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Smart City : où en est-on en France ?

Par David Assou, Porteur de l’offre Smart City, Capgemini Technology Services

Alors que depuis le début des années 2010 un engouement mondial a propulsé le concept de Smart City en tant que nouvel horizon urbain, où en est-on de l’appropriation du concept et des projets concrets en France. Les parties prenantes ont-elles fini d’appréhender cette notion qui crée autant d’enthousiasme que de réticences ? Existe-t-il, comme on peut le voir dans d’autres pays, une réelle stratégie dédiée à la mise en place de Smart Cities ? Les enjeux de la donnée sont-ils suffisamment pris en compte ?

Une appropriation progressive du concept

A ce jour, les différents acteurs (publics, privés et citoyens) commencent de plus en plus à s’approprier le concept. Pourtant, les classements nationaux, européens et mondiaux relatifs aux Smart Cities mettent en avant des critères souvent discutables et les parties prenantes, dont les experts (urbanistes, aménageurs, industriels, collectivités, Etat…), ne parviennent pas toujours à expliquer simplement et clairement aux non-initiés les enjeux complexes (technique, juridique, management, économique…) et les finalités de cette notion. Chercher systématiquement une définition unique et précise pour traduire une complexité comme celle qui concerne la ville associée aux évolutions technologiques est certainement un exercice vain et chronophage.

Cette approche est avant tout systémique et concerne tous les secteurs directement ou indirectement (énergie, mobilité, banques, santé, éducation…) et tous les types d’acteurs. Elle a pour objectif de « faciliter » la ville et ses flux, de plus en plus complexes, ainsi que moderniser les services publics à des fins de simplification en rapprochant les administrés de l’administration.

Trop peu de stratégie et de vision

Il n’existe pas encore de stratégie et de vision claires pour la Smart City dans notre pays qui avance sur le sujet en ordre dispersé. Toutefois, l’Etat cherche à jouer de plus en plus son rôle de stratège sur le sujet (Démonstrateurs industriels de la ville durable par Vivapolis, démonstrateurs Smart City de la Caisse des dépôts, loi sur la transition énergétique, loi pour une République numérique). Les collectivités qui ont vu les dotations de l’Etat baisser ces dernières années se positionnent plus dans une logique de rationalisation et de rénovation et pas toujours dans une logique significative d’innovation et de transformation, notamment numérique. L’investissement dans les projets Smart City n’est donc pas significatif et pas toujours une priorité. L’e administration ou encore l’opendata ne sont pas encore envisagées comme prioritaires par une majorité de collectivités.

Les métropoles ont accepté le concept, les agglomérations et les plus petites communes essayent, parfois avec succès, de s’approprier le sujet. Toutefois, ces impulsions reposent encore souvent sur de la communication et pas toujours sur des projets concrets. Pour les plus avancées d’entre elles (Paris, Lyon, Toulouse…), leurs rôle, fonctionnement et organisation changent progressivement mais encore difficilement vers un rôle d’animation et de « chef d’orchestre » des projets.

Aller plus vite sur la Data

On nous dit que la donnée est une matière première d’avenir, qu’elle permettra d’améliorer la compétitivité des entreprises, de développer des nouveaux usages et marchés, d’être une aide à la décision précieuse ou encore de personnaliser la relation clients ou citoyens. D’ailleurs, on parle de plus en plus de la donnée massive (big data), de la donnée ouverte (open data), de l’informatique décisionnelle (business intelligence). Depuis l’accélération des capacités de l’informatique et du développement d’internet, des quantités astronomiques de données en circulation ou stockées nous sont annoncées dans un avenir proche (volume de données stockées dans le monde en 2020 : 40 zettaoctets). Or, toutes les thématiques qui composent une Smart City ont pour socle les données, comme le montre la stratégie de Google sur le sujet. L’enjeu est donc de pouvoir rassembler et agréger les données, les structurer et les faire circuler afin de les utiliser à bon escient, de la manière la plus légale possible. Les systèmes d’information, devront être urbanisés, interopérables et sécurisés, les standards devront être compatibles. Cela fera appel à de nouveaux protocoles d’organisation de l’activité dans les secteurs public et privé. Enfin, montrant toute la prise en compte du sujet, de nouveaux métiers à l’instar des “data chief officer” ou encore data analyst commencent à apparaître dans les organigrammes des services des collectivités les plus avancées dans leur réflexion. 

 

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