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Le modèle français d'intégration n'a pas échoué, il n'a guère été appliqué
Par MALIKA SOREL, Membre du Haut Conseil à L’Intégration
Risque de dislocation accrue
de la nation
En avril 2008, un comité de
réflexion présidé par
Simone Veil était chargé
par le Président de la
République de réfléchir à la possibilité
d’inscrire la diversité dans
le préambule de la Constitution.
Dans ses conclusions (1), le
comité refusa que le coup de grâce fût donné à
l’indivisibilité du peuple français, évoquant l’existence
d’un « risque de dislocation accrue de la nation ».
Renvoyer par le biais de la « diversité » les individus
vers leurs groupes d’origine est tout sauf anodin.
L’idéologie de la diversité déclenche une implacable
mécanique qui pousse les personnes à accorder
la primauté à l’idéal de société du groupe communautaire
auquel elles s’identifient, sur l’idéal de
société de la communauté nationale, ce qui finit par
conduire à la prééminence de rapports relationnels
entre groupes ethnoculturels au détriment de relations
entre individus. Ces groupes sont alors enclins
à se compter pour jauger leur poids politique, puis
à se dresser les uns contre les
autres pour la défense de leurs
intérêts propres, fût-ce au détriment
de l’intérêt général. Les statistiques
ethniques, parfois rebaptisées
« statistiques par nationalité
d’origine », accélèrent la cristallisation des groupes
sur une base ethnoculturelle. Si elles devaient un jour
se voir institutionnalisées, elles feraient courir un
risque certain à notre cohésion nationale.
Conséquences de la réticence à faire respecter la
République
Les réticences de l’État à faire respecter les principes
républicains ne pouvaient que faire croître, sur le terrain,
la pression que les familles de l’immigration subissent
au quotidien de la part de leurs groupes culturels,
pression d’autant plus forte que le groupe est
réticent à concéder à ses membres une quelconque
liberté individuelle. Quand l’État renonce à faire respecter
la République, les familles de l’immigration se
retrouvent contraintes de la sacrifier à leur tour.
Quel intérêt un groupe qui peut espérer tirer bénéfice
de sa taille aurait-il à laisser ses membres présumés
s’émanciper de sa tutelle ? La stabilité d’un
groupe est garantie par l’obtention d’une adhésion
de plus en plus étroite de ses membres aux
principes et valeurs qui l’identifient, ce qui se traduit
par une homogénéisation des comportements
en son sein. L’importance des flux migratoires a de
surcroît conduit au développement de diasporas,
qui dupliquent les cultures d’origine sur la terre
d’accueil. La dégradation continue de l’intégration –
qui s’est traduite par un accroissement des remises
en cause des règles du bien vivre ensemble, y
compris à l’école - en est une conséquence directe.
L’immigration nuit très fortement à l’intégration, et
même à la simple insertion. Rappelons ici que
l’intégration à la communauté nationale est un processus
individuel qui se joue entièrement sur le
registre moral et affectif et qui aboutit, lorsqu’il réussit,
à l’assimilation qui se traduit par la volonté de
transmettre, à ses propres descendants, les fondamentaux
qui composent le noyau identitaire du
peuple d’accueil. L’insertion n’est, quant à elle,
que le simple respect des normes collectives de la
société dans laquelle on évolue, même si on ne les
partage pas. Si l’insertion doit être imposée,
l’intégration ne saurait l’être, et ne peut l’être de
toute façon. Par contre, il est possible de créer les
conditions qui la favorisent.
Dans son rapport, la commission Bentolila (2) avait
longuement évoqué l’existence, pour les enfants de
l’immigration extra-européenne, d’un problème de
compatibilité culturelle entre l’école de la République
et la maison. Le propos n’est ni de classer ni de hiérarchiser,
mais de tirer enseignement d’un simple
constat : la culture de l’école de la République ne se
voit pas toujours reconnaître une quelconque valeur
par les porteurs de cultures très distantes de celle des
Français. Bien que les Français qualifient leurs idéaux
d’universels, ils ne le sont pas, et ne figurent pas
nécessairement au rang des aspirations d’autres communautés
culturelles.
