"Les élus ne peuvent pas
se passer d'entendre la parole de la société
civile"
Entretien avec Jacques Dermagne, président du Conseil
économique et social
Le dialogue entre les décideurs publics et la société civile
est en débat, et sera sans doute un thème de la présidentielle
de 2007. Cela vous surprend-il ?
Assurément non et l'actualité récente l'a rappelé avec force
! Le temps est venu où, pour prendre de bonnes décisions,
les élus ne peuvent pas se passer d'entendre la parole de
la société civile. Chacun redécouvre les vertus du "dialogue
social" entre partenaires sociaux et du "dialogue civil",
qui est le coeur de la mission constitutionnelle du Conseil
économique et social. Dès lors, il n'est pas surprenant que
le Gouvernement ait demandé au CES de s'exprimer sur les rapports
Chertier et Hadas-Lebel.
Comment le CES a-t-il accueilli le rapport de Dominique-Jean
Chertier ?
Il n'a pas été surpris par les propositions d'un rapporteur,
qui a été le conseiller social d'un Premier Ministre, et est
membre du CES.
Les réactions du bureau du CES ont donc été globalement positives.
Sur les vingt propositions du rapport Chertier, douze ont
reçu un avis très favorable, voire unanime. En particulier,
notre accord porte sur le respect des corps intermédiaires
dans la procédure d'élaboration des lois économiques et sociales...
Pour quatre propositions, le Bureau a souhaité un approfondissement
préalable. Enfin, quatre propositions ont reçu un regard défavorable
du Bureau, même si deux pourront faire l'objet de négociations,
dans le cadre de l'examen par le CES du rapport de Raphaël
Hadas-Lebel intitulé "Pour un dialogue social efficace et
légitime : représentativité et financement des organisations
professionnelles et syndicales". En particulier, nous écartons
la proposition selon laquelle l'accord des partenaires sociaux
lierait le Parlement dans son vote. L'accord doit éclairer
la décision publique mais ne saurait emprisonner les élus
de la Nation. Le 1er juin, le Bureau et moi-même avons remis
nos observations à Dominique de Villepin, à l'Hôtel Matignon.
Justement, le 1er juin, le Premier Ministre vous a aussi
saisi sur le rapport Hadas-Lebel. Comment le CES va-t-il élaborer
son avis?
Pour la première fois de l'histoire du CES, le Premier Ministre
a remis en personne la saisine gouvernementale au Bureau.
C'est assez révélateur du caractère majeur de cette saisine
pour l'avenir de notre pays et de la reconnaissance du travail
du CES par l'exécutif. Il s'agit d'une saisine extraordinairement
complexe, qui aborde notamment la question de la représentativité
des organisations. Je ne peux faire aucun commentaire sur
le fond. En revanche, je puis vous décrire notre méthode pour
traiter cette saisine hors norme. Nous avons institué une
"commission spéciale", qui réunit nos dix-huit groupes, au
prorata de leur poids dans notre Assemblée et qui s'est adjoint
les grandes compétences de notre doyen, Philippe Dechartre.
Deux rapporteurs ont été désignés, MM. Jean Gautier et Paul
Aurelli. Mes collègues m'ont demandé d'en assurer la présidence.
Depuis, nous avons largement engagé nos travaux, qui se concluront,
les 28 et 29 novembre, par le vote public de l'avis en Assemblée
plénière.
S'attaquer à ce grand travail impliquait des procédures exceptionnelles.
Car c'est l'un des sujets majeurs qui conditionnent notre
capacité à répondre aux défis économiques et sociaux du monde
et de notre pays.