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Chaudun, un village français

Fin 19ème siècle, le village de Chaudun dans le département des Hautes-Alpes a été rayé de la carte administrative française par la volonté de ses habitants. Perché à 1300 mètres d’altitude, isolé huit mois de l’année dès les premières neiges, Chaudun n’offre plus aucun avenir à ses habitants. Remplis d’espoir mais aussi parfois à contre cœur, ils vont faire le choix de vendre « leur » village à l’Etat. Une première en France. Récit d’un abandon.

A Chaudun, on ne vit pas, on survit. La dureté de vie dans ce village de montagne va amener la centaine d’habitants qui vit misérablement de la terre et de l’élevage à s’interroger sur son devenir. En 1593, un petit nombre de familles rachète les terres de Chaudun qui avait été un ermitage au XIIème siècle, au seigneur du Chapitre de Gap. Le début de la fin. La situation géographique du village, coincé entre des cols à 2000 mètres, isolé huit mois de l’année par la neige, met à mal l’existence même des Chauduniers. Le surpâturage, le déboisement, l’érosion les contraint à chercher toujours plus haut de quoi subsister. Au fil du temps, le village se vide de ses habitants bien décidés à tenter leur chance loin de leurs montagnes. Le courrier d’un de ses exilés racontant sa vie heureuse au Québec (véridique) va semer le trouble. Au même moment Le Courrier des Alpes révèle que l’Etat cherche à reboiser la région et pourrait procéder à des expropriations. Un espoir pour les Chauduniers pour la plupart endettés. Pourquoi ne pas vendre à l’Etat ? En 1888, encouragés par leur curé, l’Abbé Albert (véridique), qui vit lui aussi dans la misère, les habitants rédigent une pétition émouvante à l’adresse du Ministre de l’Agriculture dans laquelle ils expriment leur désarroi. « Les montagnards alpins, sans cesse aux prises avec les difficultés les plus lourdes et les plus imprévues, disputent péniblement à un sol rebelle et à un ciel peu clément les chétives ressources qui suffiront à peine à nourrir leur famille. […] Nous vivons presque au jour le jour, M. le Ministre ; c’est-à-dire que notre pauvreté ne peut parer aux éventualités et qu’aujourd’hui la plus triste misère règne dans nos maisons, vaincus par l’indigence nous avons l’honneur de proposer au gouvernement l’achat du territoire de notre Commune. […] ». Ils se disent même prêts « à émigrer vers le sol si fertile de l’Afrique française », en Algérie, en pleine colonisation. Il faudra encore attendre huit longues années pour que le Gouvernement de Félix Faure, après enquête, décide de racheter les terres de Chaudun. Le 1er avril 1896, c’est le départ, les habitants ont pour consigne de laisser les maisons vides et les portes grandes ouvertes. Un déchirement. Certains partiront en Algérie, d’autres au Canada, aux Etats-Unis, en Argentine. Beaucoup resteront dans la région. Peu de temps après, les eaux et forêts s’installent et entreprennent le reboisement. Aujourd’hui de Chaudun, il ne reste rien. Ou presque. Quelques pierres tombales et le fronton d’une chapelle construite juste avant leur départ. Rayé de la carte, Chaudun ne sera pas le seul village alpin à connaître un tel abandon. Mais il reste à tout jamais le symbole d’un exode rural encouragé par l’Etat. 

 

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