L’éducation-instruction, domaine régalien
La mise en accusation de l’école et de son corps
enseignant a largement contribué à ouvrir la voie
de la contestation, non seulement de l’autorité de
l’école et des enseignants, mais aussi du contenu
des savoirs, par un bon nombre sans cesse croissant
d’élèves qui sont le siège de tensions identitaires.
Les difficultés scolaires de nombre de ces
élèves sont directement liées à leur crispation vis-à-vis de la culture de l’école ainsi qu’à leur désormais
peu d’appétence pour la pratique de la langue
française. C’est à l’école maternelle, puis dans les
premières classes du primaire, qu’il convient de se
mobiliser sur le devenir de ces élèves, et non à
l’entrée au collège où il est souvent trop tard.
L’école doit être déclarée priorité nationale et être
à ce titre érigée en domaine régalien.
Le regard porté par une partie des élites sur les
enfants de l’immigration a également joué un rôle
dévastateur. Ce regard a participé à dégrader
l’image des populations de l’immigration du Sud
en propageant l’idée, au fondement raciste, selon
laquelle leurs enfants ne seraient pas aptes à réussir
selon les mêmes exigences de savoirs et de
comportements que les autres enfants, et que
pour eux il était nécessaire d’adapter le niveau de
ces exigences.
Penser aux générations futures
Une myriade de facteurs aura concouru à accroître
cons idérablement les aléas des processus
d’insertion, puis d’intégration. Outre
l’instrumentalisation qui a rendu l’exercice de
l’esprit critique quasi impossible, outre l’importance
de la distance culturelle que les migrants doivent
réussir à franchir, citons, entre autres, l’évolution
des moyens de télécommunications et des facilités
de transport, qui permettent le maintien du
lien ombilical avec la société d’origine et perturbent
les enfants dans leur construction ; les politiques
de diversité, qui rendent plus attrayante la
revendication d’appartenance à une communauté
étrangère plutôt qu’à la communauté nationale
française ; la propagande de la victimisation, qui
a participé à déresponsabiliser les migrants et leurs
descendants et qui a, comble de l’inconscience, fait
naître puis croître un ressentiment envers la France
et les Français - lequel engendre de la souffrance,
mais aussi des actes de violences contre notre
société ; l’entretien, au sein de la société française,
d’une propagande multiculturaliste qui contraint le
peuple français à taire sa propre culture et encourage
les migrants à exprimer la leur, et même parfois
à l’imposer, jusqu’à l’intérieur des établissements
scolaires, entravant ainsi le travail des enseignants ;
l’illusion de l’ascenseur social, quand la réussite est
en réalité le résultat d’une mobilisation de longue
haleine de la famille et de l’élève – comment réussir,
lorsque les véritables codes de la réussite scolaire
puis sociale ne vous sont pas transmis ? Tout
cela et bien d’autres facteurs ont placé l’école dans
l’impossibilité d’assumer pleinement sa mission
intégratrice auprès des enfants de l’immigration. Or,
l’école constitue souvent pour ces enfants l’unique
lieu d’acquisition des codes sociaux et culturels qui
leur permettraient de se construire pour être reconnus
et acceptés par notre société. Le modèle
d’intégration français n’a pas échoué ; seulement,
il n’a guère été mis en oeuvre pour les vagues
d’immigration du Sud.
Dans le sujet qui nous concerne ici, la question
socio-économique est mineure, et non majeure.
La gloutonne rénovation urbaine ne produira
jamais les résultats espérés, car elle est tout simplement
hors sujet. Ces approches politiques
« écume des vagues » créent un rideau de fumée
qui empêche que ce sujet capital pour notre avenir
collectif ne soit abordé en profondeur. Le langage
de vérité doit être tenu sur l’immigration-intégration.
Traiter, tant qu’il est encore temps, cette
problématique dans toutes ses dimensions est le
meilleur cadeau que l’on puisse offrir aux générations
futures.
(1) « Redécouvrir le préambule de la Constitution », rapport au Président de la
République, La Documentation française, 2008.
(2) « La maternelle au front des inégalités linguistiques et sociales », rapport au ministre
de l’Éducation nationale Xavier Darcos, décembre 2007.
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