Quand l'Europe fait irruption dans la
"pré-campagne" présidentielle
Après Nicolas Sarkozy, c'était au tour de Ségolène Royal
de venir donner sa vision de l'Europe à Bruxelles. Si le président
de l'UMP a fait un véritable discours de présidentiable, la
candidate socialiste à l'élection présidentielle ne s'est
exprimée que sommairement.
Et si la campagne présidentielle française se jouait aussi
à Bruxelles ? Le discours prononcé par Nicolas Sarkozy devant
une assemblée réduite d'experts de haut niveau a en tout état
de cause provoqué quelques remous. Un épisode inattendu dans
la capitale de l'Europe. Convaincus de l'inexistence du débat
européen en France depuis l'échec du référendum sur le projet
de constitution européenne, institutionnels, fonctionnaires,
diplomates et chercheurs européens réunis par les cercles
de réflexion "Friendsofeurope" et la Fondation Robert Schuman
s'attendaient à un numéro de communication.
A la place, un discours de cinquante minutes remarqué et applaudi
en forme de programme présidentiel. Certainement soucieux
que ses propositions puissent également être audibles en France,
Nicolas Sarkozy a mis en avant des mesures qui, "en dépit
du rejet français (...), avaient fait l'objet d'un large consensus
lors de la campagne référendaire". Adoption d'un "minitraité"
pour les réformes les plus urgentes, révision du fonctionnement
de la Commission européenne, changement des règles de l'unanimité
pour remédier à la paralysie de l'Europe élargie, "c'est le
premier homme politique français qui propose une sortie de
crise" analyse Guillaume Durand, politologue à l'European
Policy Center, l'un des think tank les plus influents à Bruxelles.
"Il a exposé sa vision de l'intégration européenne sans rentrer
dans le débat fédéraliste. Cela a suffit à mettre la moitié
de la salle en extase" ajoute-t-il. Abordant tous les sujets
y compris la relation franco allemande, Nicolas Sarkozy n'a
pas hésité à mettre en avant des propositions jusqu'à présent
rejetées par ses partenaires d'outre Rhin. "Il y a du travail
franco-allemand derrière ce discours. Jamais des conseillers
de Nicolas Sarkozy comme Alain Lamassoure ne prendraient le
risque d'associer les Allemands sans s'être mis d'accord avec
eux avant" commente Guillaume Durand.
Droite puis gauche
Après la visite remarquée du ministre de l'intérieur, l'étape
de Ségolène Royal à Bruxelles était très attendue. "Je suis
avant tout ici pour écouter" a répondu la présidente de la
région Poitou-Charentes aux journalistes qui l'interrogeaient
sur sa vision de l'Europe. "Après le discours de Sarkozy,
la réaction de Ségolène Royal fait forcément un peu sourire.
Si elle en est au stade de se forger une opinion sur l'Europe
cela ne fait pas très sérieux" constate le politologue. Dans
l'incapacité de désavouer le programme du parti socialiste
sur l'Europe, sans pour autant assumer de le prendre à son
compte, la candidate socialiste ne s'est exprimée que rapidement.
"Un rejet direct de la Turquie pourrait avoir des effets désastreux"
a déclaré Ségolène Royal sans cependant totalement exclure
l'hypothèse d'un partenariat privilégié. Le candidat UMP s'était
de son côté clairement opposé à l'adhésion.
Mais c'est surtout la critique de la vision institutionnelle
de l'Europe de Nicolas Sarkozy qui a marqué les esprits. "Baser
son discours sur l'idée de rebâtir le projet européen est
peut-être plus facilement vendable en France, car il séduit
la gauche et réconcilie les camps du oui et du non. Mais ici
tout le monde sait que vouloir donner une finalité au projet
européen est impossible, personne n'est d'accord. L'Europe
s'est toujours construite en marchant" indique Guillaume Durand.
Ségolène Royal a promis qu'elle s'exprimerait plus longuement
sur sa vision de l'Europe. Quant à Nicolas Sarkozy, les experts
n'excluent absolument pas que son discours pro européen soit
purement tactique. Mais dans le match bruxellois, il ne fait
aucun doute qu'il sera très difficile à battre.