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Pour sortir de la Crise, Vive le débat d’idées !
Nous y voila. L’épreuve de vérité est là. La Crise des finances publiques qui frappe l’Europe toque à la porte de la maison France. Oh bien sûr, nous avons fait semblant de ne pas entendre dans un premier temps ; trop occupés à répéter qu’elle ne se cantonnerait qu’à la Grèce.
Mais la vérité c’est que des hauts-fonctionnaires de Bercy travaillent aux mesures à prendre dans un scénario qui verrait la France « faire défaut ». Et ce ne sont pas les démentis sur le mode « la situation est difficile mais la France a les moyens de la surmonter » qui rassureront les marchés financiers et les Français. L’histoire médiatique récente montre que tous les pays qui ont fait appel à l’aide financière internationale démentaient vigoureusement encore la veille avoir besoin de tout subside.
Parce que l’on ne voit pas comment la France pourrait de toute façon rembourser une dette passée de 64% de son PIB en 2007 à 88% en 2012.
Il semble donc naturel de s'interroger sur les raisons qui ont conduit notre pays, par ailleurs pleins de ressources et de richesses, à une telle situation de quasi-banqueroute. Arrêtons-nous un instant, et repensons au débat intellectuel hexagonal des 20 dernières années qui a débouché sur la situation que nous connaissons.
Prenons deux sujets au coeur de la crise actuelle : l’Euro et la maîtrise des dépenses publiques. Et regardons comment ces deux débats ont été complètement interdits non pas formellement bien sûr mais plutôt par paresse intellectuelle.
Songeons par exemple à la manière dont étaient brocardés au moment de la mise en place de l’Euro, ceux (peu nombreux il est vrai), économistes et responsables politiques qui expliquaient que la différence de compétitivité entre les pays empêchait la mise en place d’une monnaie unique et que l’Euro déboucherait sur une grave crise monétaire à moyen terme. Pensez-vous que la réalisation de leur prophétie rendrait modestes ceux qui les brocardaient à l’époque non pas d’ailleurs par des arguments de fonds mais le plus souvent par la caricature ?
Pas du tout. Hier, tout sceptique à la mise en place de l’Euro était sifflé hors-jeu, qualifié de ringard, désuet, nostalgique d’une France « moisie » ; aujourd’hui ceux qui proposent soit de dévaluer l’euro pour redonner de l’air aux économies européennes, soit d'en sortir continuent à être ignorés.
Cessons pourtant de balayer d’un revers de main leurs arguments parce qu'il n’y aurait qu’une seule voie possible. Sachons les écouter, les contredire le cas échéant ou peut-être les suivre.
Deuxième sujet : la maîtrise des dépenses publiques.
Lancé dans le débat public par les libéraux il y a une quinzaine d'années, le débat fut ici réservé à quelques cénacles. Tout juste si quelques éditorialistes franc-tireurs tentèrent de sensibiliser leurs lecteurs au danger d'un endettement excessif et sans contrôle au risque d'être brocardés pour leurs discours obsessionnels.
Tout organisation ou leader s'intéressant à la dépense publique, la plupart du temps d'ailleurs par l'intermédiaire de travaux extrêmement argumentés et documentés, tombait au champ d'honneur du débat médiatique, caricaturé en "ultra libéral" d'un côté, "déclinologue" de l'autre.
Encore aujourd’hui c’est le volet recettes du budget de l’Etat qui fait l’objet de toutes les supputations. Un Etat aux abois, endetté et devenu impuissant. Seul le volet recettes serait à examiner parce que toute réduction de la dépense publique aurait un effet "récessioniste". Jusqu’à certains grands dirigeants d'entreprises de prendre la plume dans les journaux en fin d'été pour réclamer de payer plus d'impôts, accréditant par là l’idée que le déficit se réduirait en faisant « payer les riches ». Dérisoire. Un tour de vis fiscal supplémentaire sans que la question de la dépenses publique ne soit abordée de front alors que tout lecteur attentif des comptes publics sait que c’est dans une réforme massive des transferts sociaux que se situe la solution. Une réforme impopulaire dans un premier temps.
Nous voyons donc bien que c'est de l'absence d’un vrai débat intellectuel et politique que naît cette sensation de gâchis gigantesque.
Ceux qui aspirent à emporter la bataille politique des prochaines années devraient songer à cela : la France a besoin d’une transgression des dogmes notamment européen et étatiste.
Ne nous y trompons pas. La crise terrible que nous connaissons est bien la défaite de la pensée unique.
C’est donc bien une révolution intellectuelle que nous devons opérer.
Pour en sortir, regardons avec circonspection ceux qui nous ont guidés sur un chemin pentu en nous répétant qu'il s'agissait de la seule voie possible. Le futur s'écrit aussi par des chemins de traverse.
Point de salut dans une discussion atone. Pour sortir de la crise, Vive le débat d’idées !
Romain Chetaille
Directeur de la Publication
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le 1er décembre 2005
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