissait pas plutôt d'une terminologie utilisée abondamment par les politiciens et les médias. La réponse s'est faite plus claire au fil des auditions et des déplacements à l'étranger. Il n'existe pas un miracle qui s'appelle « déradicalisation », il convient plutôt, selon le degré de la radicalisation, d'adapter, lorsqu'il ne s'agit pas d'une personne se trouvant sous main de justice, les modalités de la réinsertion et de la resocialisation de ces jeunes vulnérables, à la recherche de leur identité et aussi d'un idéal, si funeste soit-il.

Dans la panique qui a suivi les attentats, le Gouvernement a tenté de rassurer la population en exposant ses solutions de « déradicalisation » en passant par des associations, dont un bon nombre n'ont pas été à la hauteur de la tâche. Il est indispensable de sélectionner les associations selon le degré de leur expertise, de définir un cahier des charges et de les soumettre à une évaluation régulière effectuée par des experts. De même que pour éviter le « business de la déradicalisation » pratiqué par les associations, les services publics demandeurs de formation pour leurs agents devraient, face à un second « business » qui se met en marche, celui des cabinets de consulting en « déradicalisation », fixer des objectifs et en ne la déléguant qu'à des structures dont la compétence est démontrée (tels sont les objets de nos propositions n°1 et 2).

Notre 3ème proposition concerne le centre de Pontourny. En février, nous nous étions inquiétées de l'absence de pensionnaires, alors même qu'il représente un coût de 2,5 millions d'euros annuels. Il convient de mettre fin à cette expérience et, surtout, de renoncer à sa généralisation au niveau national.

Les expériences menées à l'étranger, avec des résultats assez probants, nous conduisent à mettre l'accent sur une prise en charge transversale, individualisée et sur mesure des jeunes radicalisés Ce qui se fait actuellement à Aarhus au Danemark et à Vilvorde en Belgique.

Il est, à cet égard, essentiel qu'on procède à une mise en réseau des expériences françaises avec celles d'autres pays, d'où notre proposition n° 5.

Comme une proportion très importante de personnes entrées dans le processus de radicalisation sont jeunes, voire mineures, cinq de nos propositions ont pour objet d'améliorer leur prise en charge.

Ainsi la proposition n° 6 recommande-t-elle le développement de dispositifs de placements innovants pour les mineurs radicalisés sous main de justice.

La protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), qui gère la prise en charge d'une grande partie des mineurs délinquants ou en voie de délinquance, a développé de nombreux programmes, adaptés à la prise en charge de jeunes radicalisés. Ces expériences devraient faire l'objet d'une évaluation et être regroupées, lorsqu'elles se révèlent concluantes, dans un référentiel de prise en charge. Ce qui est l'objet de notre proposition n°7.

Par ailleurs, il serait nécessaire d'ouvrir la possibilité d'une prolongation de la prise en charge par la PJJ, en cas d'accession à la majorité du prévenu, jusqu'à l'audience de jugement. Ce qui constitue notre 8ème proposition.

Selon la même logique, notre proposition n° 9 vise à étendre la durée de placement des mineurs, qui font l'objet d'un placement judiciaire en centre éducatif fermé, en la portant de 1 à 2 ans.

Enfin, il est essentiel que les pouvoirs publics prennent « à bras le corps » la question des retours de Syrie et d'Irak. Le Gouvernement a adopté récemment un plan en ce sens, mais il aborde la question des mineurs en dehors de leur cadre familial. Notre 10ème proposition recommande de réfléchir, en l'occurrence, à la mise en place de nouveaux dispositifs de prise en charge plutôt familiaux, destinés à accueillir les femmes, lorsqu'elles ne font pas l'objet de poursuites, et leurs enfants mineurs. 

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